Polémiques en série Allemagne : Friedrich Merz, un rêve de chancellerie qui vire au chemin de croix

Gregoire Galley

5.5.2026

Il a dû patienter un quart de siècle pour diriger l'Allemagne mais, après un an au pouvoir, le chancelier Friedrich Merz est tant critiqué que la question de sa survie politique est ouvertement posée.

Le chancelier Friedrich Merz est tant critiqué que la question de sa survie politique est ouvertement posée.
Le chancelier Friedrich Merz est tant critiqué que la question de sa survie politique est ouvertement posée.
ats

Agence France-Presse

«L'ambiance bascule à la chancellerie», «Qui après Merz?», «La chute»: les titres dans les journaux et les télés se suivent et se ressemblent à l'approche de l'anniversaire du 6 mai.

Un an seulement après son élection, M. Merz est déjà le dirigeant le plus impopulaire de l'Histoire de l'Allemagne contemporaine, un sondage de l'institut Forsa le créditant de 15% de satisfaction.

Un camouflet pour celui qui aimait tant pointer l'impopularité (moindre) de son prédécesseur démissionnaire, le social-démocrate Olaf Scholz. Friedrich Merz, 70 ans, s'était pourtant préparé à diriger l'Allemagne.

Un impulsif

Figure centrale du parti conservateur CDU au début des années 2000, ce grand maigre au crâne dégarni s'est alors fait doubler par Angela Merkel. Il est contraint à une retraite politique temporaire mais fait des affaires, devient multimillionnaire, soigne ses réseaux.

Après plusieurs échecs, il prend enfin la tête de la CDU en 2022 et accède à la chancellerie le 6 mai 2025, à la tête d'une coalition malaisée avec les sociaux-démocrates (SPD). Mais il subit un affront: deux tours pour être élu à la chancellerie à cause de défections, du jamais vu.

Depuis, l'action de son gouvernement vit au rythme des querelles, alors que le pays est plongé dans la crise économique. Ces dernières semaines, M. Merz a dû publiquement démentir avoir «hurlé» sur son vice-chancelier SPD, Lars Klingbeil, comme ce dernier le laissait entendre. Et fin avril, le chancelier a reconnu qu'il «ne peut garantir» que son gouvernement tiendra jusqu'aux prochaines élections en 2029.

A cela s'ajoutent des polémiques en série, comme lorsqu'il jugeait que l'immigration «était un problème dans le paysage urbain allemand» ou qu'il reprochait aux Allemands de ne pas assez travailler au nom du «work-life balance», l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Il a le don de susciter «l'irritation», estime le journal Frankfurter Rundschau, soulignant des propos qui «heurtent de plein fouet différentes catégories de la population». Pour le chef des députés SPD, Matthias Miersch, c'est un «énorme problème qu'il soit un homme aussi impulsif».

Sur le plan extérieur, le chancelier a dérapé aussi, en marge de déplacements en Angola et au Brésil. Mais c'est désormais son approche de Donald Trump qui interroge.

Alors que certains lui reprochaient une forme de complaisance à l'égard du président américain, en particulier s'agissant de la guerre lancée contre l'Iran fin février, M. Merz a soudain changé de ton, critiquant une Amérique sans stratégie et «humiliée» par Téhéran.

Pas de «ligne claire»

La colère de Trump a suivi: réduction du soutien militaire, taxes douanières et un cinglant «pas étonnant que l'Allemagne s'en sorte aussi mal économiquement et dans les autres domaines» avec ce chancelier-là.

«Il n'y a absolument aucune ligne claire», fustige auprès de l'AFP le député écologiste Max Lucks pour qui M. Merz donne l'impression de «réfléchir en direct» lorsqu'il parle.

«Je peux en effet encore m'améliorer», a concédé l'intéressé dans un entretien au Spiegel, tout en se lamentant qu'"aucun chancelier avant (lui) n'(ait) eu à subir" de telles difficultés.

Le monde de l'entreprise, qui voyait son ascension avec espoir, perd aussi patience avec ce dirigeant qui promettait dérégulation et réformes pour relancer une économie plombée par le prix de l'énergie, le manque d'innovation, la concurrence chinoise et les taxes douanières américaines.

Ainsi, Peter Leibinger, président du BDI, première fédération industrielle du pays, a fustigé «l'hésitation» à lancer des réformes pourvoyeuses de «croissance et compétitivité», alors que la première économie européenne est menacée «de façon existentielle».

En attendant, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) gagne en popularité, devançant les conservateurs dans les récents sondages.

Si bien que l'écologiste Max Lucks craint que l'après-Merz puisse voir naître une alliance CDU-AfD : «il est vraiment préoccupant de voir des fossés qui se creusent au sein de la CDU, avec des gens qui, au fond, cherchent à préparer une (telle) coalition».