«Quand on aime, on ne brûle pas»Quinze ans de réclusion requis contre la femme qui a brûlé vif son grand-père malade
Basile Mermoud
25.6.2025
Quinze ans de réclusion ont été requis en appel mercredi à Bourg-en-Bresse contre la femme qui a tué son grand-père grabataire de 95 ans en mettant le feu à son lit, la même peine que celle réclamée en première instance.
«C'est mal, mais elle l'a fait par amour»: les parents de la jeune femme avaient fait bloc derrière elle lors du procès (archive).
AFP
Agence France-Presse
25.06.2025, 10:32
25.06.2025, 10:36
Basile Mermoud
«Quand on aime, on ne brûle pas», a déclaré l'avocat général Eric Mazaud dans ses réquisitions devant la cour d'assises de l'Ain, où la femme âgée de 33 ans a redit avoir voulu abréger les souffrances du nonagénaire. «Il n'est pas mort en douceur, ce n'est pas un geste d'amour», a insisté le représentant du ministère public. En première instance, elle avait été condamnée à cinq ans de prison avec sursis.
En août 2020, le vieil homme âgé de 95 ans a été retrouvé mort asphyxié et à moitié carbonisé dans son lit médicalisé chez une de ses filles, où il était hébergé, à Saint-Laurent-de-Mure (Rhône).
«Il n’a pas eu la mort digne de sa vie» car «le feu c'est atroce, c'est inhumain», a déclaré à la barre l'accusée, Emilie G., 33 ans, disant regretter son geste, sans toutefois pouvoir l'expliquer à la cour d'assise de l'Ain à Bourg-en-Bresse, où elle est jugée en appel depuis lundi.
Selon un psychiatre entendu à la barre, la jeune femme était dans un «état de dissociation», un état second en réaction à un traumatisme, qui a «altéré son discernement» au moment des faits.
Quelques heures avant le drame, son conjoint lui avait annoncé qu'il la quittait en lui révélant un adultère, «déclenchant» le passage à l'acte de l'accusée, selon une psychologue.
Très proche de son grand-père, elle avait été condamnée en première instance à cinq ans de prison avec sursis, les jurés ayant reconnu les «difficultés» de cette femme face à un «proche en fin de vie» dont elle voulait abréger les souffrances.
Interpellée deux mois après les faits, Émilie G. avait d’abord nié sa responsabilité avant de reconnaître avoir déversé «sans regarder» du carburant sur le lit, puis jeté une feuille de papier enflammée déclenchant le feu.
Selon un expert en incendie interrogé comme témoin, elle a effectué «un déversement minutieux, précis» de carburant sur le lit, et ne pouvait ignorer les conséquences: «Le feu est systématiquement utilisé pour détruire, pour faire disparaître».
«Je ne voulais pas le brûler», a répliqué l'accusée en sanglotant devant les jurés. «J’ai vu qu’il dormait et je me suis dit qu’avec la fumée il allait partir dans son sommeil».
Aux questions de l'avocat général Éric Mazaud, qui a pointé ses multiples mensonges et incohérences au cours de l'enquête, elle a expliqué ne pas avoir de «réponse».
Alité depuis des années, à moitié aveugle et équipé d’une sonde urinaire, le grand-père «demandait que le bon Dieu vienne le chercher» et réclamait «la pilule pour dormir», ont assuré d'une même voix l'accusée et sa famille, en bloc derrière elle.
Mais la famille «faisait l’autruche» sur la condition de l'aïeul, a toutefois relevé la jeune femme, qui a expliqué son choc après l'avoir un jour trouvé chez ses parents très maigre, le tee-shirt couvert d'urine séchée et baignant dans ses excréments.
«Il n'avait plus la couche, il était nu, j’ai vu la honte dans son regard», a-t-elle détaillé à la barre, comparant son corps aux «images des camps de concentration».
Une main devant les yeux, elle a refusé lundi de regarder les terribles images du cadavre maigre et noirci de celui qu'elle considérait comme son père, en position fœtale dans son lit incendié, diffusées pour les jurés.