Course à la chancellerieA Munich, le candidat de la CDU teste le costume de chancelier
ATS
16.2.2025 - 08:32
A une semaine des élections législatives allemandes, le favori Friedrich Merz s'est offert une tribune pour afficher ses ambitions diplomatiques devant les dirigeants internationaux réunis à Munich. Le dirigeant conservateur a reçu un accueil de quasi-chancelier.
Friedrich Merz promet plus de leadership s'il est élu (archives).
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Keystone-SDA
16.02.2025, 08:32
ATS
Sur la scène du «Davos de la sécurité», M. Merz sourit au lapsus de l'animatrice qui annonce accueillir «le chancelier». «Président, se reprend-elle, désolée, président».
Friedrich Merz n'est pour l'instant que le chef de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), mais il est le mieux placé dans les sondages pour remporter le scrutin du 23 février et former le futur gouvernement allemand.
«Leadership allemand»
Sur la scène internationale, l'ancien avocat d'affaires, qui n'a jamais exercé de fonctions ministérielles, doit encore faire ses gammes. La Conférence de Munich lui a permis de s'exprimer aux côtés des dirigeants suédois, danois et tchèque et d'esquisser sa feuille de route diplomatique.
«Je suis d'accord avec tous ceux qui demandent plus de leadership de l'Allemagne et, franchement, je suis prêt à le faire», a-t-il assuré dans une critique non dissimulée à l'adresse du chancelier sortant, le social-démocrate (SPD) Olaf Scholz.
Friedrich Merz a réaffirmé ses vues pro-européennes et un soutien appuyé à l'Ukraine, au moment où l'initiative de Donald Trump pour pousser à négociations avec la Russie creuse un peu plus le fossé entre Américains et Européens.
Que Moscou et Washington «négocient sans l'Ukraine ni les Européens à la table» est «absolument inacceptable», a-t-il dit après la conversation téléphonique entre M. Trump et Vladimir Poutine.
Livraisons de missiles
Il a aussi réaffirmé qu'avec lui à sa tête, le gouvernement allemand «serait prêt à livrer» les missiles de longue portée Taurus «mais seulement si nous avons un accord avec les partenaires européens» qui fabriquent de telles armes, la France et le Royaume-Uni.
Le candidat de la CDU prend ainsi le contrepied d'Olaf Scholz, qui a refusé la livraison de ces missiles de croisière, capables d'atteindre le territoire russe, de crainte d'une escalade dans le conflit.
Malgré le pacifisme ancré en Allemagne, le candidat social-démocrate n'a pas semblé tirer profit, selon les sondages, de ce positionnement en tant que «chancelier de la paix». A une semaine du scrutin, la CDU est créditée d'environ 30% des voix, soit 10 points de plus que le parti d'extrême droite AfD et le double du SPD.
«Speed-dating»
Depuis le début, vendredi, de la Conférence de Munich, la communication de Friedrich Merz via les réseaux sociaux laisse à penser qu'il est déjà aux commandes. On y voit des photos sur lesquelles il serre la main du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte ou du représentant de la diplomatie chinoise Wang Yi.
Pendant que le chef de file des conservateurs pratiquait le «speed-dating diplomatique», pour reprendre une expression du magazine Spiegel, Olaf Scholz faisait un discours aux allures d'adieux à la scène internationale.
Personnalité la plus attendue vendredi, le vice-président américain JD Vance n'a rencontré que M. Merz, expliquant avoir déjà vu Olaf Scholz quelques jours plus tôt à Paris. Durant leur entretien, les deux hommes ont convenu de mettre fin au conflit ukrainien «dès que possible», d'après M. Merz, qui a insisté sur la nécessité d'une «étroite coopération» entre Amérique et Europe.
Liberté de la presse
Ce qui ne l'a pas empêché d'égratigner M. Vance à la suite de son discours de vendredi, une intervention au cours de laquelle celui-ci a fustigé le «retrait», selon lui, de la «liberté d'expression» en Europe.
«Nous n'expulserions jamais une agence de presse», a dit Merz, faisant référence à la décision de Maison Blanche d'interdire Associated Press d'accès au Bureau ovale. L'administration Trump reproche à AP de ne pas appeler le golfe du Mexique «golfe d'Amérique», désormais son «nom légal».
Union face aux droits de douane
Pendant sa campagne, le favori des sondages a répété vouloir une Europe unie face à Washington, en particulier concernant la menace de droits de douane brandie par Donald Trump.
Partisan des «marchés ouverts», le candidat de la droite a plaidé samedi pour que de tels droits soient «ramenés à zéro le plus rapidement possible». Le sujet inquiète en Allemagne, dépendante de ses exportations vers les Etats-Unis et engluée depuis deux ans dans une récession économique.