Un Corse froidement abattu«On vient d'enterrer sa maman, on entend un coup de feu, et Alain tombe mort»
ATS
13.1.2026 - 11:14
L'ancien dirigeant nationaliste corse Alain Orsoni, reconverti dans les affaires et ex-président du club de football d'Ajaccio, a été abattu lundi lors des obsèques de sa mère dans le village de Vero, dans le département français de Corse-du-Sud, a-t-on appris d'une source proche de l'enquête.
L'ex-dirigeant nationaliste Alain Orsoni abattu aux obsèques de sa mère en Corse
L'ancien dirigeant nationaliste corse Alain Orsoni, reconverti dans les affaires et ancien-président du club de football d'Ajaccio, a été abattu lundi dans le village de Vero, en Corse-du-Sud, lors des obsèques de sa mère.
13.01.2026
Keystone-SDA
13.01.2026, 11:14
13.01.2026, 13:34
ATS
Le procureur d'Ajaccio, Nicolas Septe, a confirmé les faits à l'AFP. Il a ouvert une enquête pour assassinat en bande organisée, confiée à la police et la gendarmerie et doit se rendre sur place.
Lundi vers 16H30, Alain Orsoni, 71 ans, a été touché «en plein cœur» d'une unique balle provenant «d'un tir à longue distance» avec une arme «certainement équipée d'une lunette» alors qu'il assistait à l'enterrement de sa mère dans le cimetière en terrasses de Vero, son village familial situé à une trentaine de kilomètres d'Ajaccio, selon le procureur d'Ajaccio et une source proche de l'enquête.
Le nationaliste corse Alain Orsoni (à droite) avec sa mère Marinette (à gauche) le dernier jour du procès des autonomistes corses, le 26 juillet 1985, à la sortie du palais de justice de Lyon, dans le centre-est de la France. Alain Orsoni, ancien leader nationaliste corse devenu homme d'affaires et ancien président du club de football AC Ajaccio, a été abattu lors des funérailles de sa mère, le 12 janvier 2026, dans le village de Vero, en Corse du Sud, selon une source proche de l'enquête. (Photo de Gérard MALIE / AFP)
AFP
«Innommable»
Au lendemain de cet assassinat retentissant, camarades nationalistes et religieux dénoncent un crime «innommable», qui mobilise enquêteurs et magistrats anticriminalité les plus rodés du pays. Du côté politique ou des collectifs anti-mafia, qui s'étaient mobilisés de façon historique en novembre pour dénoncer le poids des bandes criminelles dans l'île, c'est par contre un quasi silence radio à ce stade.
«Il vient pour enterrer sa mère de 91 ans et on jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c'est innommable, c'est ignoble», s'indigne Jo Peraldi, proche d'Alain Orsoni et ancien chef du mouvement clandestin du Front de libération nationale corse (FLNC), interrogé par l'AFP.
Alain Orsoni, qui a aussi été président à deux reprises du club de foot de l'Athletic Club Ajaccio (ACA) aujourd'hui exclu des compétitions nationales, venait d'arriver dimanche du Nicaragua où il vivait et où il avait monté des activités dans le secteur des jeux. «Il n'avait pas l'air inquiet du tout, il avait fait des courses le matin en ville à Ajaccio sans gilet pare-balles», selon M. Peraldi.
Assassinats, banditisme, vengeance...
Les drames et vengeances, la famille Orsoni les connaît depuis plus de 40 ans. En 1983, Guy, le frère d'Alain, lui même militant nationaliste, était assassiné. Un an plus tard, nait le fils d'Alain, qu'il appellera Guy en souvenir. Actuellement détenu, Guy est aujourd'hui considéré comme une figure du banditisme insulaire.
Après des études à Paris, Alain Orsoni était devenu l'un des chefs du Front de libération nationale de la Corse (FLNC) avant de fonder le Mouvement pour l'autodétermination (MPA), qualifié plus tard par ses adversaires de «Mouvement pour les affaires». Réputé pour son sens politique et son sang froid, il avait été condamné et écroué dans plusieurs dossiers et avait quitté la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide au sein de la mouvance nationaliste.
Il s'agit sans doute d'un des meurtres les plus retentissants depuis celui du bâtonnier Antoine Sollacaro en 2012, qui était d'ailleurs son avocat et dont le tueur a été condamné en décembre à 30 ans de prison en l'absence du commanditaire présumé de ce meurtre, Jacques Santoni, soupçonné d'être le chef de la bande criminelle du Petit Bar.
C'est cette même bande criminelle qui avait été impliquée dans le projet d'assassinat visant déjà Alain Orsoni en 2008 et une forte rivalité oppose depuis plusieurs années le clan Orsoni, dont plusieurs membres ont été assassinés, au Petit Bar.
«Où on est?»
Avec ce nouvel assassinat, pour le parti de la nation corse (PNC), des autonomistes opposés au parti autonomiste au pouvoir de Gilles Simeoni, «le respect des morts, ainsi bafoué, emporte dans sa chute terrible notre tradition et les valeurs de notre civilisation».
«On vient d'enterrer la maman d'Alain, c'est un moment de peine et de chagrin, d'un coup, on entend un coup de feu, et Alain tombe mort», a confié à France 3 Via Stella l'abbé Roger-Dominique Polge, qui officiait aux obsèques.
«Je me demande où on est ? Dans quelle époque on est ? Qu'est-ce qui se passe chez nous ? C'est inimaginable», a-t-il ajouté.