BrésilCe qu'il faut retenir des témoignages au procès de Bolsonaro
ATS
3.6.2025 - 07:42
Durant les deux semaines d'auditions de témoins du procès contre Jair Bolsonaro pour projet présumé de coup d'Etat, d'anciens hauts commandants militaires ont confirmé les velléités putschistes de l'ex-président brésilien. Ce dernier comparaîtra la semaine prochaine.
M. Bolsonaro, 70 ans, est accusé d'avoir été le «leader d'une organisation criminelle» ayant conspiré pour son maintien au pouvoir en 2022.
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03.06.2025, 07:42
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Ces auditions de témoins devant la Cour suprême ont pris fin lundi à ce procès historique lors duquel l'ancien dirigeant d'extrême droite encourt jusqu'à 40 ans de prison.
M. Bolsonaro, 70 ans, est accusé d'avoir été le «leader d'une organisation criminelle» ayant conspiré pour son maintien au pouvoir en 2022.
Et ce quel que soit le résultat de l'élection qu'il a finalement perdue au second tour face à l'actuel président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
Une cinquantaine de témoins ont été entendus en visioconférence, notamment des militaires haut gradés, d'anciens ministres, des policiers ou des agents de services de renseignement.
Jair Bolsonaro a participé à certaines de ces visioconférences, alors que les premiers interrogatoires des accusés vont débuter le 9 juin.
Voici ce que l'on peut retenir de ces auditions. Le verdict est attendu dans les prochains mois.
«Vous ne serez plus président»
Témoin convoqué par l'accusation, le général Marco Antonio Freire Gomes, qui était commandant de l'armée de terre en 2022, a confirmé lors de son audition avoir participé à une réunion avec M.Bolsonaro où il a été question de l'élaboration d'un décret pour instaurer «l'état de siège» pour réfuter le résultat de l'élection.
Cette réunion s'est tenue en décembre, à la résidence officielle de la présidence, à Brasilia, entre la victoire de Lula au second tour, fin octobre, et son investiture, le 1er janvier 2023.
«J'ai averti le président (Bolsonaro) qu'il pourrait avoir de sérieux problèmes, avec des implications judiciaires», s'il prenait de telles mesures, a-t-il déclaré.
Le général Carlos de Almeida Baptista Junior, commandant de l'armée de l'air à l'époque, a été encore plus catégorique: «Je lui ai dit: 'quoi qu'il arrive, le 1er janvier, vous ne serez plus président'».
«A disposition» de Bolsonaro
Pour Thiago Bottino, professeur de Droit pénal à la Fondation Getulio Vargas, ces deux témoignages marquent un tournant dans l'histoire du Brésil, qui vivait il y a encore trente ans sous une dictature militaire (1964-1985).
«Nous avons vu des commandants se refuser à participer à un coup de force pour destituer un président élu. Dans un pays comme le Brésil, c'est un fait très important», souligne-t-il à l'AFP.
D'autant plus que ces deux généraux «étaient les commandants militaires désignés par Bolsonaro, mais ils ont préféré respecter la légalité».
Selon les procureurs, ce n'était pas le cas de l'amiral Almir Garnier Santos, alors commandant de la Marine, également visé par le procès à la Cour suprême.
Le général Batista a affirmé lors de son audition que, lors de la réunion de décembre 2022, l'amiral avait «mis les troupes de la Marine à disposition» de M.Bolsonaro.
«Triste et résigné»
La défense de l'ex-président a pour sa part appelé à témoigner son ancien ministre de l'Infrastructure, Tarcisio de Freitas, actuellement gouverneur de Sao Paulo.
«Quand j'étais en présence du président (Bolsonaro) durant la dernière ligne droite de son mandat, en novembre et en décembre (2022), nous avons eu plusieurs conversations, mais il n'a jamais mentionné la moindre tentative de rupture» institutionnelle, a-t-il affirmé lors de son audition vendredi dernier.
«Je l'ai trouvé triste et résigné», a ajouté l'ex-ministre, qui n'a pas participé à la réunion avec les hauts commandants militaires.
Il est pressenti comme un des principaux candidats conservateurs à la présidentielle 2026, en raison de l'inéligibilité de Jair Bolsonaro, condamné par la justice électorale pour désinformation sur le système d'urnes électroniques utilisé au Brésil.
Réaction tardive
Les témoins ont également retracé les faits qui ont amené aux émeutes du 8 janvier 2023, quand des milliers de bolsonaristes ont saccagé les lieux de pouvoir à Brasilia, réclamant une intervention militaire pour déloger Lula du pouvoir une semaine après son investiture.
Selon les procureurs, il s'agissait de l'"ultime espoir» des putschistes.
Lors de son audition, Saulo Moura da Cunha, alors directeur adjoint de l'agence de renseignements Abin, a expliqué avoir envoyé des «alertes» dès le 6 janvier à toutes les instances fédérales sur une «intention manifeste d'invasion du Parlement».
Interrogé sur la lenteur de la réaction des autorités face à l'afflux de bolsonaristes à Brasilia, le général Júlio Cesar de Arruda, qui a succédé à M.Freire Gomes à la tête de l'armée de terre, a affirmé que son rôle était de «maintenir le calme» face au «climat de nervosité» dans la capitale.
«Dieu merci, il n'y a eu aucun mort», a-t-il justifié.