Agriculture Le gouvernement français fait quelques concessions

ATS

9.1.2026 - 21:56

Le gouvernement français, qui n'a pas réussi à empêcher l'approbation de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, a annoncé vendredi une série de mesures «de justice agricole», mais sans beaucoup céder sur les principales demandes des syndicats, remontés depuis un mois.

Une cinquantaine d'actions ont été menées vendredi dans le pays, avec notamment des blocages d'autoroutes (archives).
Une cinquantaine d'actions ont été menées vendredi dans le pays, avec notamment des blocages d'autoroutes (archives).
AFP

Keystone-SDA

Doublement du fonds d'indemnisation, à 22 millions d'euros, pour les éleveurs touchés par la dermatose nodulaire bovine – maladie animale dont la gestion par l'Etat a déclenché un mouvement de contestation -, augmentation des tirs autorisés contre les loups menaçant les troupeaux, simplification du registre sur les pesticides... ces mesures sont variées.

Ce «paquet de 300 millions» d'euros contient d'autres mesures égrainées ces dernières semaines, sur les engrais ou l'aide à l'arrachage des vignes, mais que la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a conditionné à la non-censure du gouvernement et au vote du budget. «S'il n'y a pas de gouvernement, il n'y aura pas de solution pour les agriculteurs», a-t-elle menacé lors d'une conférence de presse.

La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a également ouvert la voie à une évolution du protocole d'abattage total des troupeaux dans lesquels la dermatose est détectée. Mais elle l'a conditionnée à un futur «avis scientifique», risquant ainsi de décevoir les deux syndicats réclamant la fin de l'abattage total.

Le syndicat majoritaire FNSEA souhaitait notamment une «loi spéciale» pour répondre aux demandes les plus urgentes, pas au programme.

Descente aux enfers

Une cinquantaine d'actions ont été menées vendredi dans le pays, avec notamment des blocages d'autoroutes ou de dépôts de carburant et des manifestations devant les préfectures.

Mais la crispation pour les agriculteurs français réside aussi dans la signature de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et des pays latino-américains du Mercosur, prévue le 17 janvier au Paraguay après un vote positif des Etats membres de l'UE vendredi. La FNSEA a appelé à manifester le 20 janvier devant le Parlement européen, qui devra voter pour le ratifier.

«C'est une descente aux enfers (...). Les produits qui rentrent du Mercosur sont moins chers» et produits avec des substances interdites en Europe, se désole Jean-Michel Larrère, président d'une antenne locale de ce syndicat.

Les agriculteurs dénoncent aussi une perte d'influence de la France sur la scène européenne, qui ajoute à leur défiance envers les politiques, après trois hivers de colère soutenue et des manifestations d'ampleur.

«Les positions françaises font bouger l'Europe. La PAC, la taxe sur les engrais, la clause de sauvegarde, les mesures miroirs. Ce sont des avancées françaises», s'est défendue de son côté Annie Genevard.

Reconnaissant que la défiance était un «signal d'alarme majeur», elle a salué des manifestations «pacifiques, à l'exception de quelques épisodes dommageables».

Deux porte-paroles interpellés

A l'aube, le syndicat Confédération paysanne, classé à gauche, a lancé une opération escargot avec quelques tracteurs sur le périphérique parisien, avant que deux de ses porte-parole ne soient interpellés. Ils ont été relâchés en début de soirée. Il est «inadmissible que la Confédération paysanne soit le seul syndicat à subir cette répression», a dénoncé cette organisation.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a assumé jeudi soir de n'avoir pas dispersé l'action «illégale» du syndicat Coordination rurale – classé très à droite – avec ses tracteurs à Paris, alors que les rassemblements non déclarés y étaient interdits.