Alors que la fréquentation des cinémas en Suisse est passée sous la barre symbolique des 10 millions d’entrées en 2025, une question se pose : quelle place reste-t-il au cinéma dans notre pays ? Dans un entretien réalisé par blue News, Frédéric Maire, ancien directeur de la Cinémathèque suisse, apporte un regard précieux sur un secteur peu médiatisé.
Quelle est la place du cinéma suisse ?
Le cinéma suisse cherche son visage entre langues, cultures et frontières.
Une interview de monsieur Frédéric Maire, ancien directeur de la cinémathèque, qui offre une nouvelle perspective du cinéma helvétique.
29.04.2026
Le cinéma suisse existe. Il crée, il circule, il s’exporte parfois. Mais il peine encore à trouver toute sa place auprès du grand public. Ainsi, selon les chiffres définitifs publiés par l’Office fédéral de la statistique, la fréquentation des cinémas en Suisse est tombée à 9,47 millions d’entrées en 2025, soit une baisse de 8% par rapport à 2024. Hors années marquées par la pandémie, c’est la première fois depuis le début de la statistique en 1980 que le total passe sous les 10 millions.
Le recul est encore plus frappant lorsqu’on compare avec l’avant-Covid: les entrées sont inférieures de 24% par rapport à 2019. La baisse touche particulièrement la Suisse romande, où elle atteint -16%, contre -13% en Suisse italienne et -3% en Suisse alémanique.
Dynamique
Dans ce contexte morose, un chiffre retient pourtant l’attention : les films suisses ont conservé une part de marché solide. En 2025, ils représentent 9,1% des entrées, contre 8,9% en 2024 et 6,3% en 2023. Avec 861’116 entrées, la Suisse se classe même troisième parmi les pays de production, derrière les États-Unis et l’Allemagne.
Autrement dit: les salles se vident, mais le cinéma suisse ne disparaît pas. Il trouve même une forme de stabilité dans un marché fragilisé. Deux films ont particulièrement porté cette dynamique: Heldin de Petra Volpe et Hallo Betty de Pierre Monnard, qui totalisent à eux seuls plus d’un tiers de la part de marché des films suisses.
C’est précisément ce paradoxe que met en lumière Frédéric Maire. D’un côté, le public se déplace moins en salle. De l’autre, les films suisses réussissent à maintenir leur visibilité dans un paysage dominé depuis longtemps par les productions américaines et ce, malgré les différences régionales.
Défi
Aujourd’hui, une partie du public découvre le cinéma non plus seulement en salle, mais à travers des extraits, des interviews, des plateformes, des recommandations et des formats courts, l’attention est divisée.
Le défi n’est pas uniquement artistique. Il est aussi culturel, économique et médiatique. Un film peut exister, être reconnu en festival, être salué par la critique, mais s’il ne rencontre pas son public, sa place reste fragile.
Les statistiques de l’OFS démontrent une baisse de fréquentation certes, mais elles montrent avant tout un changement d’époque. La salle de cinéma n’a plus le même rôle qu’avant. Le streaming, la concurrence des écrans et les nouvelles habitudes de consommation modifient profondément le rapport du public aux films.
Mais elles montrent aussi que le cinéma suisse n’est pas absent. Il occupe une place modeste, certes, mais réelle. Une place qui mérite d’être expliquée, défendue et montrée.