Le procès d'un criminel de guerre présumé débute

aula, ats

3.12.2020 - 15:20

Le procès d'un Libérien accusé de crimes de guerre s'est ouvert jeudi devant le Tribunal pénal fédéral (archives).
ATS

Le procès d'un ancien commandant libérien s'est ouvert jeudi devant le Tribunal pénal fédéral. L'homme est accusé de crimes de guerre commis pendant le premier conflit civil qui a ravagé son pays entre 1989 et 1996.

Alieu Kosiah, 45 ans aujourd'hui, a comparu devant la Cour des affaires pénales en compagnie de son avocat d'office, Me Dimitri Gianoli. L'accusé est détenu depuis novembre 2014, actuellement à la prison régionale de Berne. La première journée a été consacrée aux questions préjudicielles sur lesquelles le tribunal tranchera vendredi.

Interrogé par le président Jean-Luc Bacher, l'accusé a souligné qu'il était en prison «depuis six ans et un mois». Il découle des premiers échanges qu'il conteste tous les faits qui lui sont reprochés. En fin de matinée, il a fait une déclaration indignée en liberian english, concluant par «pitoyable».

Dossier contesté

Après avoir demandé le matin la récusation de Me Alain Werner, qui représente quatre parties plaignantes, Me Gianoli a poursuivi en début d'après-midi ses attaques contre le dossier. Il a contesté la recevabilité de toutes les dépositions en raison de la fiabilité jugée douteuse des partenaires libériens de l'association Civitas Maxima présidée par Me Werner. Le défenseur a relevé des incohérences dans les témoignages et les identifications, ainsi qu'une rémunération de certains témoins.

Pour Me Gianoli, la récusation de Me Werner – et de son confrère Romain Wavre pour le même motif – s'impose en raison du conflit d'intérêts entre son mandat d'avocat et ses fonctions au sein de Civitas Maxima.

Récusation contestée

Ce dernier s'est défendu en rappelant son inscription au barreau de Genève en tant qu'avocat d'une organisation reconnue d'utilité publique. Une clause prévue par la loi sur la profession d'avocat, qui limite son activité aux causes défendues par Civitas Maxima.

Le procureur fédéral Andreas Müller a estimé que ces questions relevaient du fond et pourraient être plaidées ultérieurement par la défense. Une position partagée par les représentants des parties plaignantes. Ainsi Me Wavre a relevé que le GGRP (Governance and Gender Rights Programme) enquête afin de «pallier l'incurie des autorités libériennes» et joue le rôle de relais au Libéria pour l'ONG genevoise.

Report ou vidéo

Auparavant, Me Werner a plaidé pour le report des débats – afin que ses clients puissent être présents – ou au moins la diffusion par vidéo de l'audition d'Alieu Kosiah au Liberia. Selon lui, la scission en deux parties de l'audition des plaignants porte à ces derniers un tort considérable.

Les autres représentants des parties civiles se sont ralliés largement à ces conclusions. Le Procureur fédéral Andreas Müller a reconnu que la présence des plaignants aurait été préférable et qu'ils pourraient subir un préjudice. Il a également souhaité qu'un enregistrement audiovidéo de l'accusé soit effectué à leur intention.

Me Raphaël Jacob, avocat d'une plaignante, a plaidé en faveur d'une qualification de crimes contre l'humanité, au sens du nouveau droit pénal. La cour s'est retirée afin de débattre des questions préjudicielles.

Le Libérien répond du meurtre de 18 civils et de 2 soldats désarmés, commis par lui-même ou les hommes qu'il avait sous ses ordres. Il est accusé aussi d'avoir violé une femme et d'avoir profané le corps d'un civil en mangeant son coeur.

Alors qu'il commandait un groupe de la faction armée ULIMO (United Liberation Movement of Liberia), l'accusé aurait aussi forcé des civils à transporter des marchandises dans des conditions inhumaines. Durant ces trajets, des porteurs auraient été exécutés ou battus. Il est encore reproché à Alieu Kosiah d'avoir utilisé un enfant-soldat âgé de douze ans.

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