Trois hommes devant le tribunalPlus de 100 vélos volés près de Berne : la bande vendait son butin sur Facebook
Petar Marjanović
8.12.2025
Un acte d’accusation d’environ 140 pages détaille comment, selon les autorités, trois jeunes hommes ont pendant des années volé des vélos dans les régions de Berne et de Bâle pour en tirer un profit personnel. Leur procès a débuté la semaine dernière.
Des milliers de vélos sont volés chaque année dans le canton de Berne. On sait désormais qui est présumé responsable d'une partie des vols. (image symbolique)
Image :Keystone
Petar Marjanović
08.12.2025, 04:29
08.12.2025, 08:02
Petar Marjanović
Pas le temps ? blue News résume pour toi
Pendant la pandémie, un contrôle fortuit a permis à la police bernoise de retrouver des centaines de vélos et autres objets volés.
Selon l’accusation, trois hommes — un Allemand et deux Suisses — auraient commis plus de 100 vols sur plusieurs mois et revendu la marchandise en ligne.
Le tribunal régional de Berne-Oberland jugera l’affaire en décembre, le jugement étant attendu le 19 décembre.
Chaque année, plusieurs milliers de vélos disparaissent dans le canton de Berne, dont la police ne retrouve qu’une partie. Pourtant, en août 2020, un homme de 25 ans est repéré par la police cantonale bernoise alors qu’il traverse la ville sur un vélo volé — un épisode qui sera le prélude à une enquête d’une ampleur surprenante.
L’homme, un citoyen allemand que nous appellerons ici Florian K. (nom modifié) pour des raisons juridiques, passe ensuite une journée en détention avant d’être relâché par la police. Mais celle-ci ne le perd pas complètement de vue. Le soupçon naît rapidement : Florian K. ne serait pas un simple voleur occasionnel, mais pourrait avoir fait partie d’une bande particulièrement active.
Il y a quatre ans, la police conclut que K. n’agissait pas seul: il avait des complices. Jeudi dernier, trois hommes se sont donc retrouvés sur le banc des accusés du tribunal régional de Berne-Oberland, à Thoune: l’Allemand, aujourd’hui âgé de 30 ans, ainsi que les Suisses Tiago S. et Loris H., presque du même âge, dont les noms ont été modifiés pour des raisons juridiques.
Que reproche-t-on aux trois hommes ?
L’acte d’accusation, long de 139 pages, est parfois très succinct, mais retrace l’histoire d’innombrables cadenas de vélos coupés et de vélos disparus. 21 chefs d’accusation distincts visent exclusivement l’Allemand Florian K. Le ministère public y décrit comment celui-ci, les deux Suisses et d’autres complices auraient dérobé vélos et autres objets dans plus de 200 affaires, réparties sur plusieurs mois dans tout le canton de Berne et la région de Bâle.
Aucune peine n'a encore été requise dans l'acte d'accusation.
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La marchandise aurait ensuite été revendue sur Facebook Marketplace ou via WhatsApp à prix cassés, ou aurait directement servi à l’enrichissement personnel.
Un exemple datant d’octobre 2019 : par un jour d’automne, l’Allemand Florian K. et Loris H. forcent l’antivol d’un VTT d’une valeur d’environ 6 300 francs à la gare d’Ostermundigen. Selon l’accusation, ils vendent ensuite le vélo pour 800 à 1 000 francs. Sur 117 cas similaires, Florian K. aurait ainsi encaissé à lui seul quelque 213 000 francs.
Dans près de 240 autres affaires, il aurait, avec des complices, acquis des biens volés pour une valeur totale de 393 000 francs.
Mais la liste ne se limite pas aux deux-roues. Le jeune Allemand aurait escroqué des acheteurs, volé des commerçants, insulté un chauffeur de bus et un policier dans la région de Berne, et frappé un jeune homme à Soleure pour une petite dette liée à la drogue.
L’accusation souligne également qu’il aurait volé à plusieurs reprises des motos et des voitures pour son propre usage, sans jamais posséder de permis de conduire. Les deux Suisses auraient pris part à une partie des vols. Selon la présentation du ministère public, la hiérarchie semble claire : l’Allemand Florian K. aurait dirigé la bande.
Que disent les accusés ?
Le tribunal régional de Berne-Oberland prend son temps pour ce procès. Jeudi dernier, les cinq juges ont été confrontés à un Allemand volubile et à deux accusés qui se sont limités au strict minimum.
L’Allemand Florian K. s’est montré le plus loquace : il a nié avoir jamais volé un vélo rose: «Je ne fais pas ça». Il a également assuré n’avoir jamais touché à un vélo électrique: «Trop compliqué avec les câbles de recharge. Nous ne touchions pas aux vélos électriques». En ce qui concerne son activité principale, le travail en bande, il a déclaré: «Nous avons toujours réparti le produit de la vente de manière équitable. Si nous étions trois, le bénéfice était divisé par trois». Il conteste en même temps l’idée qu’il était le chef de la bande, arguant que le simple fait d’avoir créé le compte Facebook ne le plaçait pas à la tête: «J’ai créé le compte. Mais tout le monde y avait accès». Selon lui, il n’y avait pas non plus de répartition des tâches, comme par exemple la responsabilité de la réparation des vélos. Ils ne volaient que des vélos en bon état.
Il en va tout autrement pour les deux Suisses. Tiago S. ne répond qu’aux questions le concernant. Oui, il a été adopté, mais il affirme avoir eu une bonne enfance. Vers l’âge de dix ans, le TDAH aurait compliqué sa vie. Il qualifie cette période d’« épreuve la plus difficile » de sa vie, mais garde espoir, ayant réussi entre-temps à sortir de cette spirale.
Loris H., le troisième membre du groupe, raconte son désir inassouvi de devenir infirmier: ses délits liés à la drogue l’en empêchent, car la profession exige de travailler avec des médicaments. Il a récemment téléchargé une application pour trouver des emplois temporaires. Père d’un enfant à seulement 15 ans, il puise sa force dans le soutien qu’il apporte à sa mère, contrainte de vivre avec une rente AI. «Je me sens responsable d’elle», confie-t-il à la présidente du tribunal.
Pendant ce temps, la défense tente de contester l’accusation sur le plan formel, arguant que l’attribution de certains actes n’est pas claire et que la procureure aurait violé le principe de l’accusation. La juge reste imperturbable : dans le cas de délits commis en bande ou de manière professionnelle, ce type de critique n’est pas exceptionnel.
Quelle est la suite du procès ?
Le procès se poursuivra mardi, lorsque les avocats de la défense présenteront leurs plaidoiries et que le parquet annoncera pour la première fois ses réquisitions pénales. Le jugement devrait être rendu avant Noël, le 19 décembre. D’ici là, la présomption d’innocence reste pleinement applicable.
La fixation de la peine s’annonce complexe. Les trois accusés doivent répondre à de nombreux délits individuels. De plus, certaines condamnations avec sursis pourraient être réexaminées. Pour l’Allemand, il est également question d’une éventuelle expulsion et d’une interdiction d’exercer une activité professionnelle, liées à un délit présumé de pornographie qu’il conteste.
Ce que nous apprend l'accusation
L’enquête contre ces trois prévenus montre que des vélos que l’on croyait perdus peuvent être retrouvés. Elle a permis de retracer la destination de centaines de vélos volés.
Pour se protéger, toute personne possédant un vélo devrait conserver des informations précises : numéro de cadre, marque, couleur, prix d’achat, ainsi qu’une photo.
En cas de vol, il est essentiel de porter plainte. Cela facilite l’identification des propriétaires si une bande de voleurs est arrêtée et permet de savoir quand chaque vélo a été dérobé.
Plus les vols sont fréquents dans une région, plus la police peut identifier certains modèles et agir efficacement, parfois même avec l’aide d’agents infiltrés.