En 2020, les émissions de CO2 ont dégringolé

ATS

30.12.2020 - 07:51

Avec une chute record des émissions de gaz à effet de serre et une demande pour les énergies fossiles en berne, l'année écoulée a été, de manière inattendue, une très bonne année pour le climat. 

Un tournesol est vu dans un champ de tournesols sous un ciel bleu avec des nuages, ce vendredi 2 aout 2019 a Chavannes-des-Bois (VD). (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)
Pour garder un espoir de limiter le réchauffement et les catastrophes qui en découlent, l'ONU estime qu'il faudrait réduire chaque année les émissions de gaz à effet de serre de 7,6%, entre 2020 et 2030
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Les émissions de CO2 devraient avoir baissé d'environ 7% cette année, du jamais vu, selon l'ONU et le Global Carbon Project.

Cette baisse spectaculaire est liée aux mesures de confinement prises pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Pour garder un espoir de limiter le réchauffement à +1,5 degré Celsius et les catastrophes qui en découlent, il faudrait réduire chaque année les émissions de gaz à effet de serre de 7,6%, entre 2020 et 2030, selon l'ONU.

Mais avec plusieurs vaccins annoncés contre le coronavirus et un rebond attendu de l'économie en 2021, l'année 2020 restera-t-elle une exception ou marquera-t-elle une tendance plus durable de baisse des émissions de CO2?

«Je crains que si les gouvernements n'adoptent pas de nouvelles mesures importantes, la baisse des émissions que nous connaissons ne soit suivie d'un rebond», a déclaré le directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, à l'AFP.

Attitude de la Chine

Sans mesures «vertes» dans les plans de relance, «nous allons revenir au point où nous étions avant la pandémie». L'attitude de la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre, sera «un test important», estime-t-il.

«La Chine était le premier pays à avoir le coronavirus, le premier à mettre en place un confinement et où l'économie a ralenti», explique-t-il. «Mais la Chine a aussi été le premier pays où l'économie est repartie et, aujourd'hui, les émissions y sont plus importantes qu'avant la crise.»

Le projet Energy Policy Tracker mené par 14 instituts de recherche, qui suivent les annonces post-Covid-19, a calculé que les pays du G20 ont promis au moins 234 milliards de dollars (206 millliards de francs) d'argent public en faveur des énergies fossiles, contre 151 milliards pour les énergies propres.

Selon les calculs de l'ONU, la production de pétrole, de gaz et de charbon doit baisser de 6% par an jusqu'en 2030 pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. À l'inverse, les Etats prévoient d'augmenter la production d'énergies fossiles de 2% par an, en dépit des prix très bas des énergies renouvelables.

Subventions «inefficaces»

Kingsmill Bond, de Carbon Tracker, espère que 2019 marquera un pic dans les émissions de CO2. Cela pourrait se produire «dans un scénario optimiste oui, mais ce n'est pas le scénario le plus vraisemblable», tempère la climatologue Corinne Le Quéré.

Les énergies renouvelables sont une alternative aux énergies fossiles, mais leur essor reste freiné par des subventions aux sources d'énergie les plus polluantes: charbon, pétrole, gaz...

Les pays du G20 dépensent 300 milliards de dollars dans des aides «inefficaces» aux énergies fossiles, selon Fatih Birol. «Les énergies fossiles bénéficient aujourd'hui de montants importants d'aides gouvernementales, principalement dans les pays émergents, ce qui crée une concurrence déloyale pour les énergies propres, fausse les marchés et conduit à un usage inefficace des énergies», critique-t-il.

En 2020 plusieurs pays, dont des gros émetteurs de CO2 comme la Chine et le Japon, se sont cependant engagés à atteindre la neutralité carbone, une première.

Robinet ouvert depuis 100 ans

Si les gouvernements visant la neutralité carbone respectent leurs engagements, le réchauffement serait limité à 2,1 degrés Celsius, selon Climate Action Tracker. Ce serait hors des clous fixés par l'accord de Paris, mais mieux que la trajectoire actuelle de +3 degrés d'ici à 2100.

Pour 2021, Corinne Le Quéré table sur un rebond des émissions, puis qu'elles plafonnent ou augmentent encore pendant quelques années, le temps que les investissements propres portent leurs fruits. Dans tous les cas, le niveau de concentration du CO2 dans l'atmosphère restera élevé.

«C'est comme un bain», explique Corinne Le Quéré. «La concentration, c'est le niveau de l'eau du bain alors que les émissions, c'est ce qui arrive par le robinet.»,

«Depuis 100 ans, on a le robinet ouvert qui remplit le bain: on envoie des émissions dans l'atmosphère qui augmente le volume de CO2. Cette année en 2020, on a juste fermé le robinet un tout petit peu, mais il y a toujours des émissions. Le niveau du bain continue à monter», avertit-elle.

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