Procès de Ghislaine Maxwell, «rabatteuse» présumée d'Epstein

ATS

29.11.2021 - 20:38

Ghislaine Maxwell en 2013
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Deux ans après le suicide en prison du milliardaire Jeffrey Epstein, le procès de son ex-compagne Ghislaine Maxwell commence lundi à New York. Elle est accusée d'avoir recruté des jeunes mineures pour le financier.

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29.11.2021 - 20:38

La fille du magnat de la presse Robert Maxwell, 59 ans, est détenue aux Etats-Unis depuis l'été 2020. Elle encourt la prison à vie au terme de débats qui doivent durer six semaines et déterminer si elle a participé au vaste trafic sexuel dont était accusé l'homme d'affaires.

Lundi matin, à l'intérieur de la cour fédérale de Manhattan, l'ancienne femme mondaine est apparue agitée, mettant et retirant ses lunettes à plusieurs reprises, touchant souvent son front et ses cheveux, et passant beaucoup de notes à ses avocats.

Selon le système pénal américain, le procès avait techniquement commencé mi-novembre par la sélection des 12 jurés, une procédure qui se poursuivait encore lundi à la mi-journée. Les débats doivent ensuite entrer dans le vif du sujet avec les premières déclarations de l'accusation et de la défense.

«Manipulatrice»

Femme brune, élégante et souriante sur les dernières photos au faîte de sa gloire, Ghislaine Maxwell est aujourd'hui décrite par le FBI et les procureurs comme une «scélérate» cultivant l'art de la «manipulation».

Elle est soupçonnée d'avoir joué le rôle de «rabatteuse» en recrutant entre 1994 et 2004 des jeunes filles mineures exploitées sexuellement pour le compte de Jeffrey Epstein. Ghislaine Maxwell a entretenu pendant près de 30 ans une relation amoureuse, amicale et professionnelle avec ce dernier, jusqu'à ce qu'il soit incarcéré et se suicide en prison en 2019.

La Franco-Américano-Britannique se dit innocente et plaide non-coupable des six chefs d'inculpation. Elle ne devrait pas s'exprimer à l'audience.

«Comme une dealeuse»

«Mes clientes espèrent qu'elle sera reconnue coupable de toutes les charges et passera le reste de ses jours en prison», a déclaré devant le tribunal Lisa Bloom, avocate de plusieurs victimes présumées de Jeffrey Epstein, dont une également de Maxwell.

«Pour ma cliente qui connaissait Ghislaine Maxwell, il n'y aurait pas eu de Jeffrey Epstein sans Ghislaine Maxwell (...). Pour elle, c'était comme une dealeuse qui apportait sa drogue à Epstein, et sa drogue, c'était des jeunes filles», a-t-elle ajouté.

L'accusée se plaint depuis 18 mois de ses conditions de détention dans une prison de Brooklyn, dénonçant des «agressions», des privations de sommeil, et une «nourriture avariée». Ses frères et soeurs ont même saisi le 22 novembre à Genève des experts du groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire.

Jugée en lieu et place d'Epstein

Sa défense devrait plaider que les crimes présumés remontent à plus de 20 ans – une psychologue éclairera le tribunal sur le phénomène des «faux souvenirs» – et surtout que Ghislaine Maxwell est jugée en lieu et place du principal protagoniste.

De son côté, l'accusation se fonde sur quatre plaignantes anonymes – dont deux n'avaient que 14 et 15 ans – qui racontent avoir été approchées par des «rabatteuses», dont Mme Maxwell, près de leur école ou à leur travail.

Participation aux agressions

Puis, après le cinéma et le lèche-vitrines «entre copines», les jeunes filles étaient persuadées, pour quelques centaines de dollars, de venir faire un massage, présenté comme non sexuel, à un puissant New-Yorkais prêt à faire décoller leur carrière.

D'après les procureurs, l'accusée aurait également participé aux agressions sexuelles avec son compagnon, soit chez elle à Londres, soit chez lui à Manhattan, en Floride et au Nouveau-Mexique.

Prince Andrew, Clinton, Trump

L'ombre de Jeffrey Epstein sera évidemment omniprésente, plus de deux ans après son suicide qui a privé ses victimes d'un procès. Le milliardaire avait bien été condamné en Floride en 2008 pour avoir payé des jeunes filles pour des massages. Mais il n'avait fait que 13 mois de prison à la suite d'un accord confidentiel avec le procureur de l'époque.

Une autre ombre planera sur le procès: celle du prince britannique Andrew, proche d'Epstein, cible depuis août d'une plainte distincte pour «agressions sexuelles» déposée par une Américaine, Virginia Giuffre.

Cette plainte devrait être examinée fin 2022 devant un tribunal civil à New York, même si le second fils d' Elizabeth II nie ces faits qui se seraient déroulés entre 2000 et 2002, lorsque Virginia Giuffre était mineure.

D'autres noms pourraient être cités: les anciens présidents américains Bill Clinton et Donald Trump, en raison de leur présence à des fêtes new-yorkaises, et l'ex-agent français de mannequins Jean-Luc Brunel, ami d'Epstein, inculpé et écroué à Paris en décembre 2020 pour viols et agressions sexuelles.

ATS