Implacable Musk le compare à Voldemort : qui est ce puissant juge honni par Bolsonaro ?

Gregoire Galley

9.6.2025

Puissant, clivant et implacable, le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes est devenu un personnage incontournable au Brésil, en charge du procès contre l'ex-président Jair Bolsonaro pour tentative présumée de coup d'Etat, tout en menant une croisade contre la désinformation.

Le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes est en charge du procès contre l'ex-président Jair Bolsonaro.
Le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes est en charge du procès contre l'ex-président Jair Bolsonaro.
ats

Agence France-Presse

Chauve au crâne lisse qui brille sous les projecteurs, sourcils épais, regard sévère: son physique contribue à son image de juge à poigne. Mais en coulisses, ce magistrat de 56 ans est décrit comme un homme plein d'humour.

Dans un pays très polarisé, certains l'accusent de censure et d'abus de pouvoir, tandis que d'autres louent sa défense intraitable de la démocratie face aux attaques répétées de Jair Bolsonaro et de ses partisans contre les institutions.

Pour l'ex-président d'extrême droite (2019-2022), c'est un «dictateur». Son fils Eduardo, qui a mis entre parenthèses son mandat de député pour vivre aux Etats-Unis et intercéder pour son père auprès des autorités américaines, dénonce pour sa part l'"acharnement totalitaire d'un psychopathe sans limite".

Le milliardaire Elon Musk est allé jusqu'à le comparer à Voldemort, le méchant (également chauve) de la saga Harry Potter, l'accusant de mettre à mal la liberté d'expression «à cause de motivations politiques».

Les deux hommes se sont livrés l'an dernier un long bras de fer qui a culminé avec la suspension durant 40 jours du réseau social X, dont M. Musk est le propriétaire, pour avoir ignoré une série de décisions judiciaires.

Le magistrat avait notamment ordonné le blocage des comptes de figures influentes des mouvements ultra-conservateurs brésiliens, accusées de désinformer.

«Animal politique»

Spécialiste de droit constitutionnel, Alexandre de Moraes a été nommé à la Cour suprême en 2017 par l'ex-président de centre-droit Michel Temer (2016-2018), dont il a été ministre de la Justice.

Lors de son passage en tant que secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Sao Paulo, entre 2015 et 2016, il avait été critiqué par la gauche, qui l'accusait de réprimer les mouvements sociaux.

«C'est un animal politique», affirme à l'AFP Antonio Carlos de Freitas, expert en droit constitutionnel, qui évoque son «ascension météorique». «Il a de bonnes relations dans plusieurs sphères, y compris avec les militaires», confie une source au sein du tribunal électoral.

«Canaille»

En juin 2023, le Tribunal supérieur électoral, alors présidé par Alexandre de Moraes, avait déclaré Jair Bolsonaro inéligible pour huit ans pour avoir propagé de fausses informations sur le système d'urnes électroniques en vigueur depuis des décennies au Brésil.

Aujourd'hui, il est rapporteur à la Cour suprême du procès visant l'ex-président, accusé d'avoir fomenté un projet de coup d'Etat pour éviter le retour au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva, qui l'a battu lors du scrutin d'octobre 2022.

Ce plan prévoyait, selon les enquêteurs, l'arrestation, voire même l'assassinat d'Alexandre de Moraes, ainsi que celui de Lula et de son vice-président, Geraldo Alckmin.

Les auditions de témoins du procès ont débuté à la mi-mai et le magistrat n'a pas hésité à recadrer vertement un ancien commandant de l'armée entendu par la Cour suprême. «Ou vous avez menti à la police fédérale (lors d'un premier interrogatoire), ou vous mentez ici», avait-il lancé.

Le juge Moraes avait déjà ordonné l'ouverture d'enquêtes contre M. Bolsonaro et ses proches quand celui-ci était président, ce qui lui avait valu d'être traité de «canaille» par l'intéressé en 2021. «Il est devenu l'ennemi des bolsonaristes (...) en s'attaquant à la désinformation», estime Antonio Carlos de Freitas.

Muay-thaï

Le bras de fer entre Elon Musk et le juge Moraes l'an dernier avait inspiré des plaisanteries d'internautes espérant qu'il se transforme en combat sur un ring, comme celui qui était censé opposer le patron de X à celui de Meta, mais n'a finalement jamais eu lieu. Le juge aurait des arguments à faire valoir: il est pratiquant assidu de muay-thaï, un art martial.

Avare en commentaires dans la presse, le magistrat préfère s'exprimer lors de séances de la Cour suprême. Marié et père de trois enfants, il pourra y siéger jusqu'à ses 75 ans.

Mais une source proche du magistrat assure qu'il a «encore des ambitions politiques». Et pourquoi pas «devenir président», même si l'intéressé ne l'a jamais évoqué publiquement.