Double infanticide en GirondeLe discernement de la mère «altéré», mais pas aboli
Marjorie Kublun
13.11.2025
Idées suicidaires, troubles de l'humeur, épuisement et angoisse extrêmes: en dépression du post-partum après la naissance de ses jumelles, Jennifer Bertrand, jugée à Bordeaux pour les avoir étouffées, a agi avec un discernement «altéré» mais pas aboli, selon des experts psychiatres.
Idées suicidaires, troubles de l'humeur, épuisement et angoisse extrêmes: en dépression du post-partum après la naissance de ses jumelles, Jennifer Bertrand, jugée à Bordeaux pour les avoir étouffées, a agi avec un discernement «altéré» mais pas aboli, selon des experts psychiatres. (image prétexte).
sda
Agence France-Presse
13.11.2025, 16:04
Marjorie Kublun
Le 19 décembre 2022 à Lamarque (Gironde), quand l'accusée pose sur le visage de ses jumelles leur doudou, en appuyant pendant une minute avec la main, il n'y a «aucun élément hallucinatoire, aucun trouble délirant» pouvant laisser penser à une abolition de son discernement, a déclaré jeudi un psychiatre devant la cour d'assises de la Gironde.
L'accusée de 37 ans est donc «accessible à la sanction pénale», a-t-il précisé, évoquant toutefois une «altération» du discernement de Mme Bertrand, en «situation de grande fragilité et vulnérabilité», qui «n'avait pas la pleine conscience de ce qu'elle faisait».
Selon une autre experte psychiatre, un «trouble psychique ou neuropsychique» a pu «entraver sa conscience au moment des faits». Elle a décrit une femme «en situation d'impasse, épuisée psychiquement, plus en mesure de penser».
La mère de famille était sortie deux semaines auparavant d'une hospitalisation en unité psychiatrique pour une dépression du post-partum et suivait un traitement médical lourd pour limiter son anxiété et réguler son humeur.
Le jour des faits, quatre heures après avoir mis ses jumelles de trois mois à la sieste vers midi, elle découvre qu'elles ne respirent plus. Les voisins qui vont prodiguer un massage cardiaque aux petites, les pompiers au téléphone et les secours sur place indiquent tous qu'elle avait un air détaché et calme.
«La prise de conscience du décès de ses jumelles peut être comparée à un tsunami cérébral, pouvant entraîner (pour l'accusée) un état dissociatif afin d'éviter que ça disjoncte», a émis comme hypothèse l'expert psychiatre.
Une des jumelles sera déclarée morte sur place, l'autre décédera quelques heures plus tard à l'hôpital.
La «descente aux enfers», qu'a connue Jennifer Bertrand deux semaines après la naissance des jumelles, «n'est pas une simple tristesse comme le baby-blues, mais une véritable dépression du post-partum», a expliqué un psychiatre. Un autre évoque même un «état de psychose puerpérale» se manifestant par une «destruction de la conscience et de la pensée».
«Elle m'avait dit: ‹Je veux que tu m'aides à partir›», confie à la barre, la voix brisée, le père des jumelles, racontant «la très belle histoire d'amour» qui le liait à Mme Bertrand dont il est aujourd'hui divorcé.
Pendant des mois, il a été «dans le déni». «Je n'arrivais pas à croire qu'elle ait pu volontairement ou involontairement ôter la vie à mes filles.»
L'homme de 38 ans revient difficilement sur cette journée ayant «détruit (s)a vie». Il s'est porté partie civile pour «essayer de comprendre, avoir des réponses». Aujourd'hui «je sais qu'elles ne sont pas parties d'une mort naturelle, il y a les doudous, il y a la main.»
L'accusée, qui a toujours réfuté son intentionnalité meurtrière, doit s'exprimer en fin d'après-midi.