Exclusion structurelle«Les hommes hors des piscines !» - Une élue socialiste défraie la chronique
Petar Marjanovic / trad.
16.7.2025
Avec un post provocateur sur les réseaux sociaux, la conseillère nationale socialiste Tamara Funiciello demande un débat sur la violence, l'origine et la double morale politique. Elle pose la question suivante : pourquoi mettre les «hommes hors des piscines» nous indigne-t-il davantage que l'exclusion des étrangers ?
La conseillère nationale Tamara Funiciello (PS/BE) a posté une publication polémique sur Instagram.
ATS
Petar Marjanovic / trad.
16.07.2025, 04:30
16.07.2025, 11:38
Petar Marjanović
Via une publication polémique sur Instagram, la conseillère nationale PS Tamara Funiciello fait parler d'elle. Sous le titre «Männer raus aus der Badi» (traduction : les hommes hors des piscines), elle jette un regard critique sur les statistiques de la violence et les relie aux débats politiques actuels autour de la sécurité et de la double morale.
D'emblée, elle précise que cette déclaration n'est pas à prendre au pied de la lettre. Son objectif est d'inciter à la réflexion. Car si tous les hommes ne sont pas violents, la majorité des actes de violence graves en Suisse sont commis par des hommes.
Elle cite un exemple : selon les statistiques, tous les viols commis jusqu'au 1er juillet 2024 l'ont été par des hommes. En cas de lésions corporelles graves, la proportion d'hommes est de 96%. La violence sexualisée est également très répandue dans l'armée, et ce sont surtout les femmes qui en sont victimes.
Racisme structurel
L’élue critique le fait que de tels chiffres soient régulièrement évalués de manière différente : lorsque des hommes blancs commettent des actes de violence, on dit souvent qu'ils ont eu une enfance difficile, qu'ils ont des problèmes psychiques ou qu'ils étaient alcoolisés. En revanche, l'origine des auteurs étrangers est rapidement mise en avant. Pour la native de Berne, c'est un exemple de racisme structurel.
L'élément déclencheur de l'intervention de la socialiste est le débat sur l’accès à la piscine de Porrentruy. Depuis début juillet, seules les personnes ayant un passeport suisse, un domicile ou un permis de travail sont autorisées à aller s’y rafraîchir.
La commune jurassienne parle d'une solution d'urgence en raison d'une surcharge mais la décision a provoqué une multitude de remous. Des groupes d'extrême droite ont ouvertement célébré la mesure, et une vidéo trompeuse d'une autre piscine a été faussement partagée comme preuve de la situation à Porrentruy.
Alors que de nombreux habitants considèrent la nouvelle réglementation comme pragmatique, Funiciello y voit un exemple d'exclusion structurelle. De telles mesures renforcent les stéréotypes existants, explique-t-elle à «blue News». «La responsabilité de la violence est déplacée loin de l'agresseur. Ce n'est pas celui qui frappe qui doit être responsable, mais «l'étranger».
Funiciello souligne que la violence envers les femmes est un sujet complexe. Celui qui veut l'aborder politiquement doit se confronter à un débat sérieux et différencié et ne doit pas se cacher derrière de fausses solutions simplistes.
Les femmes qui manquent d'indépendance financière sont particulièrement vulnérables, par exemple parce qu'elles sont nouvellement arrivées dans le pays ou qu'elles n'ont pas accès à des conditions de travail stables. «L'autonomie financière est la clé de la protection contre la violence», explique la politicienne de 35 ans à «blue News». «Les femmes qui sont financièrement indépendantes peuvent plus facilement fuir la violence. Celles qui n'ont pas cette indépendance restent souvent dans une relation violente». Cela fait d'autant plus mal lorsque c'est précisément là, par exemple au niveau des salaires minimums, que l'on fait des économies : «C'est le terrain sur lequel la violence prospère», s’agace-t-elle.
Pour terminer, Funiciello renvoie à une étude selon laquelle la police est appelée moins souvent et plus tardivement lorsque l'auteur présumé porte un nom suisse et plus rapidement lorsqu'il a un nom étranger. «Cela signifie que la violence envers certaines femmes passe plus longtemps inaperçue et cela doit nous faire réfléchir», conclut l’élue de gauche.