Le dernier survivant des jihadistes interrogé

ATS

2.11.2021 - 20:19

«J'étais quelqu'un de gentil, calme, serviable»: au procès des attentats jihadistes qui ont frappé à Paris le 13 novembre 2015, le principal accusé, Salah Abdeslam, s'est présenté mardi comme un homme au parcours assez lisse et «imprégné par les valeurs occidentales», avant sa radicalisation et la tuerie.

Key defendant Salah Abdeslam in seen in the special courtroom built for the 2015 attacks trial, Wednesday Sept.8 in Paris. Salah Abdeslam, the lone survivor of the cell of Islamic State extremists who attacked Paris in November 2015 came under public questioning Tuesday Nov.2, 2021 for the first time, describing a close family life as and his acquaintance with many of the others seated alongside him behind the courtroom glass. (Noelle Herrenschmidt via AP, File)
Dessin représentant Salah Abdeslam. 
KEYSTONE/Noelle Herrenschmidt via AP, File

ATS

2.11.2021 - 20:19

La cour d'assises spéciale de Paris examine cette semaine les personnalités des 14 accusés présents.

Salah Abdeslam, 32 ans et seul membre encore en vie des commandos jihadistes qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et à Saint-Denis, en région parisienne, le 13 novembre 2015, est le premier à être interrogé.

L'exercice est délicat: il s'agit d'évoquer sa vie sans «déborder sur le fond» du dossier qui ne sera abordé qu'en 2022, et donc sans évoquer son engagement religieux.

Barbe fournie, crâne rasé, gros gilet gris sur une chemise beige, Salah Abdeslam décrit son enfance «très simple», heureuse, de fils d'immigrés marocains de Molenbeek, une commune de l'agglomération bruxelloise.

Son père y est chauffeur de tramway, sa mère femme au foyer, il est le quatrième d'une fratrie de cinq.

Précisant n'avoir qu'"une seule» nationalité – française – il se décrit comme un enfant «gentil, calme, serviable».

Pudeur

«Bon élève», «aimé de (ses) professeurs», il a suivi un «enseignement technique en électromécanique», arrête les études à 18 ans pour travailler. Il aime le sport, «de combat, musculation, foot».

La cour veut parler de sa vie personnelle, de sa petite amie d'avant les attentats. «Vous avez toujours des contacts avec elle ?» «Non.» «Et avant, vous aviez eu d'autres liaisons ?» Salah Abdeslam hésite. «Je ne souhaite pas m'exprimer sur ça, c'est un peu personnel».

L'accusé, volubile depuis l'ouverture du procès après un silence quasi constant pendant l'enquête, ne fuit pas les questions même s'il n'offre que de brèves réponses, courtoises.

Depuis huit semaines, celui qui s'est présenté au premier jour des débats comme un «combattant de l'Etat islamique» a plusieurs fois pris la parole pour justifier les attaques ou critiquer ses conditions de détention.

Son parcours connaît une première bascule en 2011: engagé depuis dix-huit mois dans l'entreprise de son père, Salah Abdeslam est mis en cause dans une tentative de cambriolage – après une soirée alcoolisée, explique-t-il – et fait un premier séjour de cinq semaines en prison.

Licencié, il alternera entre «intérim et chômage» et ajoutera une dizaine d'autres condamnations à son casier judiciaire. Il aide aussi un temps son frère Brahim, gérant de café et kamikaze des terrasses parisiennes. C'est le frère que Salah Abdeslam «préférait».

«Avant j'étais comme ça»

Le président de la cour cite un autre de ses frères, selon lequel Salah Abdeslam aimait bien «sortir, fréquenter des boîtes de nuit, des casinos». «Est-ce que c'est exact ?».

«Ouais, avant j'étais comme ça», confirme l'accusé. «J'ai été à l'école publique en Belgique, j'ai été imprégné par les valeurs occidentales, je vivais comme vous m'avez appris à vivre en Occident.»

Le magistrat l'interroge ensuite sur ses conditions de détention, à l'isolement total et sous vidéosurveillance constante depuis son arrestation en 2016.

«Vivre avec les caméras comme ça 24h/24, je l'ai supporté, difficilement mais je l'ai supporté grâce à mon seigneur», affirme Salah Abdeslam.

Parmi les 13 autres hommes jugés à ses côtés pour leur rôle présumé dans les attentats, dont plusieurs originaires de Molenbeek, en Belgique, c'est certainement Mohamed Abrini, son «voisin», qu'il connaît le mieux.

Leurs maisons étaient «collées» l'une à l'autre, abonde Mohamed Abrini, «l'homme au chapeau» des attentats de Bruxelles de mars 2016.

Son enfance est «normale»: l'école, le foot en club, et puis «échec scolaire, échec sportif, échec et mat».

Il n'a pas 18 ans quand il entre une première fois en prison, puis enchaîne petits boulots et séjours en détention.

C'est lors d'un séjour en prison que ce logisticien présumé du 13-Novembre avait aussi appris la mort en Syrie de son petit frère, Souleymane. C'est à partir de là qu'il aurait basculé dans l'islam radical, selon l'enquête.

ATS