«Pétain = antisémitisme, honte !» Manifestation et plainte pour révisionnisme lors de la messe en «hommage» à Pétain

Alix Maillefer

15.11.2025

Le préfet de la Meuse va porter plainte pour propos révisionnistes tenus en marge d'un hommage rendu samedi «au maréchal Pétain et à ses soldats» dans une église de Verdun, qui a attiré un poignée de fidèles face à une centaine de manifestants.

Une femme brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Pétain = antisémitisme, honte ! » lors d'une manifestation devant l'église Saint-Jean-Baptiste, où se déroule une cérémonie religieuse « en hommage au maréchal Pétain et à ses soldats ».
Une femme brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Pétain = antisémitisme, honte ! » lors d'une manifestation devant l'église Saint-Jean-Baptiste, où se déroule une cérémonie religieuse « en hommage au maréchal Pétain et à ses soldats ».
AFP

Agence France-Presse

Le préfet, Xavier Delarue, a annoncé à l'AFP qu'il signalerait au parquet les propos «clairement révisionnistes» entendus samedi, comme l'y oblige le code pénal.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a jugé ces propos «contraires à notre mémoire collective» et condamné fermement sur le réseau X «toute tentative de réhabilitation d'une figure liée à la collaboration et à l'oppression».

Quelques jours après la commémoration de l'armistice de 1918, l'hommage au vainqueur de Verdun a généré une polémique, le maire de la ville ayant tenté d'interdire l'événement, qui a finalement été autorisé vendredi par la justice administrative.

«Un tout petit nombre» de personnes, «une vingtaine au maximum», a assisté à cet office en l'église Saint-Jean-Baptiste, a déclaré le préfet. «Les choses sont organisées de façon à ce que l'église soit fermée et réservée aux membres de l'association», a-t-il expliqué.

- «Révisionniste!» -

A la sortie de l'office religieux, le président de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), Jacques Boncompain, a soutenu devant des journalistes que le chef du régime de Vichy, condamné à mort en 1945, avait été «le premier résistant de France».

«Vous n'avez pas peur des poursuites», lui a lancé une manifestante, alors que des policiers surveillaient la conversation.

Le procès de Philippe Pétain en 1945 «ne répondait pas aux critères d'équité», a également estimé M. Boncompain, alors qu'une personne le traitait de «révisionniste!».

Sous les huées, un militant d'extrême droite, Pierre-Nicolas Nups, ancien candidat aux législatives de 2024 en Meurthe-et-Moselle sous la bannière du Parti de la France, a interprété «Maréchal nous voilà», le chant à la gloire du chef du régime de Vichy.

Le préfet a dit envisager également une plainte contre «deux individus» liés au Parti de la France «qui n'ont pas cessé de harceler les forces de l'ordre».

- «Profondément heurté» -

A l'extérieur de l'église, un photographe de l'AFP a dénombré pendant la cérémonie une vingtaine de policiers et gendarmes, tandis qu'une centaine de manifestants protestaient dans le calme, entonnant la Marseillaise et le slogan «Pas de messe pour Pétain, pas de fachos à Verdun».

«J'ai mis en place un dispositif visant à éviter les contacts physiques» entre les manifestants et les personnes venues assister à la messe, a indiqué le préfet.

Plusieurs élus étaient présents à la manifestation avec leur écharpe tricolore.

«Je suis profondément heurté, parce que je pense à toutes les victimes de la barbarie nazie et de la révolution nationale, l'idéologie du maréchal Pétain», a déclaré à la presse Samuel Hazard (divers gauche).

«C'est pas possible qu'on dérive comme cela», a déclaré une paroissienne, Mariette Descamps, portant une pancarte où l'on pouvait lire «Catho pas facho». «Je suis désolée de ce qui se passe aujourd'hui», a-t-elle dit.

Cette messe, «c'est salir tous les justes dans notre pays. L'extrême droite se délecte», a abondé à ses côtés sa fille Elise, une militante CFDT.

L'ADMP avait été autorisée par l'archevêque-évêque de Metz, administrateur apostolique de Verdun, à célébrer cette messe.

Surnommé «le vainqueur de Verdun», Philippe Pétain devint général pendant la Première Guerre mondiale puis maréchal lors de l'armistice, avant de prendre en 1940 la tête du régime de Vichy qui collabora avec l'Allemagne nazie. Il a été frappé d'indignité nationale en 1945 et condamné à mort, une peine commuée en prison à vie.

Les propos révisionnistes sont passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. Ils sont définis comme la négation, la minoration ou la banalisation de façon outrancière d'un crime de génocide, de crime de guerre ou de crime contre l’humanité.