Pierre Maudet: «Je vis un calvaire depuis trois ans»

za, ats

16.2.2021 - 13:24

Au second jour de son procès devant le Tribunal de police de Genève pour acceptation d'avantages, Pierre Maudet a été longuement entendu mardi. Le conseiller d'Etat a posé le cadre en se levant: «J'affronte les choses debout, Madame la présidente!»

Au second jour de son procès devant le Tribunal de police de Genève pour acceptation d'un avantage, Pierre Maudet a été longuement entendu mardi. "J'affronte les choses debout, Madame la présidente!" a déclaré le conseiller d'Etat.
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Au préalable, Yaël Hayat, une des trois avocats du magistrat, l'a interrogé sur la manière dont il appréhende ce procès. «Avec une certaine impatience, a-t-il répondu. Depuis trois ans, c'est un calvaire que je vis et dont je suis pour une très large part l'origine. J'ai aussi une certaine appréhension.»

Au niveau personnel, cette affaire «m'a obligé à me faire aider, ce qui n'est pas naturel chez moi. On n'en sort pas indemne par rapport à sa famille, à sa conception du pouvoir et de son exercice. On en sort plus conscient de ses responsabilités», a expliqué M. Maudet. Sur question de Me Hayat, il a admis être aussi plus conscient de ses «limites» et «lâchetés»: «Sous le magistrat, il y a toujours un homme.»

«Un objectif important»

«Je réfute cette accusation», a déclaré Pierre Maudet, interrogé par le tribunal sur le voyage en famille à Abu Dhabi de novembre 2015, payé par les autorités locales et qualifié d'acceptation d'un avantage par le Ministère public. Le conseiller d'Etat a déclaré avoir accepté une invitation officielle qui allait permettre au canton de «resserrer les liens» avec les Emirats arabes unis.

Il n'apprend que le 1er novembre que ce séjour luxueux est entièrement pris en charge par le prince héritier. Il l'évalue à 10'000 francs, alors que son coût est cinq fois plus élevé. «Je n'ai pas poussé la curiosité plus loin.» Il envisage bien d'y renoncer, mais «les Emirats étaient un objectif important.» Et il avait peu vu sa famille en 2015: «Le risque de l'exposer était minime.»

«Une réaction stupide»

Au printemps 2016, les médias commencent à l'interroger sur ce voyage. Le magistrat ment, il craint pour son image. «J'ai eu une réaction stupide en affirmant que le voyage avait un caractère privé, mais sa dimension officielle était très importante». «Habiller ce voyage en voyage privé m'a permis de le soustraire aux regards de l'opinion», a-t-il justifié.

Pierre Maudet admet qu'il n'aurait pas été invité à Abu Dhabi cette année-là sans l'intervention de l'entrepreneur Magid Khoury, également poursuivi dans cette affaire tout comme Antoine Daher, l'intermédiaire entre les deux hommes. Reste qu'il estime ne pas leur être redevable. «Je suis quelqu'un de difficilement influençable. J'évacue vite le risque», a-t-il justifié.

L'audition du magistrat se poursuit mardi après-midi. Elle sera suivie par celle de Magid Khoury.

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