Procès pour viols à Paris Tariq Ramadan, figure contestée et déchue de l'islam d'Europe

ATS

26.2.2026 - 07:43

Tariq Ramadan, dont le procès pour viols s'ouvre lundi à Paris, est un islamologue suisse contesté et à l'influence déclinante, déjà condamné en Suisse. Il est régulièrement accusé de dissimuler des conceptions radicales derrière une façade avenante.

Considéré comme brillant, Tariq Ramadan suscite aussi des débats pendant 25 ans.
Considéré comme brillant, Tariq Ramadan suscite aussi des débats pendant 25 ans.
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Âgé de 63 ans, ce petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, docteur de l'université de Genève pour une thèse consacrée à son grand-père, a connu dans les années 2000 son heure de gloire.

Régulièrement invité par plusieurs universités en Europe, au Maroc, au Qatar ou au Japon, il attirait à ses conférences des foules d'étudiants s'arrachant ses cours.

En 2004, consécration, le magazine américain Time le classe parmi ses 100 personnalités de l'année pour son «énorme influence» sur les musulmans d'Europe.

Considéré comme brillant, Tariq Ramadan suscite aussi des débats pendant 25 ans.

Parfois taxé d'antisémitisme – ce qu'il récuse au nom du droit à la critique de l'Etat d'Israël – il a aussi été accusé, notamment dans les sphères laïques, de faire le lit du communautarisme, de pousser les jeunes filles à se voiler et de masquer son fondamentalisme religieux sous un discours moderniste.

En France, il croise le fer lors de débats avec ses plus virulents adversaires comme le polémiste devenu en 2022 candidat à la présidentielle Eric Zemmour ou l'essayiste Caroline Fourest.

Il réfute alors ces critiques, affirmant inciter les jeunes musulmans à s'impliquer dans la société dans laquelle ils vivent, assurant que le port du voile relève de la liberté individuelle, prônant une lecture «contextualisante» des textes fondateurs de l'islam, condamnant la violence.

En 2016, le prédicateur annonce son intention de demander la nationalité française et de devenir franco-suisse, afin de «donner un exemple concret et positif d'adhésion aux valeurs de la République». Le Premier ministre d'alors, Manuel Valls, n'accède pas à sa requête.

Discrédit

Fin 2017, tout bascule: de premières plaintes en France le visent. Le théologien est lâché progressivement par ses soutiens – y compris au Qatar. Il se met en congé de sa chaire de professeur d'études islamiques contemporaines à Oxford (Royaume-Uni), tenue pendant près de douze ans.

Au coeur du discrédit, les mensonges de l'islamologue sur sa double vie et ses aveux en 2018 sur des relations sexuelles hors mariage, qui décrédibilisent aux yeux de certains imams et responsables associatifs cet homme marié depuis plus de 35 ans à une Française convertie, père de quatre enfants.

Dans le dossier français au coeur du procès qui s'ouvre lundi, Tariq Ramadan est soupçonné de viols commis entre 2009 et 2016 sur quatre femmes au total – ce qui lui a valu plus de neuf mois de détention provisoire en 2018.

Dans une autre affaire, le prédicateur a été condamné en 2024 en Suisse à trois ans de prison dont un an ferme pour viol. Ses avocats ont fait savoir qu'il allait saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).

Les enquêteurs français ont mis progressivement au jour un même «mode opératoire»: Tariq Ramadan entamait des discussions privées avec des femmes «particulièrement fragiles, au parcours de vie chaotique, en quête d'amour, de reconnaissance, de spiritualité».

Mais lorsque les rencontres se concrétisent, de nombreuses femmes décrivent un basculement soudain de Tariq Ramadan dans l'ultra-violence et un «changement de visage».

«Il n'y a pas eu un geste, une pratique, un acte sexuel qui n'ait pas été discuté au préalable», s'est défendu M. Ramadan.

Le prédicateur est aujourd'hui «en retraite anticipée» en raison de ses problèmes de santé – il a dit être atteint d'une sclérose en plaques et de dépression.