Affrontements entre forces polonaises et migrants à la frontière

ATS

16.11.2021 - 21:45

Les forces de sécurité polonaises ont tiré des gaz lacrymogène et déployé des canons à eau mardi pour repousser des migrants qui jetaient des pierres en tentant de traverser la frontière à partir du Bélarus. Minsk a accusé Varsovie de tenter d'"aggraver la situation».

epa09585588 A handout photo made available by State Border Committee of the Republic of Belarus shows the Belarusian-Polish border crossing as asylum-seekers, refugees and migrants clash with Polish Police forces at the Bruzgi-Kuznica border checkpoint in the Grodno region, Belarus, 16 November 2021. Asylum-seekers, refugees and migrants from the Middle East clashed with Polish Police forces at Belarusian-Polish checkpoint of Bruzgi-Kuznica trying to forcly enter into Polish territory. Thousands people who want to obtain asylum in the European Union have been trapped at low temperatures at the border since 08 November. EPA/STATE BORDER COMMITTEE OF BELARUS /HANDOUT HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES
Affrontements entre forces polonaises et migrants à la frontière, 16 novembre 2021. 
KEYSTONE/EPA/STATE BORDER COMMITTEE OF BELARUS

ATS

16.11.2021 - 21:45

Environ 4000 migrants au total campent actuellement le long de cette frontière, selon les garde-frontières polonais, dans le froid et des conditions qui se dégradent de jour en jour. Un face-à-face a débuté la semaine dernière près du point de passage entre les villages bélarusse de Bruzgi et polonais de Kuznica, où se sont rassemblés plusieurs centaines de migrants souvent originaires du Moyen-Orient.

«Des migrants ont attaqué nos soldats et nos officiers avec des pierres et tentent de détruire la clôture et de passer en Pologne», a tweeté mardi le ministère polonais de la Défense. A Kuznica, «nos forces ont utilisé du gaz lacrymogène pour réprimer l'agression des migrants».

Accusations mutuelles

Sept policiers, un garde-frontière et un soldat ont été blessés dans les affrontements, ont indiqué des responsables polonais, la police déclarant que des grenades assourdissantes et des grenades lacrymogènes avaient également été lancées sur les policiers.

Le ministère bélarusse de la Santé a lui déclaré qu'une vingtaine de migrants campant à la frontière avaient reçu une assistance médicale au cours des derniers jours, dont cinq personnes pour des problèmes oculaires et respiratoires au cours des dernières heures. Minsk a aussi déclaré qu'il mettait en place un «centre logistique» dans la région de Grodno, où les migrants pourraient dormir.

«Arrêter la souffrance»

La commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe s'est rendue dans la région mardi. Elle a appelé à une désescalade et à autoriser organisations humanitaires et médias à avoir un «plein accès» à la frontière. «Nous devons trouver un moyen de désamorcer» la situation, a déclaré Dunja Mijatovic. «L'objectif est vraiment d'arrêter la souffrance».

L'UE accuse Minsk d'avoir organisé l'afflux de milliers de migrants aux frontières de la Pologne et de la Lituanie pour se venger des sanctions qu'elle a imposées après l'implacable répression de l'opposition depuis 2020.

«Le régime (du président bélarusse Alexandre) Loukachenko instrumentalise de manière inhumaine et éhontée les flux migratoires pour tenter de déstabiliser et de désunir l'Union européenne. C'est intolérable et inacceptable», a dénoncé mardi le Premier ministre français Jean Castex.

Bruxelles et Washington ont en conséquence annoncé lundi vouloir élargir dans les prochains jours les mesures punitives prises contre le Bélarus. Des annonces que la cheffe en exil de l'opposition bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa a saluées mardi, jugeant que M. Loukachenko «a d'ores et déjà franchi toutes les lignes rouges».

«Eviter les heurts»

Au lendemain d'un entretien téléphonique avec Angela Merkel, Alexandre Loukachenko a de son côté tenté de calmer le jeu. «L'essentiel, aujourd'hui, est de défendre notre pays, notre peuple et d'éviter les heurts», a-t-il affirmé dans la matinée, cité par l'agence étatique Belta.

«Il ne faut pas que ce problème devienne une confrontation ardente», a-t-il ajouté. Son entretien avec la chancelière allemande marquait un succès pour le dirigeant bélarusse auquel les Occidentaux refusaient de parler depuis sa réélection décriée en août 2020.

Mardi, il a à nouveau eu au téléphone son homologue russe Vladimir Poutine, a fait savoir le Kremlin: «un échange sur la crise migratoire à la frontière entre le Bélarus et des pays de l'UE s'est poursuivi, compte-tenu de la conversation de la veille de M. Loukachenko avec la chancelière allemande Angela Merkel.»

Au pouvoir depuis 1994, le président bélarusse a dit s'être mis d'accord avec Mme Merkel sur le fait que la crise devait être désamorcée. «Nous étions de la même opinion selon laquelle personne n'a besoin d'escalade – ni l'UE, ni le Bélarus», a-t-il asséné.

Mais il a ajouté que les vues étaient «divergentes» sur la manière dont les migrants sont arrivés au Bélarus et nié une fois de plus que son pays ait favorisé leur venue.

Rapatriements

L'Irak a annoncé un vol de rapatriement prévu pour jeudi pour au moins 200 de ses ressortissants bloqués à la frontière au Bélarus, dont des femmes et des enfants.

Lundi, la compagnie aérienne bélarusse Belavia a déclaré que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol de Dubaï vers le Bélarus. La Turquie a imposé les mêmes restrictions la semaine passée.

ATS