Jamais élucidée, l'affaire rebondit avec une garde à vue

ATS

12.1.2022 - 11:33

Jamais élucidée, l'affaire de la «tuerie de Chevaline» a connu mercredi un nouveau rebondissement. Une personne a été placée en garde à vue dans l'enquête sur ce quadruple meurtre survenu en 2012 près du lac d'Annecy, en Haute-Savoie.

Les gendarmes bloquent l'accès au site de la "tuerie de Chevaline", près du lac d'Annecy, le 5 septembre 2012. Quatre personnes avaient été abattues dans cette affaire, qui n'est toujours pas résolue à ce jour (archives).
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12.1.2022 - 11:33

«Une personne a été placée en garde à vue le 12 janvier 2022 à 08h05 par la section de recherche de Chambéry dans le cadre de l'assassinat de la famille Al-Hilli et de Sylvain Mollier, dite 'affaire de Chevaline'» le 5 septembre 2012, a indiqué la procureure d'Annecy Line Bonnet dans un communiqué, confirmant une information de BFM TV.

«Cette garde à vue vise à procéder à des vérifications d'emploi du temps» et «des perquisitions sont en cours au domicile» de cette personne, a-t-elle précisé.

Cela peut «ne rien donner»

De nouvelles informations seront rendues publiques à l'issue de la garde à vue, a-t-elle ajouté, soulignant toutefois que celle-ci «peut ne rien donner». «Nous sommes extrêmement prudents sur les éléments d'identification», a-t-elle ajouté, rappelant que «la procédure est couverte par le secret de l'instruction».

Le 5 septembre 2012, un Britannique d'origine irakienne de 50 ans, Saad al-Hilli, sa femme de 47 ans et sa belle-mère de 74 ans avaient été retrouvés morts, avec plusieurs balles dans la tête, dans leur voiture sur une route de campagne près de Chevaline, non loin du lac d'Annecy.

L'une des fillettes du couple al-Hilli avait été grièvement blessée tandis que la seconde, recroquevillée sous les jambes de sa mère, s'en était miraculeusement sortie indemne. Un cycliste de la région, Sylvain Mollier, 45 ans, probable victime collatérale, avait également été abattu.

Mystérieux motard

L'affaire débute dans l'après-midi du 5 septembre 2012, au bord du lac d'Annecy. Un cycliste britannique, Brett Martin, aperçoit, au bout de la petite route forestière de la Combe d'Ire, un vélo couché à terre, une BMW, moteur en marche, et une petite fille en sang, qui titube puis s'effondre.

Pensant d'abord à un accident de la route, il réalise vite qu'il s'agit d'un meurtre. Dans la voiture, le conducteur et ses deux passagères sont atteints de plusieurs balles dans la tête. La petite fille, blessée d'une balle à l'épaule, souffre de graves blessures au crâne. Enfin, un cycliste gît à terre, le corps criblé de balles.

Une deuxième fillette, indemne, sera retrouvée recroquevillée sous les jambes de sa mère, plus de huit heures après la tuerie. La scène de crime avait été «gelée» jusqu'à l'arrivée, dans la nuit, des techniciens parisiens de la gendarmerie.

Le frère aîné de Saad al-Hilli, qui était en conflit avec lui concernant l'héritage paternel, avait été placé en garde à vue le 24 juin 2013 au Royaume-Uni, puis sous contrôle judiciaire jusqu'en janvier 2014.

Au sein de la famille al-Hilli, certains penchent plutôt pour un meurtre lié à l'espionnage industriel. Saad était ingénieur spécialisé dans les satellites.

La piste d'un motard aperçu près des lieux du crime avait été écartée plus de deux ans après le drame lorsqu'il avait pu être établi qu'il s'agissait d'un chef d'entreprise adepte de parapente, aperçu par hasard près du lieu du crime. Croisé par des agents de l'Office national des forêts (ONF), cet homme, portant le bouc et un casque noir, avait longtemps fait office de principal suspect.

Énigme judiciaire

L'affaire Chevaline a déjà donné lieu à des milliers d'heures d'enquête et d'auditions, des tonnes de documents épluchés et quatre interpellations, sans pour autant livrer son mystère. Le dossier compte parmi les grandes énigmes judiciaires qui ont tenu la France en haleine ces cinquante dernières années.

Coïncidence du calendrier, le garde des sceaux Eric Dupond-Moretti a annoncé mercredi le lancement le 1er mars à Nanterre d'un pôle judiciaire dédié «aux crimes en série et non élucidés» afin de «permettre à ces dossiers de rester judiciairement vivants». La France compte 173 crimes non élucidés pour lesquels la justice est saisie et 68 procédures de crimes sériels, selon lui.

Parmi les plus médiatiques, l'affaire Grégory Villemin, ce garçonnet retrouvé mort dans la Vologne (Vosges) en 1984, l'affaire Chevaline, ou encore la disparition il y a dix-neuf ans d'Estelle Mouzin, affaire dans laquelle huit magistrats se sont succédés.

ATS