«C'est inhumain, immonde» Procès Péchier : un enfant empoisonné pour «régler des comptes» !

Gregoire Galley

24.11.2025

«J'ai peur que ces traces d'empoisonnement me suivent toute ma vie»: Tedy, qui avait 4 ans quand il a subi un arrêt cardiaque imputé par l'accusation à l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier, a confié lundi sa souffrance à la cour d'assises du Doubs, dans une lettre lue par son père.

Un enfant a subi un arrêt cardiaque imputé par l'accusation à l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier (image d’illustration).
Un enfant a subi un arrêt cardiaque imputé par l'accusation à l'ex-anesthésiste Frédéric Péchier (image d’illustration).
ats

Agence France-Presse

Aujourd'hui âgé de 14 ans, l'adolescent «introverti» a gardé des séquelles neurologiques et physiques de cette complication médicale gravissime - survenue le 22 février 2016 alors qu'il était venu à la clinique Saint-Vincent de Besançon pour une simple opération des amygdales. «Je mets dix minutes de plus que mes camarades pour écrire», a ainsi témoigné le plus jeune des 30 victimes recensées par la justice dans ce dossier tentaculaire.

«J'ai compris que quelqu'un s'est servi de moi et de ma vie (...) pour atteindre ses objectifs et créer des problèmes», a ajouté l'adolescent, qui n'a pas souhaité témoigner directement à la barre pour éviter «de se retrouver à côté de l'accusé».

L'empoisonneur «s'est servi de notre petit garçon pour régler des comptes», a déploré de son côté son père, Hervé Hoerter Tarby. Aujourd'ui, le collégien «ne peut plus faire de sport intensif», a-t-il raconté, très ému en évoquant son enfant «très joyeux» avant l'opération, qu'il retrouvera au CHU, «intubé, branché, avec des machines qui sonnaient partout».

Tedy restera deux jours dans le coma. Sa mère était «à genoux au pied du lit, à prier tout ce qu'elle pouvait prier», a confié le père. «C'est inhumain, immonde», a fustigé M. Hoerter Tarby. Le retour à la maison a été «un enfer, un calvaire, tout le monde a été détruit», a-t-il ajouté, convaincu de la culpabilité de l'accusé.

Les 30 empoisonnements, dont 12 mortels, imputés à Frédéric Péchier, s'étalent de 2008 à 2017. Mais six en tout ont lieu en 2016, année marquée par une «escalade», où «l'empoisonneur perd pied», a observé le directeur d'enquête Olivier Verguet.

«Justice pour ma maman»

L'accusation soupçonne l'ex-anesthésiste d'avoir pollué des poches de perfusion avec des anesthésiques locaux, du potassium ou encore de l'adrénaline, pour empoisonner les patients de collègues avec qui il était en conflit. Or, en 2016, le Dr Péchier s'est disputé avec son collègue Sylvain Serri et a été en conflit ouvert avec des collègues qu'il qualifiait de «comploteurs», a souligné le policier.

Dans le cas de l'arrêt cardiaque de Tedy - un événement rarissime à cet âge, selon tous les témoins -, les experts ont évoqué lundi l'hypothèse d'une intoxication aux anesthésiques locaux ou au potassium.

«S'en prendre un enfant, on touche là l'ignominie», a attaqué l'avocate générale Christine de Curraize, qui «ne comprend pas pourquoi» l'accusé refuse d'admettre «comme tout le monde» que Tedy a été empoisonné.

L'avocate de l'anesthésiste - qui n'est autre que sa soeur Julie Péchier, seule en défense cette semaine en l'absence provisoire de Me Randall Schwerdorffer «pour raison professionnelle» -, a avancé l'hypothèse d'une intoxication due aux «pulvérisations sur la glotte de l'enfant» d'un anesthésique local, ce que contestent les experts. Une hypothèse reprise par l'accusé.

En revanche, concernant un autre cas examiné lundi par la cour - celui de Laurence Nicod, une patiente de 49 ans décédée d'un arrêt cardiaque en avril 2016 après une opération de l'épaule - M. péchier a admis qu'il s'agissait bien d'un acte malveillant. Mais il a contesté en être l'auteur.

La fille de cette victime, Charlotte, a raconté sa descente aux enfers après le drame, survenu quand elle n'avait que 17 ans: paralysie, multiples tentative de suicide et «un traitement à vie pour la mort de la personne qui (lui) était la plus chère au monde» afin de soigner sa dépression chronique. Comme la famille du petit Tedy, Charlotte n'attend désormais qu'une chose de ce procès: «justice pour ma maman et pour toutes les autres victimes».

Frédéric Péchier, 53 ans, a toujours clamé son innocence. Il comparaît libre, mais encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 19 décembre.