Un duel fratricide À Paris, la succession d’Anne Hidalgo déchire les socialistes

Basile Mermoud

28.6.2025

Qui sera le candidat socialiste à la mairie de Paris en 2026 ? Les militants à la rose votent lundi pour départager trois candidats à la succession d'Anne Hidalgo, au terme d'un long match tendu entre son ex-dauphin déchu et son poulain adoubé.

Un scénario inédit pour la gauche parisienne, aux manettes de la capitale depuis 24 ans. A quelques jours du scrutin, chaque camp se dit confiant dans sa victoire tout en pronostiquant un score serré.
Un scénario inédit pour la gauche parisienne, aux manettes de la capitale depuis 24 ans. A quelques jours du scrutin, chaque camp se dit confiant dans sa victoire tout en pronostiquant un score serré.
imago images/PanoramiC

Agence France-Presse

En renonçant en novembre à briguer un troisième mandat, l'édile a désigné le sénateur Rémi Féraud, l'un de ses grands fidèles, pour lui succéder. Et déclenché un duel fratricide avec le député Emmanuel Grégoire, son ancien premier adjoint avec lequel elle s'est brouillé, qui venait d'officialiser sa candidature à l'Hôtel de Ville.

Environ 3.000 militants sont appelés aux urnes pour départager ces deux prétendants ainsi que Marion Waller, une ancienne conseillère de Mme Hidalgo, arrivée par surprise dans la campagne.

Un scénario inédit pour la gauche parisienne, aux manettes de la capitale depuis 24 ans. A quelques jours du scrutin, chaque camp se dit confiant dans sa victoire tout en pronostiquant un score serré.

Peu de choses opposent sur le fond Rémi Féraud, 53 ans, ancien maire du Xe arrondissement, chef de la majorité au Conseil de Paris, et Emmanuel Grégoire, 47 ans, premier adjoint d'Anne Hidalgo durant six ans. Avant de tomber en disgrâce, il a longtemps fait figure d'héritier naturel.

A tel point que la maire a prononcé son nom au lieu de celui de Rémi Féraud au premier déplacement de campagne du sénateur, créant un profond malaise entre les deux élus devenus rivaux.

Soupçons de tricherie

Le climat n'a cessé de se tendre, pour atteindre son paroxysme en mars lors du vote de la date de la primaire, entaché de soupçons de tricheries par les pro-Grégoire.

Anne Hidalgo a ensuite dit qu'elle ne soutiendrait pas son ancien dauphin en cas de victoire, lui reprochant de l'avoir «trahie», notamment après son échec à la présidentielle de 2022 et son score historiquement bas (1,7%). Une sortie qui a choqué de nombreux militants.

A l'issue du congrès du PS à la mi-juin, qui a reconduit à sa tête Olivier Faure, favorable à Emmanuel Grégoire, le choix de doter la fédération parisienne d'une direction collégiale représentant les différents courants, a montré une volonté d'apaisement dans les deux camps, désireux d'offrir une photo de famille unie au soir du vote.

Même si à l'Hôtel de Ville, Mme Hidalgo «continue de mettre la pression pour voter Rémi Féraud», glisse à l'AFP un conseiller de Paris. Et que lors du dernier débat devant quelque 400 militants, «elle a choisi d'attaquer» son ancien dauphin, «plutôt que de défendre Rémi», se désole un participant.

Le sénateur, soutenu par l'exécutif municipal et les maires socialistes de la capitale, a axé sa campagne sur le logement, avec une prime climat pour financer la rénovation thermique.

Il promet une reconnaissance des familles monoparentales et la généralisation de la zone à trafic limitée (ZTL), en vigueur dans l'hypercentre de Paris, à tous les quartiers.

«Rémi m'a convaincu par son positionnement clair. Il ne s'est jamais caché de vouloir poursuivre la politique de gauche ambitieuse d'Anne Hidalgo, même si c'est clivant», dit à l'AFP Justin Horchler, jeune militant.

Pas d'alliance avec LFI

Emmanuel Grégoire se targue lui de mener une campagne «libre», forte du soutien affiché de plus de 800 militants, des anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Jean-Marc Ayrault, et de l'ancien maire Bertrand Delanoë.

«On sent chez Emmanuel une profonde envie d'être maire car il s'y prépare depuis longtemps», estime auprès de l'AFP la députée de Paris Céline Hervieu, saluant aussi la large victoire de son collègue aux législatives face au macroniste sortant, Clément Beaune.

Le député prône le «droit à vivre» à Paris, avec un bail citoyen pour les locataires du parc privé, ou encore des «zones de calme» sans deux-roues la nuit. Conseiller métropolitain, il a également mené campagne dans le Grand Paris.

A l'instar de sa concurrente Marion Waller, 33 ans, présidente du Pavillon de l'Arsenal, qui a fait de la question de la métropole «un préalable».

Tous trois ont exclu une alliance avec LFI. Contrairement au candidat écologiste David Belliard qui, selon un récent sondage, serait le candidat le mieux placé à gauche face à Rachida Dati, avec 17% des intentions de vote, légèrement devant Emmanuel Grégoire (16%) et Rémi Féraud (14%).

Les discussions sur la stratégie d'union de la gauche s'annoncent donc complexes pour le vainqueur de la primaire.