Pénurie de kérosèneDépendance énergétique: un «dangereux goulot d'étranglement»
ATS
17.4.2026 - 11:31
Les espoirs de voir les négociations avancer au Moyen-Orient avant la fin du cessez-le-feu le 22 avril ne changent pas la situation critique pour l'approvisionnement en kérosène du secteur aérien. Le défi du prix reste entier, alors que ce carburant coûte deux fois plus cher qu'avant le début conflit. Les compagnies aériennes sont encouragées à réévaluer leurs stratégies pour traverser une crise de grande ampleur.
L'approvisionnement en kérosène est assuré pour l'instant. A l'aéroport de Genève, tout fonctionne normalement selon Olivier Kneuss, directeur général de Saraco, société qui gère l'acheminement du carburant depuis principalement deux raffineries françaises, celles de Feyzin et Fos-sur-Mer.
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17.04.2026, 11:31
17.04.2026, 12:02
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Avec le blocage du détroit d'Ormuz, les prix du pétrole se sont envolés et cela s'est fait sentir encore plus fortement sur le kérosène, qui a plus que doublé. Or, le carburant représente entre 20% et 35% des coûts d'exploitation des compagnies aériennes. Plusieurs d'entre elles ont annoncé une réduction de leurs vols et/ou l'application de surcharges carburant.
La Suisse est également touchée. L'impact du conflit au Moyen-Orient sur la demande et la forte hausse des prix du carburant ont contribué à la décision d'Edelweiss de cesser d'opérer ses liaisons vers plusieurs destinations, vers les Etats-Unis cet été et Oman l'hiver prochain.
«Le dangereux goulot d'étranglement que représente notre dépendance énergétique se révèle actuellement sans ménagement: des programmes d'urgence sont déjà mis en place pour éviter de graves pénuries de kérosène. Les raffineries nationales tournent à plein régime pour acheminer immédiatement sur le marché le pétrole brut qui arrive, en exploitant toutes leurs capacités», s'alarme Frank Sohlleder, analyste chez ActivTrades.
La semaine derrière, la tonne de kérosène se négociait en moyenne à 1562 dollars, selon les données de la faîtière du transport aérien Iata. Cela représente un bond d'environ 120% sur un an. Les perturbations sur le marché risquent de durer, même si le détroit d'Ormuz s'ouvre à nouveau.
«Les prix du kérosène dépendent du cours de la matière première (le pétrole brut), mais aussi des coûts liés au produit raffiné et des frais logistiques», explique à l'agence AWP Roland Rechtsteiner, responsable mondial du segment Négoce de matières premières et gestion des risques, pour le cabinet de conseil McKinsey.
Diversifier l'approvisionnement
«A long terme, les groupes aériens devraient envisager une stratégie d'approvisionnement diversifiée en matière de kérosène: en tant que gros acheteurs, ils devraient explorer plusieurs options, telles que des stratégies de couverture, la diversification des sources d'approvisionnement en fonction de leurs capacités commerciales ou la mise en place de partenariats solides avec des sociétés de négoce».
L'approvisionnement en kérosène est assuré pour l'instant. A l'aéroport de Genève, tout fonctionne normalement selon Olivier Kneuss, directeur général de Saraco, société qui gère l'acheminement du carburant depuis principalement deux raffineries françaises, celles de Feyzin et Fos-sur-Mer. «Nous faisons nos estimations sur la base des vols prévus et passons les commandes auprès des dépôts de Vernier, qui sont pour l'heure toujours honorées», remarque-t-il.
Du côté des volumes, la demande est en baisse par rapport à la même période de l'année précédente. Les vols des compagnies du Golfe, perturbés par la guerre au Moyen-Orient, peuvent expliquer ce repli. «L'absence de quelques vols long-courrier se fait immédiatement sentir dans un aéroport comme Genève», explique M. Kneuss.
Les compagnies aériennes suivent toutefois la situation attentivement. «Habituellement, le ravitaillement en carburant d'un avion pour le vol aller s'effectue à l'aéroport de départ et pour le vol retour à la destination respective. Dans des cas exceptionnels, il peut toutefois arriver que le carburant pour le vol retour soit déjà embarqué», explique une porte-parole de Swiss.
Cette approche n'est pas possible pour les vols long-courrier, alors la compagnie aérienne garde un oeil vigilant. «Nous suivons toutefois la situation de très près – surtout en Asie. En cas de pénurie, nous nous attendons à ce qu'elle se produise principalement là-bas, en raison de la forte dépendance vis-à-vis des produits provenant du Golfe persique et de la Chine», indique-t-elle. «L'approvisionnement est actuellement garanti. Cependant, la situation reste dynamique et peut évoluer rapidement», prévient-elle.
Trois mois de réserves
La Suisse impose des réserves obligatoires pour le kérosène, comme pour d'autres carburants. En cas de crise d'approvisionnement, la Confédération peut décider de libérer les quantités stockées chez les entreprises du secteur.
«Les quantités provenant des réserves et des stocks obligatoires sont mises sur le marché par les circuits de distribution habituels de chaque pays. Les stocks obligatoires mis en vente ne peuvent être distingués des autres produits», explique un porte-parole de l'Office fédéral pour l'approvisionnement économique du pays (OFAE).
En 2022/2023, la Suisse avait libéré des stocks obligatoires de produits pétroliers, kérosène inclus, en raison de problèmes logistiques, liés à la navigation sur le Rhin et à des problèmes ferroviaires à l'étranger.
Les réserves permettent d'assurer les besoins du secteur pour trois mois et sont calculées «sur les ventes réalisées dans les aéroports suisses, c'est-à-dire sur les compagnies aériennes qui s'y ravitaillent en carburant», explique le porte-parole.