Larmes et silence à Crans-Montana«C'est le seul mot que je peux dire, l'apocalypse»
ATS
2.1.2026 - 07:33
Dans le froid glacial de Crans-Montana, des centaines de personnes se sont rassemblées en silence jeudi soir pour déposer bougies et fleurs en mémoire des victimes du terrible incendie qui a ravagé un bar de la station alpine en pleine célébration du Nouvel An.
Des personnes en deuil ont déposé fleurs et bougies sur une table dressée à l'entrée de la route menant au bar, masqué par des bâches blanches. Deux policiers montaient la garde devant le périmètre de sécurité.
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02.01.2026, 07:33
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Devant l'établissement Le Constellation, nombreux sont ceux qui, immobiles, ont contemplé le lieu du drame. Habitants comme touristes, ils connaissaient certaines des personnes aujourd'hui portées disparues ou grièvement blessées.
Selon les autorités du canton du Valais (sud-ouest de la Suisse), une quarantaine de personnes sont décédées dans le sinistre et environ 115 sont blessées, pour la plupart grièvement.
Le silence pesant était rarement troublé par des mots prononcés à voix basse. Seul un générateur, près des tentes blanches provisoires dressées devant le bar, parvenait à percer le paisible recueillement.
«C'est un bar où on se retrouve avec tout plein d'amis, vraiment, presque chaque week-end (...) On pensait que c'était juste un petit feu basique, et finalement quand on est arrivé sur les lieux c'était la guerre. C'est le seul mot que je peux dire, l'apocalypse. C'était terrible», a confié Mathys, habitant de la commune voisine de Chermignon-d'en-Bas.
«Moi je n'étais pas là sur les lieux, mais j'ai eu plein d'amis qui étaient là, et des proches aussi», a raconté à l'AFP un jeune homme en deuil, qui a seulement donné son nom de famille, Orosstevic. «Certains sont morts, d'autres sont hospitalisés. Environ dix».
«Quand je vois certaines personnes qui sont dans le mal, je leur dis que ça va aller, que ça arrive. On ne peut rien faire d'autre, c'est triste», a-t-il ajouté.
À proximité, des groupes d'amis s'étreignaient, sanglotant. Certains, le regard vague, comme hébétés, fixaient le vide.
Des proches «introuvables»
«Mon fils aurait pu très bien être dedans. Il n'était pas très loin», a confié à l'AFP Paulo Martins, un Français qui vit dans le centre de la station depuis 24 ans.
«Il était avec sa copine; ils devaient y aller. Et finalement, ils n'y sont jamais arrivés», a-t-il ajouté. «Quand il est rentré, il était sous le choc». Un ami de son fils de 17 ans a été transféré en Allemagne pour y être soigné; son corps est à 30% couvert de brûlures.
Des personnes en deuil ont déposé fleurs et bougies sur une table dressée à l'entrée de la route menant au bar, masqué par des bâches blanches. Deux policiers montaient la garde devant le périmètre de sécurité.
Un flot de personnes a apporté des fleurs en continu, parfois une simple rose, parfois un épais bouquet. À mesure que la table se remplissait, des bougies ont été déposées sur le sol congelé.
Certaines des personnes rassemblées parvenaient à peine à exprimer leurs émotions. Deux jeunes femmes sont restées longtemps immobiles, bouquet à la main, rassemblant leur courage avant de se frayer un chemin à travers la foule jusqu'à la table.
«Il y a des morts et des blessés, on a encore quelqu'un de proche qui est encore introuvable. Nous n'avons pas de nouvelles», a confié l'une d'elles, souhaitant rester anonyme.
«C'étaient des jeunes, et des gens qu'on connait», a lâché une autre femme, refusant aussi de donner son nom. Elle a dit encore ignorer le sort de certains. «On attend».
«La douleur de tout le monde»
En cette soirée glacée, les illuminations de Noël scintillaient encore dans la ville, mais la plupart des bars avaient fermé leurs portes.
Plus tôt dans l'après-midi, à l'église de Montana-Station, un hommage aux victimes a été prononcé pendant la messe. Après l'office, des fidèles se sont rassemblés à l'extérieur pour se recueillir, d'autres se sont éloignés les larmes aux yeux.
«Il y avait beaucoup de monde, c'était très recueilli, et il a fait un beau sermon sur l'espérance. Qu'au moins, on nous laisse ça: l'espérance», a exhorté Jean-Claude, un paroissien.
«On a juste connu beaucoup de potes, d'amis qui étaient là-bas», a confié pour sa part un jeune homme, submergé par l'émotion.
«Cela aurait pu être mon fils, tout simplement, a dit à l'AFP Mina, les larmes aux yeux. «Hier soir, c'était un pur hasard qu'il n'était pas là».
«Il a une serveuse qu'il connait, elle le sert tout le temps, il est très content avec elle, elle lui parle un quart d'heure avant de le servir, et elle est partie malheureusement..»
Véronica, une Italienne installée à Crans-Montana depuis quarante ans, avait elle aussi les yeux humides. «La douleur des autres est celle de tout le monde».