Avortement: un bras de fer émotionnel

Valérie Passello

11.12.2020

Ce vendredi, un texte de loi pour la légalisation de l'avortement en Argentine a reçu l'aval de la majorité de l'Assemblée nationale, à l'issue d'un très long débat. Même si rien n'est joué, puisque le Sénat devra statuer à son tour sur l'objet. Encore interdit dans la plupart des pays d'Amérique latine, l'avortement a, de tout temps et partout, fait débat.   

Abortion-rights activists watch on a big screen lawmakers in session outside Congress in Buenos Aires, Argentina, Friday, Dec. 11, 2020. The Argentine lower house has approved a bill that would legalize abortion. The bill now moves to the Senate. (AP Photo/ Natacha Pisarenko)
Avant l'approbation par l'Assemblée nationale argentine de la légalisation de l'avortement, le suspense a duré une vingtaine d'heures.
Keystone

"131 voix pour, 117 contre et 6 abstentions", annonce en cette fin de matinée du 11 décembre le président de l'Assemblée nationale argentine. Devant le Congrès national de Buenos Aires, une foule de manifestants pro-avortement explose de joie. Le moment est historique: l'interruption volontaire de grossesse (IVG) va peut-être devenir légale.

Peut-être, car une incertitude subsiste: le texte de loi sera envoyé au Sénat, qui devra le valider à son tour pour que la légalisation soit effective. En 2018, les députés avaient aussi validé une telle loi, mais le Sénat balayait l'idée quelque jours plus tard.  

Meilleures chances qu'il y a deux ans

Cette fois, les chances de victoire semblent plus élevées pour les pro-IVG, puisque le nouveau président argentin Alberto Fernández est favorable au droit à l'avortement, lui qui en avait même fait un thème de campagne avant son arrivée au pouvoir.   

Si l'IVG y est légalisée, l'Argentine deviendra l'un des rares pays d'Amérique latine à autoriser la pratique. Pour l'heure, seuls Cuba, Porto Rico, le Guyana et l'Uruguay et la ville de Mexico ont fait ce pas. 

Un sujet très sensible

Les pays d'Amérique du sud sont très largement catholiques, ce qui explique sans doute l'âpreté des débats au sujet de l'avortement. De tout temps et aujourd'hui encore, l'Eglise s'y oppose en vertu  "de la défense de la vie, de son commencement à sa fin".

Mais les questions soulevées par le droit à l'interruption volontaire de grossesse ne sont pas uniquement religieuses, elle sont aussi d'ordre éthique, voire philosophique. 

Quel que soit l'avis et les motivations de ses défenseurs ou de ses détracteurs, le sujet revêt toujours une forte dimension émotionnelle. 

Toutefois, qu'il soit légal ou non, de nombreuses femmes de par le monde optent pour la solution de l'avortement. En Argentine, le gouvernement a articulé qu'entre 370'000 et 520'000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays. 

Selon un communiqué de l'Organisation mondiale de la santé datant de 2017, 25 millions d'IVG non-sécurisées (soit 45% de l'ensemble des avortements) sont pratiquées annuellement dans le monde. À la suite de ces interventions, des complications de santé graves ou même fatales peuvent survenir. 

Depuis 1975 en France, depuis 2002 en Suisse

La question de la légalisation de l'avortement a d'ailleurs été tranchée relativement récemment dans de nombreux pays du monde. En Suisse par exemple, l'IVG est légale depuis 2002 seulement. Une femme peut décider d'interrompre sa grossesse dans les 12 premières semaines - la loi argentine prévoit 14 semaines- et au-delà dans certaines conditions. 

Les Français ont été plus rapides pour statuer sur la question, légalisant l'IVG en 1975, sous la houlette de Simone Veil, alors ministre de la santé, pendant le septennat de Valéry Giscard-d'Estaing. 

En Allemagne, la législation en la matière n'est pas totalement tranchée. L'avortement a été dépénalisé, mais il n'est pas complètement légalisé non plus. Formellement, la pratique reste punissable, mais elle n'est pas punie dans les faits, lors d'IVG dans les 12 premières semaines et sous de strictes conditions. 

En Europe, Malte reste le seul Etat à fermement interdire la pratique de l'avortement. Elle est proscrite aussi en Pologne et à Chypre, mais avec des exceptions en cas de viol ou de menace pour la santé.

La légalisation autorisant l'avortement en Irlande est toute fraîche, puisqu'un référendum en ce sens a abouti. L'IVG y est légale depuis le 1er janvier 2019.

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