«Tout petit espoir» Adieu l’Elysée ? Marine Le Pen face à de nombreux dilemmes stratégiques

Gregoire Galley

6.1.2026

Marine Le Pen aborde son procès en appel à la recherche du chemin qui lui permettra de nourrir le «tout petit espoir» de se présenter à la présidentielle de 2027, sans pour autant endosser, pour l'heure, un véritable changement de stratégie.

Marine Le Pen risque de ne pas pouvoir se présenter à la course à l'Elysée en 2027.
Marine Le Pen risque de ne pas pouvoir se présenter à la course à l'Elysée en 2027.
ats

Agence France-Presse

Les mêmes causes peuvent-elles produire des effets différents ? C'est en tout cas en innocente des faits qui lui sont reprochés que la cheffe de file des députés RN entend à nouveau se présenter devant ses juges, à partir du 13 janvier.

Quand bien même la posture s'était retournée contre elle lors de la première instance: dans son jugement du 31 mars, le tribunal correctionnel de Paris avait «pris en considération le positionnement de l'intéressée», c'est-à-dire ses dénégations, pour justifier la lourdeur de sa condamnation.

La ligne de crête apparaît d'autant plus périlleuse que, depuis, onze de ses co-prévenus ont renoncé à faire appel, bien que tous aient été reconnus coupables d'avoir participé à un «vaste système» de détournement de fonds européens au seul profit du parti Front national (FN, devenu Rassemblement national) mis en place par Marine Le Pen.

Parmi eux, la propre sœur de cette dernière, Yann Le Pen, avait fait valoir son seul «épuisement» pour expliquer sa décision de ne pas réclamer un second procès, récusant toute validation de l'accusation.

Sous les dorures et tentures de la grande salle de la première chambre de la cour d'appel de Paris, la députée du Pas-de-Calais adoptera-t-elle pour autant la même attitude qu'en première instance ?

A l'automne 2024, lors des cinq semaines d'audience, la prévenue Le Pen s'était présentée comme la première de ses défenseurs, elle qui aime rappeler qu'elle fut un temps avocate au mitan des années 90.

Son interventionnisme assumé lors des débats s'était doublé d'une mise en cause publique de la présidente du tribunal, chez qui elle avait dit «percevoir» une «tonalité de partialité».

Elle avait encore dénoncé «une décision politique» à l'heure du prononcé de la sentence: quatre ans d'emprisonnement dont deux avec sursis, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité avec effet immédiat.

Nouvelle avocate

«En première instance, elle avait un fort désir de s'exprimer. Certains ont pensé qu'elle a sans doute parlé trop», reconnaît un proche. Reste que «la ligne de défense n'a manifestement pas été bien perçue», euphémise le même qui se risque au truisme: «En appel, il va falloir redoubler de pédagogie».

Alors qu'une partie de son entourage l'avait encouragée à renouveler sa défense, Marine Le Pen a conservé son conseil, Me Rodolphe Bosselut, mais sera également assistée par une nouvelle avocate, Me Sandra Chirac-Kollarik. Un choix guidé par une volonté de «séparer» ses rôles d'élue et de cheffe de parti à l'époque des faits, expliquait à l'automne l'intéressée, sans doute inspirée par la relaxe de François Bayrou début 2024 dans l'affaire des assistants européens du Modem.

La décision de la cour, présidée par la magistrate Michèle Agi, attendue à l'été, pourrait quoi qu'il en soit confronter la triple candidate malheureuse à la présidentielle à un dilemme.

Si son inéligibilité pour la course à l'Elysée de 2027 était confirmée, Marine Le Pen a indiqué début novembre qu'elle ne se présenterait «évidemment pas», sans attendre une éventuelle décision de la Cour de cassation - ni du Conseil constitutionnel, seul juge de la validité des candidatures à l'élection suprême. Ce qui ouvrirait la voie à une candidature de Jordan Bardella.

A contrario, elle a pris la peine de rappeler qu'il était «sûr et certain» qu'elle brigue à nouveau la présidence de la République «si elle peut être candidate», confiant conserver un «tout petit espoir». L'assertion vaut, bien entendu, en cas de relaxe.

L'hypothèse d'une déclaration de culpabilité par la cour d'appel, mais sans inéligibilité - ou, à tout le moins, d'une durée inférieure à celle prononcée en première instance - apparaît davantage délicate: Marine Le Pen devrait alors affronter la campagne lestée de l'opprobre d'une condamnation pénale.

Une peine d'inéligibilité sans «exécution provisoire» - c'est-à-dire immédiate, telle que prononcée en première instance - semble par ailleurs incompatible avec une candidature.

Un pourvoi en cassation lui permettrait certes de suspendre la sanction, mais ce répit serait de courte durée: selon plusieurs sources judiciaires, les hauts magistrats ont d'ores et déjà acté, en cas de saisine, qu'ils rendraient leur décision début 2027.

Laquelle, si elle devait confirmer la condamnation, rendrait cette dernière définitive et, le cas échéant, empêcherait Marine Le Pen de concourir au scrutin à quelques semaines à peine du premier tour.

Procès en appel décisif pour Marine Le Pen

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