Incendie de Crans-Montana«Ce fut l'incompréhension» : le commandant de la police valaisanne sort du silence
Fabrice Zwahlen
17.4.2026 - 05:30
Nouveau commandant de la police cantonale valaisanne, Frédéric Gisler (52 ans) a connu une entrée en fonction accélérée avec le drame de Crans-Montana. Après trois mois sans s'exprimer sur le dossier, l'homme est sorti d'une période de silence qu'il s'était imposée.
Frédéric Gisler a pris ses fonctions le 1er janvier 2026, le jour du drame de Crans-Montana.
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Keystone-SDA, Fabrice Zwahlen
17.04.2026, 05:30
ATS
Fabrice Zwahlen:Quel a été votre premier sentiment au moment d'apprendre l'ampleur de l'incendie de Crans-Montana, le 1er janvier, une heure et demie seulement après votre prise de fonction?
Frédéric Gisler: Ce fut l'incompréhension. Même si on m'expliquait ce qui se passait, j'avais l'impression que la situation était irréelle. Ce fut le début d'une période extrêmement lourde émotionnellement. Pas seulement pour moi, mais aussi pour les victimes, leurs familles, tous les premiers intervenants et pour mon personnel qui s'est engagé sans compter pour gérer au mieux la crise.
Combien de policiers ont oeuvré sur ce drame depuis le 1er janvier?
F.G.: C'est pratiquement l'intégralité de la police cantonale valaisanne, soit environ 600 personnes, qui s'est mobilisée. L'événement a été hors norme. Toutefois, ce type de prise en charge sur les plans judiciaire, sécuritaire et sanitaire sont des éléments qui avaient déjà été exercés, puisqu'ils entrent dans nos schémas d'intervention, mais pas dans une telle ampleur.
Comment vivez-vous le fait qu'une partie de vos hommes soit encore impactée, voire traumatisée, par l'événement près de quatre mois après l'incendie?
F.G.: C'est difficile à vivre, lorsque l'on doit être un commandant qui amène son personnel à remplir des missions en sachant que demain, ils n'en reviendront pas indemnes. Je ne pensais pas devoir supporter une telle responsabilité. J'essaie de trouver les moyens nécessaires pour les soutenir psychologiquement et financièrement.
«J’avais l'impression que la situation était irréelle»
Frédéric Gisler
Commandant de la police cantonale valaisanne
L'incendie de Crans-Montana a donc laissé des traces au sein de la police cantonale?
F.G.: c'est l'ensemble du personnel policier qui est marqué, épuisé par les conséquences de l'affaire pénale (police judiciaire, gendarmerie). La question qui m'habite désormais, c'est: «comment allons-nous tenir sur la durée?»
En ce sens, avez-vous demandé au Conseil d'Etat des postes supplémentaires pour gérer le drame du «Constellation»?
F.G.: J'ai effectivement entrepris des démarches auprès de mon chef de Département (Stéphane Ganzer). Je ne vous dirai pas le nombre de postes que je souhaiterais, mais c'est plus d'un.
Vous êtes en poste depuis un peu plus de 100 jours. N'avez-vous pas l'impression qu'un laps de temps bien plus long s'est déroulé depuis votre prise de fonction?
F.G.: C'est vrai qu'avec la succession d'épisodes, cette relation au temps a été totalement chamboulée. Certains de mes officiers les plus expérimentés m'ont fait savoir qu'on peut ne pas vivre autant d'événements dans une carrière de policier, qui plus est en aussi peu de temps.
«J'y avais appris que, lorsque la pression monte, il faut conduire avec calme y compris au niveau du ton de sa voix» : Frédéric Gisler était apparu en retrait lors de la conférence de presse du 1er janvier 2026 (archives).
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Sans oublier le décès de deux de vos collaborateurs, en montagne, mi-janvier...
F.G.: Cela a été une nouvelle épreuve pour la police cantonale. A titre personnel aussi, je connaissais très bien ces deux inspecteurs. Des hommes de qualité tant au niveau humain que professionnel. Ce fut difficile pour tous nos policiers de leur dire adieu et de leur rendre hommage.
Si l'on revient aux trois conférences de presse des 1er et 2 janvier, vous êtes apparu très réservé, par rapport, par exemple, au président du gouvernement cantonal Mathias Reynard, visiblement très ému.
F.G.: Il est évident que les expériences professionnelles vécues avant ma charge actuelle influencent aussi la personne que je suis. Le 1er janvier, je me suis remémoré mon premier emploi de policier lorsque j'étais chef d'engagement dans une unité spécialisée de la police cantonale vaudoise. J'y avais appris que, lorsque la pression monte, il faut conduire avec calme y compris au niveau du ton de sa voix. Cela a un impact considérable sur toute la chaîne de commandement.
F.G.: L'une des sept missions de la police cantonale, c'est de communiquer, ce que j'ai fait (ndlr: durant les premiers jours de l'affaire). Effectivement, j'aurais pu continuer de m'exprimer dans la presse. Toutefois, dès le 10 janvier, soit le jour suivant la journée de deuil national, j'ai pris la décision de ne plus communiquer au nom de la police cantonale, afin de laisser place au silence pour permettre aux personnes touchées par le drame de se relever.
Ce droit au silence que vous vous êtes accordé est-il terminé?
F.G.: Oui, en sachant que je ne m'exprimerai pas sur l'aspect pénal du dossier. Il me faut tenir compte du secret de l'instruction.
Le 12 février, les forces de l'ordre ont été dépassées en amont de l'audition de Jessica Moretti. Celle-ci, tout comme son mari Jacques, a été prise à partie par des proches de victimes.
F.G.: Cette scène n'aurait jamais dû se produire. Je rappelle toutefois que le couple Moretti est sorti de son propre chef du dispositif sécuritaire prévu afin de rencontrer les familles. Depuis lors, nous avons réarticulé notre fonctionnement.
Sur les lieux du drame, à Crans-Montana, en compagnie de Guy Parmelin, le 1er janvier 2026.
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Quel est le style Frédéric Gisler?
F.G: Je suis quelqu'un de professionnellement exigeant, mais qui cherche aussi à travailler de la manière la plus humaine possible, qui veut conduire les opérations en étant proche de ses collaborateurs. Je suis un commandant qui détermine un cap, une vision, tout en étant rassembleur à l'interne et avec nos partenaires, la sécurité étant l'affaire de tous. Enfin, je souhaite être quelqu'un qui motive ses troupes afin de conserver la passion du métier.
Selon vous, l'image de la police cantonale a-t-elle évolué depuis le 1er janvier?
F.G.: Ce qui m'a frappé, ce sont les remerciements qui m'ont été adressés dans la rue, dans les magasins (ndlr: à l'ensemble des collaborateurs). Je n'avais jamais vécu cela. Cela motive encore plus le commandant que je suis à vouloir cultiver la confiance de la population, afin que l'on continue de bien vivre en Valais.
Contexte
Chronologie du drame de Crans-Montana
1er janvier 2026 : Incendie du bar « Le Constellation » à Crans-Montana faisant 40 morts et plus de 116 blessés.
2 janvier 2026 : Dernière apparition devant les médias de Frédéric Gisler.
4 janvier 2026 : Une marche de deuil réunit des milliers de personnes à Crans-Montana et dans toute la Suisse.
6 janvier 2026 : La commune admet officiellement l’absence de contrôles de sécurité depuis plusieurs années.
9 janvier 2026 : Une journée de deuil national est organisée avec une cérémonie officielle à Martigny.
12 janvier 2026 : Jacques Moretti, propriétaire du bar, est placé en détention provisoire par la justice valaisanne.
16 janvier 2026 : Des critiques émergent sur des irrégularités dans l’identification des victimes et la réalisation des autopsies.
23 janvier 2026 : Jacques Moretti est libéré sous caution de 200’000 francs, sous conditions strictes.
26 janvier 2026 : L’Italie exige une enquête conjointe avec la Suisse et rappelle temporairement son ambassadeur.
29 janvier 2026 : L’enquête pénale s’étend à deux responsables communaux de la sécurité de Crans-Montana.
30 janvier 2026 : L’Italie obtient l’accès aux preuves dans le cadre d’une entraide judiciaire renforcée.
1er février 2026 : Un mois après le drame, une cérémonie de recueillement est organisée à Crans-Montana.
2 février 2026 : Le bilan monte à 41 morts après le décès d’un jeune Vaudois hospitalisé à Zurich.
16 février 2026 : Le chef des pompiers est entendu comme témoin et évoque des alertes de sécurité anciennes ignorées.
9 mars 2026 : Le président de la commune et plusieurs responsables sont officiellement visés par l’enquête pénale.
16 avril 2026 : Quatre personnes supplémentaires sont inculpées, portant le total des personnes mises en cause à treize.
Archives sur l’incendie de Crans-Montana
Crans-Montana : "justice et vérité" pour les familles touchées
Alors que les époux Moretti, propriétaires du bar incendié dans la station de ski suisse de Crans-Montana, comparaissent pour une audition à Sion, la famille de Trystan, mort à 17 ans dans l'incendie, crie sa colère.