Un «morceau d'histoire parfaitement tangible»

Un chasseur de pierres lunaires de la Nasa sur la trace de trésors disparus

AP

26.10.2018

Après le premier alunissage en 1969, l'équipage de Neil Armstrong s'était montré particulièrement généreux: chaque État américain avait reçu un échantillon de roche lunaire. On s'est longtemps demandé où avaient atterri bon nombre de ces souvenirs. À l'occasion de l'anniversaire de l'événement en 2019, la Nasa aimerait retrouver leur trace.

Joseph Gutheinz est chargé d'une mission un peu particulière dont le point de départ n'est autre que le voyage historique du vaisseau spatial Apollo 11. À l'époque, l'astronaute Neil Armstrong avait reçu pour première tâche de «se pencher pour ramasser quelques pierres et particules de poussière – au cas où une situation d'urgence contraindrait l'équipage à quitter immédiatement les lieux», explique l'avocat. Les pierres avaient ensuite été remises à des musées et à d'autres organisations. Malheureusement, la documentation laissant à désirer, Joseph Gutheinz a désormais été chargé de retrouver leur trace.

«La négligence avec laquelle ces pierres sont conservées me laisse sans voix», déclare le chasseur de pierres lunaires. Après tout, il s'agit d'un «morceau d'histoire parfaitement tangible». Joseph Gutheinz a passé énormément de temps à les chercher. Aujourd'hui, près d'un an avant le 50e anniversaire du premier alunissage, il a de bonnes nouvelles à nous annoncer. Sur les 50 pierres remises aux 50 États américains à l'époque, il n'en manque plus que deux.

Ces dernières semaines, Joseph Gutheinz a pu retrouver la trace des pierres qui avaient jadis disparu de l'écran radar en Louisiane et dans l'Utah. D'ici à l'été prochain, il va pouvoir se consacrer pleinement aux États du Delaware et de New York. Les petits morceaux de roche officiellement remis aux États américains étaient fixés sur des plaques en bois, à côté de leur drapeau respectif. Plusieurs d'entre eux ont atterri dans des instituts d'histoire naturelle régionaux, tandis que d'autres ont été exposés dans des bâtiments gouvernementaux.

Recherches entamées en 2002

Dans les années qui ont suivi le premier alunissage en 1969, le gouvernement américain de l'époque, emmené par le président Richard Nixon, a fait don d'échantillons de roche lunaire à plusieurs pays étrangers – 135 en tout. Cependant, peu de ces dons ont fait l'objet d'un enregistrement officiel, explique le chasseur de pierres lunaires Joseph Gutheinz. Le gouvernement a donc rapidement perdu la trace de la majorité d'entre eux, en général de minuscules petites pierres.

Lorsqu'il a entamé ses recherches en 2002, environ 40 États américains n'auraient dans un premier temps pu donner aucune indication quant à leur lieu de conservation. Pour ce qui est des pierres distribuées à l'échelle internationale, 70 pour cent seraient toujours «portées disparues».

«Je pense que cela est dû au fait qu'à l'époque, nous pensions sérieusement que les voyages vers la Lune seraient rapidement devenus monnaie courante», déclare Joseph Gutheinz. En réalité, depuis lors, seuls cinq autres voyages ont été organisés – la dernière mission lunaire habitée remonte à 1972. C'était Apollo 17.

Pour plusieurs millions de dollars sur le marché noir

Après la mission Apollo 17, le gouvernement américain a une nouvelle fois distribué des morceaux de roche lunaire à l'échelle nationale et internationale – encore une fois, sans prendre le temps de documenter leur lieu de conservation. À cet égard, même la Nasa s'est montrée plutôt négligente. «L'agence spatiale américaine a mis les pierres à disposition du gouvernement Nixon pour que ce dernier procède à leur libre distribution», explique l'historien de la Nasa Bill Barry.

Au début de sa carrière, Joseph Gutheinz a directement commencé à travailler pour la Nasa. En tant qu'enquêteur interne, il a vu des contrebandiers proposer les pierres lunaires sur le marché noir pour plusieurs millions de dollars. L'ensemble des échantillons de roche ramenés sur terre dans le cadre des missions Apollo sont considérés comme faisant partie du patrimoine culturel des États-Unis et ne peuvent donc pas être vendus.

Joseph Gutheinz s'est lancé à la recherche des pierres disparues alors qu'il avait déjà quitté l'agence spatiale. Il travaille aujourd'hui comme avocat et enseignant à proximité de Houston. Ses étudiants l'ont aidé à rassembler toutes les informations disponibles sur chaque pierre lunaire dans une base de données.

Des pierres retrouvées dans des endroits inattendus

Bon nombre des pierres ramenées à bord de l'Apollo 11 sont réapparues dans des endroits plutôt inattendus: chez d'anciens gouverneurs des États de Virginie-Occidentale et du Colorado, dans un entrepôt pour objets militaires du Minnesota et chez un ancien capitaine de crevettier ayant participé à l'émission de téléréalité «Péril en haute mer» («Deadliest Catch»).

Au New York State Museum, il n'existe plus aucune archive sur le lieu de conservation de la pierre reçue à l'époque. Dans le Delaware, le souvenir lunaire a été volé dans un musée le 22 septembre 1977. Si la police en a été informée au moment des faits, le butin n'a jamais refait surface. Aujourd'hui, les autorités du territoire américain des îles Vierges ne peuvent plus dire avec certitude si elles ont reçu ou non une pierre lunaire en 1969. Ce qui est sûr, c'est que par la suite, l'université de cet ensemble d'îles situé dans la mer des Caraïbes a reçu d'autres échantillons à des fins d'analyse scientifique, assure son conservateur en chef Julio Encarnacion.

Alors qu'en août dernier, le journal «The Advocate», basé à Baton Rouge, la capitale de la Louisiane, a contribué à retrouver la trace de la pierre lunaire remise à l'État, une pierre que tout le monde pensait perdue, dans l'Utah, l'agence de presse AP a pu confirmer que la pierre se trouvait dans une archive du planétarium de Salt Lake City. Joseph Gutheinz espère désormais que l'été prochain, à l'occasion de l'anniversaire du premier alunissage, de nombreux pays et États américains présenteront leurs pierres au public. «La planète entière le mérite», déclare-t-il.

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