Percée ou prélude à une attaque?Ce que l'on sait des discussions entre l'Iran et les Etats-Unis
Valérie Passello
4.2.2026
Des médias iraniens ont annoncé des discussions vendredi à Oman entre l'Iran et les Etats-Unis mais leur tenue reste incertaine, Washington n'ayant confirmé ni le lieu ni la date de cette rencontre entre les deux pays ennemis.
Une photographie montre un panneau publicitaire anti-américain affiché sur un bâtiment de la place Valiasr à Téhéran, le 4 février 2026. (Photo AFP)
AFP
Agence France-Presse
04.02.2026, 18:29
Valérie Passello
Sous pression depuis la répression dans le sang début janvier d'un vaste mouvement de contestation, Téhéran veut que les pourparlers «se limitent à la question nucléaire et à la levée des sanctions» internationales, selon l'agence de presse Tasnim.
«Si les Iraniens veulent nous rencontrer, nous sommes prêts», a commenté mercredi le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, souhaitant de son côté inclure le programme de missiles balistiques.
Quel enjeu?
Donald Trump n'a pas exclu, en cas d'échec des discussions, de mener une nouvelle intervention militaire contre l'Iran, après les frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens lors de la guerre déclenchée par Israël en juin 2025.
«En ce moment, on leur parle, on parle à l'Iran et si on pouvait trouver une solution ce serait super. Et si on ne peut pas, des mauvaise choses se produiraient probablement», a prévenu lundi le président américain.
Les Etats-Unis ont dépêché dans le Golfe une dizaine de navires, dont le porte-avions Abraham Lincoln, tandis que l'Iran a menacé de s'en prendre aux bâtiments de guerre et aux bases américaines dans la région en cas d'attaque.
Les tensions entre les deux pays se sont accrues après la répression de manifestations par les forces de sécurité iraniennes, qui a fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts selon des ONG.
La forme d'une éventuelle intervention militaire américaine pourrait aller de frappes ciblées contre des infrastructures militaires à une tentative de renversement de la République islamique en place depuis 1979.
Qui participe?
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi conduira la délégation iranienne selon Téhéran, tandis que les Etats-Unis devraient être représentés par l'émissaire de Donald Trump au Moyen-Orient Steve Witkoff, a annoncé la Maison Blanche.
Cet ancien magnat de l'immobilier a plusieurs casquettes en matière de politique étrangère et participe également aux efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.
M. Araghchi est lui un diplomate chevronné, parfaitement anglophone, qui a fait toute sa carrière au ministère des Affaires étrangères, et a la réputation d'être un négociateur habile.
Que veulent les deux parties?
Donald Trump a d'abord appelé Téhéran à «arrêter de tuer» les manifestants.
Mais il se concentre désormais sur la conclusion d'un nouvel accord sur le programme nucléaire iranien, alors que les Occidentaux accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément. Washington veut aussi réduire le vaste arsenal iranien de missiles balistiques.
La République islamique a souligné à plusieurs reprises que les discussions devaient rester limitées à la stricte question nucléaire, rejetant toute négociation sur son programme de missiles ou ses capacités de défense.
Quel format pour les discussions?
Les pourparlers sont attendus à Oman mais les modalités de la rencontre n'ont pas encore été déterminées, a affirmé mercredi à l'AFP un diplomate arabe.
Selon une autre source dans la région, une réunion était prévue au départ à Istanbul pour discuter du «dossier nucléaire, de la question des missiles» et des groupes armés soutenus par l'Iran, «avec la participation d'autres pays de la région». Mais «l'Iran cherche maintenant à limiter l'agenda uniquement à la question du nucléaire et veut parler exclusivement avec les Etats-Unis», a dit cette source.
Marc Rubio a confirmé que la réunion devait initialement se dérouler en Turquie en présence de plusieurs partenaires avant de voir «des informations contradictoires» de la part de Téhéran.
Quelle est l'atmosphère en Iran?
En Iran, les réseaux sociaux, de nouveau actifs après trois semaines de coupure d'internet, sont inondés de messages rendant hommage aux manifestants tués.
«Notre société est en deuil et j'en fais partie», dit à l'AFP sous couvert d'anonymat un habitant de 32 ans de l'île de Qeshm, dans le Golfe.
A Téhéran, un jeune homme de 26 ans dit subir une «pression psychologique» depuis le black-out quasi total, qui a fortement affecté son travail et perturbé sa vie quotidienne.
Signe de l'atmosphère tendue, une nouvelle affiche a fait son apparition dans la capitale, montrant des avions américains s'écrasant sur une colline. Avec à son sommet, des Iraniens brandissant le drapeau de la République islamique.