Italie«Tu ne peux pas dire non à Giorgia Meloni» - L'extrême droite fait sa foire
Gregoire Galley
11.12.2025
Dans les jardins entourant le château Saint-Ange à Rome, les enfants se précipitent vers la patinoire de Noël, indifférents aux panneaux bleus qui les entourent proclamant «L'Italie la tête haute».
Giorgia Meloni doit prendre la parole au moment de la clôture du rassemblement politique.
ats
Agence France-Presse
11.12.2025, 08:24
Gregoire Galley
Bienvenue à Atreju, un rassemblement politique transformé en foire hivernale organisé par Fratelli d'Italia (FDI), le parti d'extrême droite dirigé par la Première ministre Giorgia Meloni.
Autrefois rassemblement confidentiel de militants, ce festival de neuf jours attire désormais des personnalités mondiales, d'Elon Musk à l'ancien chef du gouvernement britannique Rishi Sunak, et occupe cette année une place de choix dans les jardins du château, jadis le mausolée de l'empereur Hadrien puis le palais des papes.
Avec son sapin de Noël illuminé, sa patinoire, son aire de jeux avec balançoires et ses stands vendant des décorations et des crèches, il est devenu un événement familial, dont la nature politique n'est que subtilement suggérée.
Au milieu des membres du parti arborant des badges et des nombreux bénévoles enthousiastes de la section jeunesse du parti présents pendant le week-end d'ouverture d'Atreju, on pouvait voir des électeurs de diverses tendances profitant de l'ambiance festive.
«C'est une atmosphère très joyeuse, familiale, pour tout le monde», a déclaré à l'AFP Ilaria D'Ambrosio, 46 ans. Cette habitante de la Toscane a expliqué avoir voté pour Mme Meloni et être satisfaite de son bilan jusqu'à présent. «La situation s'améliore un peu» en Italie, selon elle. «On entrevoit la lumière au bout du tunnel».
Dans l'enceinte du festival, point de drapeaux de Fratelli d'Italia, dont les flammes tricolores rattachent ce parti à ses racines néofascistes. Mario Trupo, qui passait par là, est venu faire un tour par «simple curiosité». «J’ai dit : +C’est étrange qu’ils aient obtenu l’autorisation de faire ça juste en dessous du château Saint-Ange+ et ma femme a répondu : +Tu ne peux pas dire non à Giorgia Meloni !+», a lancé ce Romain de 63 ans, qui ne vote jamais. «Ils sont tous pareils», estime-t-il à propos des représentants de la classe politique italienne.
Giorgia Meloni doit prendre la parole au moment de la clôture de l'événement, dimanche 14 décembre.
Après le Premier ministre hongrois Viktor Orban ou le président argentin Javier Milei au cours d'éditions précédentes, parmi les invités cette année figurent, entre autres, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et l'élue française d'extrême droite Marion Maréchal.
Le nom d'Atreju est celui du jeune guerrier héros de «L'Histoire sans fin» (1979), un roman fantastique de l'écrivain allemand Michael Ende, très apprécié de la droite italienne. À la fois rassemblement politique et célébration, ce festival a gagné en importance depuis que le FDI est passé du statut de petite formation d'opposition à celui de principal parti italien à l'issue des élections législatives de 2022.
En 2021, le passage de l'évènement de septembre à décembre a permis d'attirer davantage de participants, notamment grâce à la présence d'un chalet avec le Père Noël et ses lutins, d'un marché de Noël et d'une patinoire.
«Le côté politique ne m'intéresse pas», explique une femme sous couvert d'anonymat, tout en prenant des photos de sa fille en équilibre précaire sur ses patins.
A l'instar de la New-Yorkaise Amanda Singh, 25 ans, d'autres semblent tout ignorer de la dimension politique de ce qui, au milieu des stands proposant pizzas, frites, porc rôti et bière, ressemble davantage à une kermesse. «On n'aurait jamais deviné que c'était politique», note la jeune Américaine, avant d'ajouter : «J'adore (...), tout le monde est sympa».
À l'écart, un mur dédié à l'"hégémonie" culturelle présentait des photographies de personnalités ayant placé «le courage, l'héroïsme et la liberté au-dessus de toute logique politique».
Parmi elles : le héros de guerre Gabriele D'Annunzio, l'influenceur MAGA assassiné Charlie Kirk et – plus surprenant – Pier Paolo Pasolini, le poète et cinéaste exclu du Parti communiste en raison de son homosexualité mais resté très proche de la gauche.
De sa cabane voisine, le Père Noël observait la scène. Qu'en pensait-il ? «Le Père Noël ne vote pas. Le Père Noël est là pour faire plaisir aux enfants», a-t-il dit.