Accord de paix rompu au Yémen

ATS

26.4.2020 - 16:14

Les forces séparatistes sud-yéménites contrôlent notamment la ville d'Aden (archives).
Source: KEYSTONE/EPA/STR

Les séparatistes du sud du Yémen ont proclamé dimanche l'autonomie après l'effondrement d'un accord de paix avec le gouvernement. Cette annonce complique le conflit qui sévit depuis des années dans ce pays exsangue, théâtre d'une grave crise humanitaire.

Le principal affrontement armé au Yémen oppose les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran et qui contrôlent notamment le nord du pays dont la capitale Sanaa, aux forces gouvernementales, appuyées militairement par une coalition emmenée par l'Arabie saoudite. Mais le camp loyaliste est aussi le théâtre de profondes divisions, entre le gouvernement en exil à Aden (sud) et un mouvement séparatiste, le conseil de transition du sud (STC).

Si un accord avait été trouvé à l'automne pour geler ce différend, le STC a accusé dimanche le gouvernement de ne pas avoir rempli ses obligations et d'avoir «conspiré» contre la cause du Sud. Il a en conséquence déclaré que «l'autonomie» de la région était effective à 00H00, dans la nuit de samedi à dimanche.

«Un comité d'autonomie commencera ses travaux sur la base d'une liste de tâches assignées par la présidence du Conseil», a ajouté le STC dans un communiqué.

«Catastrophique»

Cette proclamation a aussitôt été condamnée par le gouvernement: les séparatistes, mobilisés de longue date pour l'indépendance dans le sud, seront responsables du résultat «catastrophique et dangereux» de cette démarche, a-t-il jugé.

La rupture entre ces ex-alliés intervient alors que la coalition dirigée par Ryad a prolongé un cessez-le-feu unilatéral vis-à-vis des Houthis, afin selon elle de freiner la pandémie de nouveau coronavirus. Cette offre a toutefois été rejetée par les Houthis, et les combats se sont poursuivis dans ce pays ravagé par la guerre, qui a engendré ce que l'ONU a qualifié de pire crise humanitaire au monde.

L'accord entre le gouvernement yéménite et le STC avait été signé le 5 novembre à Ryad, après la prise de contrôle d'Aden par les séparatistes. Il prévoyait, selon des sources politiques yéménites et saoudiennes, d'intégrer des membres du STC au gouvernement, et en contrepartie le retour de celui-ci à Aden.

Déploiements massifs

Ce pacte a toutefois vite été jugé caduc, en raison de la non-application dans les temps de mesures clés, notamment la formation d'un tel gouvernement. Peu après l'annonce de la dénonciation de cet accord dimanche, des habitants d'Aden ont fait état de déploiements massifs de forces du STC dans la ville.

Une source séparatiste a déclaré à l'AFP que des postes de contrôle avaient été établis «dans toutes les installations gouvernementales, y compris la banque centrale et le port», alors que des véhicules militaires sillonnent la ville avec des drapeaux du mouvement.

Signe que le paysage politique sudiste est complexe, certaines villes ont toutefois déclaré qu'elles ne reconnaissaient pas l'appel à l'autonomie. Le ministre yéménite des Affaires étrangères, Mohammed al-Hadhrami, a lui déclaré que la décision du STC était «une extension de la rébellion».

Contenir la situation

Des dizaines de milliers de civils ont été tués au cours des cinq dernières années dans la guerre entre forces progouvernementales et Houthis.

Dans sa déclaration dimanche, le STC a déploré la poursuite de la détérioration des services publics, accusant le gouvernement d'utiliser ses pouvoirs comme «une arme pour amener les sudistes à s'agenouiller». Selon le chercheur au Centre d'études stratégiques de Sanaa, Houssam Radman, le royaume saoudien va probablement essayer de contenir la situation dans le but de sauver l'accord de Ryad.

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