Protoxyde d’azote«On a des drames où des gens vont se retrouver en fauteuil roulant»
Gregoire Galley
19.11.2025
Les cas d'intoxications au protoxyde d'azote sont en hausse en raison d'une «consommation complètement banalisée», s'inquiète Guillaume Grzych, biologiste et président de Protoside, réseau dédié à la prévention et la prise en charge de ces patients.
Les cas d'intoxications au protoxyde d'azote sont en hausse.
IMAGO/Photo News
Agence France-Presse
19.11.2025, 08:44
Gregoire Galley
Fustigeant le marketing «agressif» des fabricants, ce spécialiste du CHU de Lille décrit des complications médicales parfois sévères et déplore l'absence d'outils fiables pour mesurer l'exposition à ce gaz «hilarant», appelant à renforcer prévention et recherche.
Observez-vous une banalisation du protoxyde d'azote et pourquoi ?
«Depuis la création de cette filière protoxyde d'azote au CHU de Lille il y a quatre ans, les patients avec des conséquences cliniques liées à l'intoxication sont de plus en plus importants. On est sur une consommation complètement banalisée, du fait du manque peut-être d'action de prévention. La substance est considérée comme non grave: +C'est un gaz qu'on utilise en médecine, donc pourquoi ça serait grave?+ C'est ce qu'on nous rapporte de plus en plus. C'est un gaz, pas quelque chose qu'on se met dans le nez ou qu'on s'injecte, très facile d'accès et en plus avec un marketing assez agressif.»
«Vous avez des publicités ciblées sur les réseaux sociaux, des bonbonnes aromatisées, colorées. On a par exemple eu des bonbonnes à l'effigie du jeu vidéo GTA ou de la série Breaking Bad. Il n'y a pas de profil de consommateur, même si on a des moyennes d'âge assez jeunes, nos plus jeunes sont à 13-14 ans et notre patient le plus âgé a 47 ans, il n'y a pas plus de garçons que de filles.»
Quels sont les effets recherchés par les consommateurs ?
«C'est un gaz qui est hilarant, c'est l'état d'euphorie que les consommateurs vont rechercher, un état qu'ils vont atteindre mais qui va durer très peu de temps. Pour garder cet effet euphorisant, certains patients vont consommer plusieurs bonbonnes de protoxyde d'azote par jour. Certains vont chercher aussi l'effet antidépresseur, ou encore le traitement de la douleur, donc finalement on va tomber dans l'addiction au produit par différentes portes d'accès. C'est addictif.»
Existe-t-il un moyen de mesurer la consommation de protoxyde d'azote ?
«L'inconnue c'est +Combien de temps reste le protoxyde d'azote dans l'organisme?+. Les études conduites dans les années 1980-90 sur le protoxyde d'azote médical montrent que la demi-vie est extrêmement courte, de l'ordre de quelques minutes, aussi bien dans l'air expiré que dans le sang.»
«On a un travail de recherche pour pouvoir identifier une signature biologique plus fiable pour attester d'une consommation de protoxyde d'azote. Nous demandons des fonds depuis cinq ans pour ça. On nous a dit que le problème n'existait pas ou très peu. Ce qui est problématique, c'est que les autorités n'agissent que quand il y a des chiffres qui montrent qu'il faut agir. Mais comme on ne bénéficie pas des indicateurs fiables, c'est le serpent qui se mord la queue.»
Quels sont les risques liés à ce produit ?
«Pour les risques aigus, avec l'état d'euphorie, on peut se mettre à faire des choses qu'on ne voulait pas, avoir un manque de coordination, des chutes. On peut aussi retrouver des brûlures assez graves. Au niveau chronique, il y a trois grands tableaux connus. Le neurologique, si je caricature un peu, vous allez perdre un peu vos nerfs au niveau périphérique. Ça ressemble au mécanisme de la sclérose en plaques. Vous allez d'abord avoir des pertes de coordination jusqu'à des complications motrices.»
«Ensuite, vous avez des accidents cardiovasculaires. On nous a décrit beaucoup de thromboses, d'AVC, d'infarctus liés à la consommation chronique de protoxyde d'azote. C'est un processus vicieux et durable dans le temps qui va faire que votre sang va être moins fluide.»
«Un troisième axe va être le psychiatrique, avec des gens qui vont avoir des bouffées délirantes et sur le long terme vont développer des hallucinations, etc.. On a des drames où des gens qui en consomment régulièrement vont se retrouver en fauteuil roulant.»