La Chine se confine – Le monde se prépare

23.1.2020 - 19:54, ATS

La température des passagers en provenance de Wuhan est contrôlée, comme ici à la gare de Hangzhou.
Source: KEYSTONE/AP/MAS

La Chine a confiné jeudi des millions d'habitants dans deux villes dont la métropole de Wuhan d'où est parti un nouveau virus. Alors que Pékin annonçait un 18e décès, le virus a commencé à se répandre dans le monde. L'OMS ne parle pas encore d'urgence internationale.

A Berne, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) se dit «plutôt inquiet» des derniers développements du nouveau coronavirus en Chine. Les autorités préparent des mesures, même s'il n'y a pas de menace pour la population suisse dans l'immédiat, a déclaré Patrick Mathys, responsable à l'OFSP, jeudi à la radio SRF.

Si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) décrète que le nouveau virus constitue une «urgence de santé publique de portée internationale», cela aurait surtout valeur de signal. Il s'agirait alors se coordonner pour maintenir l'épidémie sous contrôle, a ajouté M. Mathys, chef de la section gestion de crises et collaboration internationale.

Pas d'urgence internationale

Rien n'est prévu dans l'immédiat en Suisse. Du côté de l'OMS, il est également jugé prématuré de déclarer l'état d'urgence internationale. Au terme de deux jours de discussions à Genève, le comité d'urgence a jugé qu'il était «trop tôt». Il n'existe pour l'heure «aucune preuve» d'une transmission entre humains en dehors de la Chine, affirme l'OMS jeudi.

«Ne vous y trompez pas, c'est une urgence en Chine. Mais ce n'est pas encore une urgence sanitaire mondiale. Cela pourrait le devenir», a déclaré lors d'une conférence de presse le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Cas échéant, l'OFSP serait prêt à mettre en oeuvre de telles recommandations. Il n'y a pas à ce stade de plan d'action spécial contre le nouveau coronavirus. Mais la Suisse pourrait se servir de divers concepts déjà existants, comme le plan «pandémie».

18 décès confirmés

Le nombre de cas de contamination avérés en Chine est entretemps monté à 571. Un 18e décès consécutif à des complications en lien avec la maladie a été confirmé jeudi.

C'est le premier décès depuis le début de l'épidémie en dehors du berceau de l'épidémie, la province de Hubei dans le centre de la Chine, où les premiers cas sont apparus. La commission sanitaire de la province de Hebei (nord), qui jouxte Pékin, a déclaré dans un communiqué qu'un homme de 80 ans contaminé par le virus était décédé mercredi.

Le coronavirus s'est répandu dans de larges régions de Chine et au-delà des frontières. Il a déjà été identifié au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan, en Thaïlande et aux Etats-Unis. Aucune occurrence de la maladie n'a encore été signalée en Europe.

Coeur de l'épidémie, la Chine et plus particulièrement Wuhan, une métropole des bords du Yangtsé de 11 millions d'habitants, voient en revanche leur quotidien chamboulé. Huit Suisses vivent dans cette province, selon le Département fédéral des affaires étrangères qui est en contact avec eux. Aucun n'a exprimé le souhait de rentrer.

Nouvel an

A Wuhan même, plus aucun train ni avion ne doit en principe être mis en circulation. Les péages aux sorties autoroutières de la ville sont fermés. «Les habitants ne doivent pas quitter Wuhan sans raison spécifique», a annoncé le Quartier général chargé de la lutte contre l'épidémie au niveau municipal.

Cette décision est prise afin «d'enrayer efficacement la propagation du virus», a-t-il expliqué, alors que la Chine s'apprête à entrer vendredi dans son long congé du Nouvel an qui occasionne chaque année des centaines de millions de voyages. La ville voisine de Huanggang à 70 km à l'est, qui compte 7,5 millions d'habitants, fait l'objet de mesures similaires. Tout près, Ezhou (1,1 million d'habitants), a déjà fermé sa gare.

La ville de Pékin a elle aussi décrété l'annulation des festivités du Nouvel an, qui drainent habituellement des centaines de milliers de badauds dans les parcs pour assister à la traditionnelle danse du lion et du dragon.

Mesures «très très fortes»

A Genève, le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué mercredi les mesures «très, très fortes» prises par la Chine, estimant qu'elles allaient «diminuer» les risques de propagation hors de ses frontières.

L'OMS n'a jusqu'ici utilisé le terme d'urgence internationale que pour de rares cas d'épidémies requérant une réaction mondiale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l'Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016 et la RDC depuis 2018.

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