Interview exclusive Au milieu du désordre mondial, cette grande puissance veut se faire entendre !

Grégoire Galley, à Istanbul

20.5.2026

Ce mercredi soir, le monde du football aura les yeux rivés sur Istanbul en Turquie où a lieu la finale de l’Europa League. Présent sur place, blue News en a profité pour poser quelques questions à Guillaume Scheurer, Ambassadeur de Suisse en Turquie. Ce dernier a notamment évoqué les liens entre les deux pays mais aussi les conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient pour la Turquie. Entretien.

Recep Tayyip Erdoğan dicte les règles du jeu en Turquie depuis plus de vingt ans.
Recep Tayyip Erdoğan dicte les règles du jeu en Turquie depuis plus de vingt ans.
IMAGO/Anadolu Agency

Grégoire Galley, à Istanbul

A quand remontent les relations diplomatiques entre la Suisse et la Turquie ?

«Les liens diplomatiques entre les deux nations sont nés à la fin du XIXe siècle avec l’ouverture d’une représentation ottomane à Berne en 1899. Puis, il y a eu un traité d’amitié qui a été signé en 1925. L’année suivante la jeune république turque a également repris pratiquement à l’identique le code civil et le code des obligations suisses. Enfin, en 1928, la Suisse a ouvert une légation à Istanbul.»

«Je tiens aussi à préciser que nous avons organisé plusieurs événements l’année dernière en Suisse et en Turquie pour fêter les 100 ans de la signature du traité d’amitié. Voici donc, en quelques mots, comment les relations bilatérales entre les deux pays se sont petit à petit constituées.»

Comment qualifieriez-vous les relations qu’entretiennent les deux pays aujourd’hui ?

«Ce sont des rapports solides, anciens et variés qui s'appuient sur des dialogues réguliers et des échanges économiques importants. Les deux pays dialoguent ainsi souvent sur les questions de sécurité, de recherche, d’innovation ou encore de migration. La présence d’une importante communauté turque en Suisse favorise aussi les contacts.»

«La Turquie occupe une position stratégique»

Guillaume Scheurer

Ambassadeur de Suisse en Turquie

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) note que depuis la tentative de coup d’Etat de juillet 2016, la situation des droits humains s’est détériorée en Turquie. Dans quelle mesure les autorités helvétiques peuvent-elles œuvre pour inverser cette tendance ?

«Comme avec tous les pays, nous avons une approche qui est fondée sur le dialogue et la coopération. Dans ce sens, nous abordons une multitude de questions, notamment celles relatives aux droits de l’homme, dans les cadres multilatéraux où la Suisse et la Turquie sont membres. Je pense en particulier au Conseil de l’Europe, à l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) mais aussi, plus simplement, à nos échanges bilatéraux.»

«Via ces différents canaux, nous cherchons ainsi à contribuer de manière constructive aux échanges avec les partenaires turcs. De façon générale, la Suisse est convaincue que c’est par le biais d’un dialogue bilatéral ouvert que des progrès en matière de droits de l’homme peuvent être réalisés.»

Géographiquement, la Turquie se trouve à la croisée de zones de tensions entre la guerre en Ukraine et la guerre au Moyen-Orient. En tant que membre de l’OTAN, quel rôle joue-t-elle au milieu de ce tumulte ?

«Effectivement, le contexte régional autour de la Turquie est très complexe. Grand pays à cheval entre deux continents et deuxième plus grande force de l’OTAN, la Turquie occupe une position stratégique et entretient des liens diversifiés avec ses multiples voisins. Tout cela lui permet d’être un acteur clé pour l’équilibre régional ainsi que la sécurité de l’Europe. D’ailleurs, la Turquie essaie de plus en plus de se profiler comme un acteur important de médiation.»

La Turquie est donc un allié fiable plutôt qu’un partenaire imprévisible pour la Suisse et l’Europe ?

«La Turquie est un partenaire important et fiable pour la Suisse dans une relation qui s’inscrit dans la durée et qui s’est encore renforcée depuis la guerre contre l’Ukraine. Elle est un partenaire clé pour les enjeux tels que la sécurité, le commerce, l’énergie ou la migration. Ce partenariat s’inscrit dans un cadre pragmatique qui tient compte des priorités de chacun même s’il est clair qu’il y a de plus en plus de convergence d’intérêts.»

Pour terminer, quelles sont les conséquences des tensions au Moyen-Orient pour l’économie turque ?

«Comme pour tous les pays du monde presque sans exception, ces conflits régionaux ont des répercussions sur plusieurs secteurs de l’économie turque. Tout cela contribue à un environnement économique plus compliqué et plus incertain notamment à travers leurs effets sur les coûts de l’énergie, les échanges commerciaux et les chaînes d’approvisionnement, avec des répercussions in fine sur l’inflation.»


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