Plus vieux détenu de France Après 40 ans de prison, Georges Abdallah accueilli en héros dans son village natal, au Liban

Basile Mermoud

26.7.2025

Le militant propalestinien Georges Ibrahim Abdallah a été acclamé vendredi à son arrivée dans son village natal, une bourgade chrétienne du nord du Liban, après plus de 40 ans en prison en France pour complicité d'assassinats de diplomates américain et israélien.

Le militant libanais pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah, 74 ans, est accueilli par ses proches et ses partisans à son arrivée dans son village de Kobayat, dans la région d’Akkar, au nord du Liban, le 25 juillet 2025, après avoir passé plus de 40 ans en prison en France.
Le militant libanais pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah, 74 ans, est accueilli par ses proches et ses partisans à son arrivée dans son village de Kobayat, dans la région d’Akkar, au nord du Liban, le 25 juillet 2025, après avoir passé plus de 40 ans en prison en France.
AFP

Agence France-Presse

Quelques centaines d'habitants, hommes, femmes, jeunes et anciens se sont pressés pour lui rendre hommage à son arrivée à Kobayat, localité nichée dans les montagnes du Akkar, près de la Syrie.

«Que l’on adhère à ses idées ou non, sa persévérance, sa constance, forcent le respect et cela mérite d’être enseigné aux générations futures. Donc on salue avant tout l'homme», déclare à l'AFP Jimmy Jabbour, député du Akkar présent sur place. «Tout le village est heureux qu'il soit rentré... 41 ans en prison, d'autres personnes auraient probablement perdu la tête», dit de son côté Claudette Tannous, 68 ans.

Dès son arrivée à l'aéroport de Beyrouth, il a répété son soutien à la cause palestinienne. C'est aux cris de «Liberté!» qu'il a été accueilli par des dizaines de sympathisants brandissant notamment des drapeaux palestiniens à sa sortie de l'aéroport international de Beyrouth, où le vol Air France AF564, à bord duquel il se trouvait, a atterri à 14h30 (11h30 GMT).

«Les enfants de Palestine meurent de faim alors que les millions d'Arabes les regardent en spectateurs», a-t-il lancé, dans sa première déclaration publique depuis le salon d'honneur de l'aéroport.

«La résistance doit se poursuivre et s'intensifier», a ajouté l'ancien instituteur de 74 ans, à la barbe et à la chevelure blanches, devant ses proches et des personnalités libanaises dont un député du mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a salué un «symbole de dignité et de persévérance».

Le gouvernement libanais n'a pas réagi à son arrivée. «Georges Abdallah est devenu un symbole et une source d'inspiration pour nous tous», affirme Siham Antoun, une professeure de lycée de 56 ans, un keffieh rouge sur les épaules.

«En bonne santé»

Le chargé d'affaires de l'ambassade du Liban à Paris, Ziad Taan, qui a vu Georges Abdallah avant son départ, a indiqué à l'AFP qu'il était «bien, en bonne santé, très heureux de retourner au Liban auprès de sa famille et de retrouver la liberté».

La cour d'appel de Paris avait ordonné sa libération la semaine dernière, à condition qu'il quitte le territoire français et n'y revienne plus. Il était libérable depuis 1999 mais avait vu ses demandes échouer.

Le parquet général de Paris a annoncé lundi un pourvoi en cassation contre cette décision. Le recours, qui ne sera pas examiné avant plusieurs semaines, n'est pas suspensif et ne pouvait empêcher le départ de Georges Abdallah.

Selon son avocat Jean-Louis Chalanset, qui l'a vu dans sa prison jeudi, «il semblait très heureux de sa prochaine libération, même s'il sait qu'il arrive au Moyen-Orient dans un contexte extrêmement lourd pour les populations libanaises et palestiniennes».

Ces derniers jours, Georges Abdallah a donc vidé sa cellule, décorée d'un drapeau rouge de Che Guevara et débordant de piles de journaux et de livres, qu'il a confiés à son comité de soutien.

Il a donné la majorité de ses vêtements à des codétenus, et n'emporte qu'«une petite valise», selon son avocat. La durée de sa détention est «disproportionnée» par rapport aux crimes commis et au vu de l'âge de l'ancien chef des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), avaient jugé les magistrats de la cour d'appel.

«Symbole passé»

Ce groupuscule libanais marxiste, dissous depuis longtemps, n'a «pas commis d'action violente depuis 1984», avait également relevé la cour, voyant en Georges Abdallah un «symbole passé de la lutte palestinienne».

Tout en déplorant qu'il n'ait pas exprimé de «regret ou compassion pour les victimes qu'il considère comme des ennemis», les juges ont estimé que Georges Abdallah, qui veut «finir ses jours» dans son village, peut-être en s'engageant en politique locale, ne représente plus de risque de trouble à l'ordre public.

A l'époque des faits, dans le contexte de la guerre civile libanaise et de l'invasion israélienne au Sud-Liban en 1978, les FARL ciblaient les intérêts d'Israël et de son allié américain à l'étranger.

Avant l'arrestation de Georges Abdallah en 1984, le groupuscule avait frappé cinq fois en France, tuant deux diplomates en 1982: le lieutenant-colonel américain Charles Ray, puis l'Israélien Yacov Barsimantov, considéré comme le responsable du Mossad en France, abattu par une femme devant son épouse et ses deux enfants.

Identifié par ses empreintes découvertes dans une planque bourrée d'explosifs et d'armes dont le pistolet qui avait servi aux deux assassinats, Georges Abdallah avait comparu seul en 1987. Il avait été condamné à la perpétuité. Il a toujours nié son implication dans l'assassinat des diplomates, tout en refusant de condamner des «actes de résistance» contre «l'oppression israélienne et américaine».