A dix-huit mois de l'échéance, un sondage donne pour la première fois Jordan Bardella vainqueur de l'élection présidentielle face à tous ses rivaux potentiels. Une nouvelle marche dans l'ascension fulgurante du jeune président du Rassemblement national, qui éclipse progressivement une Marine Le Pen entravée par ses démêlés judiciaires.
Ses sondages dépassent son âge: qui peut en dire autant? Systématiquement sur le podium, sinon en tête, des personnalités politiques préférées des Français, Jordan Bardella apparaît désormais en mesure de briser le plafond de verre qui a jusqu'ici empêché l'extrême droite d'accéder au pouvoir en France.
L'enquête Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale, publiée mardi matin, crédite le numéro un du RN de 35% à 36% des intentions de vote au premier tour, si la présidentielle «avait lieu dimanche prochain» - le scrutin reste pour l'heure prévu au printemps 2027. Un tel score serait déjà une prouesse, inédite depuis les 44% de Charles de Gaulle et Georges Pompidou aux prémices de la Ve République.
Evidemment, le sondage -qui, comme toute enquête d'opinion, est une photographie du moment sans valeur prédictive- a ses limites: sur l'échantillon de 1.300 personnes interrogées, entre un tiers et et la moitié selon les scénarios n'expriment aucun choix - des niveaux d'abstention jamais atteints au scrutin suprême.
Mais là, le favori des pronostics surclasse tous ses adversaires. En particulier le mieux placé, Edouard Philippe, contre qui M. Bardella inverse le rapport de force: donné battu sans appel (46/54) fin avril, le leader du parti à la flamme l'emporterait aujourd'hui assez nettement (53/47).
L'écart serait encore plus prononcé face à Gabriel Attal (56/44), Raphaël Glucksmann (58/42), voire humiliant dans un duel avec Jean-Luc Mélenchon (74/26).
Le patriarche Insoumis n'a d'ailleurs pas tardé à dénoncer «les sondeurs (qui) s'affichent militants des élections», relayé par la patronne des députés LFI Mathilde Panot dénigrant «les oiseaux de mauvais augure».
Pour autant l'étude vient étayer une Bardella-mania persistante depuis son succès aux européennes de l'an dernier, à peine atténuée par la déception des législatives perdues dans la foulée et aussitôt relancée par la sortie d'un premier livre, puis d'un deuxième cet automne (déjà écoulé à 50.000 exemplaires d'après l'auteur).
Le Pen «ne renonce pas»
Sa tournée promotionnelle draine de nombreuses personnes : encore plusieurs centaines (1.500 selon le RN) ce dimanche à Saint-Malo, terre pourtant peu propice au camp nationaliste. Une visite aussi marquée par des tensions entre opposants et forces de l'ordre, qui ont fait trois blessés légers parmi les manifestants.
Car, en dépit de sa popularité, M. Bardella suscite toujours moins d'adhésion (39%) que de rejet (44%) selon le même sondage Odoxa. Tout comme sa mentor Marine Le Pen, un peu moins appréciée (35%) et un peu plus réprouvée (47%), mais surtout même pas testée comme candidate potentielle...
Crime de lèse-majesté impensable il y a seulement quelques mois, quand l'entourage de Mme Le Pen était intervenu en catastrophe pour que leur championne figure dans une étude Ifop faisant la part belle à M. Bardella.
Rien de tel chez Odoxa, qui explique que son choix «s'impose doublement». D'abord parce que M. Bardella «est préféré à la fois par les Français et par les sympathisants RN» - un argument qui aurait aussi pu servir à éliminer l'hypothèse Gabriel Attal en suppléant d'Edouard Philippe.
Ensuite, car la triple candidate «ne pourrait légalement pas se présenter» à ce jour. Ce qu'elle conteste vigoureusement, dans l'attente de son procès en appel début 2026 dans l'affaire des assistants parlementaires européens, qui lui vaut à ce stade une peine d'inéligibilité immédiate.
L'intéressée a semé elle-même le trouble en affirmant récemment qu'elle ne se présenterait «évidemment pas» une quatrième fois si sa condamnation était confirmée et que, dans ce cas, la candidature de son dauphin serait «une évidence».
Des signes de résignation démentis avec force ce week-end dans Ouest-France, où elle se dit «extrêmement combative» et assure qu'elle «ne renonce absolument pas» à ses ambitions.
Le message «correspond à ce que je vois au quotidien», confirme un de ses lieutenants, espérant que cela «permette à ceux qui doutaient d'arrêter de douter». Etat d'esprit résumé par le vice-président de l'Assemblée, Sébastien Chenu : «Marine Le Pen est notre candidate pour 2027. Jusqu'à preuve du contraire, elle le demeure, quoi qu'il arrive».