Biden risque un échec cuisant sur sa vaste réforme électorale

ATS

13.1.2022 - 19:55

Depuis son investiture ou presque, Joe Biden bute régulièrement sur Kyrsten Sinema et sur un autre sénateur démocrate, Joe Manchin. Ces derniers sont sceptiques face aux grands projets du président démocrate, qu'ils jugent trop interventionnistes, trop coûteux, trop centralisés, trop idéologiques.
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Joe Biden, qui a déjà dû enterrer sa promesse de renouveau de l'Etat-providence américain, risque de voir aussi échouer une vaste réforme électorale protégeant l'accès au vote des Afro-Américains, après qu'une sénatrice démocrate s'est mise en travers de sa route.

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13.1.2022 - 19:55

Le président démocrate a rejoint peu après 13h00 (19h00 heure suisse) les élus de son camp au Sénat, pour les rallier autour de son projet.

Avant même qu'il ne quitte la Maison Blanche, Kyrsten Sinema, sénatrice de l'Arizona, est montée à la tribune et a réduit à néant, pour l'instant, tout espoir de passer cette législation présentée comme l'héritière des grands combats pour les droits civiques des années 1960.

L'élue, une démocrate centriste, n'est pas contre la législation elle-même. Mais elle s'oppose à la procédure parlementaire imaginée par l'état-major démocrate et la Maison Blanche pour faire sauter le verrou de l'opposition républicaine. Sans sa voix, dans un Sénat où le camp démocrate compte 51 voix, et les républicains 50, le projet est condamné.

Harmoniser les pratiques de vote

Joe Biden a promis de protéger l'accès aux urnes des minorités et la transparence des opérations de vote, face à une multitude de réformes engagées par les Etats conservateurs, en particulier dans le sud du pays.

Les ONG assurent que ces mesures adoptées par des républicains discriminent particulièrement les Afro-Américains, qui ont très largement voté pour Joe Biden à la dernière élection.

Pour faire barrage, deux textes – désormais fusionnés en un – visent à harmoniser les pratiques de vote et à donner à l'Etat fédéral un droit de regard sur les initiatives locales.

Acquis des années 1960

Joe Biden estime qu'il en va des acquis du combat pour les droits civiques des années 1960, détricotés au niveau local par les républicains avec la bénédiction d'une Cour suprême devenue très conservatrice, et avec les encouragements de Donald Trump qui continue à clamer sans preuve que l'élection de son successeur est frauduleuse.

Pour passer cette loi au Sénat, il faudrait en théorie 60 voix, pour se conformer à un usage parlementaire très ancré. Cette «règle du filibuster», censée encourager la modération et le dialogue par-delà les lignes partisanes, donne un énorme pouvoir de blocage à l'opposition, surtout quand le rapport de force parlementaire est aussi tendu qu'il l'est aujourd'hui.

«Spirale infernale de la division»

Les démocrates n'ont qu'une solution pour sauver leur réforme électorale: rompre cet usage parlementaire et passer en force à la majorité simple.

C'est de ce passage en force que Kyrsten Sinema ne veut pas. Il ne ferait qu'alimenter la «spirale infernale de la division», a estimé l'élue, dans une intervention extrêmement solennelle.

Air de déjà vu

Voilà qui a, pour Joe Biden, un douloureux air de déjà vu. Depuis son investiture ou presque, il bute régulièrement sur Kyrsten Sinema et sur un autre sénateur démocrate, Joe Manchin. Ces deux modérés sont sceptiques face aux grands projets du président démocrate, qu'ils jugent trop interventionnistes, trop coûteux, trop centralisés, trop idéologiques.

En décembre, Joe Biden s'était retrouvé exactement dans la même position qu'aujourd'hui: devoir mobiliser sans exception toutes les voix de sa majorité au Sénat autour d'un très ambitieux programme de dépenses sociales.

Après d'interminables discussions, c'est Joe Manchin, à lui seul, qui a fait capoter peu avant Noël ce projet à 1750 milliards de dollars.

Convaincre des républicains: illusoire

La seule issue désormais pour Joe Biden serait de convaincre certains élus républicains de le suivre sur la réforme électorale. Mais cela semble illusoire, tant les conservateurs sont remontés, à la fois contre le contenu de la loi et contre la méthode parlementaire.

Leur chef au Sénat, Mitch McConnell, a accusé jeudi le président d'emprunter une voie «scandaleuse et qui divise».

Un nouvel échec serait extrêmement difficile à surmonter pour Joe Biden, déjà très impopulaire, et qui risque bien de perdre complètement le contrôle du Congrès après les élections de mi-mandat à l'automne.

ATS