Le jour de Noël Ce que l’on sait sur les frappes américaines au Nigeria

Basile Mermoud

26.12.2025

Les Etats-Unis ont lancé le jour de Noël une frappe visant des groupes jihadistes dans le nord-ouest du Nigeria, mais des questions subsistent quant à la stratégie et aux détails de ces raids. Voici ce que nous savons.

Plusieurs groupes armés opèrent au Nigeria, mais ni Abuja ni Washington n'ont précisé qui ils avaient pris pour cible.
Plusieurs groupes armés opèrent au Nigeria, mais ni Abuja ni Washington n'ont précisé qui ils avaient pris pour cible.
AFP

Agence France-Presse

Qui est impliqué?

Le président Donald Trump a été le premier à annoncer les frappes, suscitant dans un premier temps l'inquiétude des Nigérians quant à une atteinte à leur souveraineté. Les deux pays ont ensuite précisé qu'ils étaient tous deux impliqués et que les frappes avaient été menées avec l'accord du président nigérian Bola Tinubu.

On ne sait pas clairement si l'armée nigériane a été impliquée uniquement au niveau du partage de renseignements ou davantage, car les détails contenus dans les communications officielles varient entre Washington et Abuja.

Quel groupe a été visé?

Plusieurs groupes armés opèrent au Nigeria, mais ni Abuja ni Washington n'ont précisé qui ils avaient pris pour cible. Les Etats-Unis ont déclaré visé des militants liés au groupe Etat islamique. Le commandement américain pour l'Afrique a fait état de plusieurs victimes, sans donner plus de détails.

Les analystes se sont interrogés sur le choix de frapper l'Etat de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, où les gangs armés non idéologiques, connus sous le nom de «bandits», constituent une préoccupation plus importante que les jihadistes.

L'opération a peut-être manqué ses cibles jihadistes ou, comme l'ont déclaré les responsables américains et nigérians, elle pourrait être la première d'une série de frappes encore à venir. Mais c'est le nord-est du Nigeria, plutôt que l'Etat de Sokoto, dans le nord-ouest, qui est le principal théâtre de l'insurrection jihadiste qui sévit depuis des années dans le pays.

«Si vous voulez frapper, ce ne devrait pas être dans les zones les moins touchées» par l'insurrection islamiste, a commenté Victoria Ekhomu, analyste et directrice de l'Association des opérateurs nigérians de sécurité, en désignant des cibles plus évidentes comme l'Etat de Borno, dans le nord-est, épicentre du conflit jihadiste dans le pays.

Ce que l'on sait du groupe Etat islamique dans le nord-ouest du Nigeria

Depuis 2009, le Nigeria lutte contre une insurrection jihadiste dans le nord-est du pays, menée par Boko Haram et sa branche rivale, la Province d'Afrique de l'Ouest du groupe État islamique.

Plusieurs autres groupes, dont certains sont associés aux jihadistes du nord-est, ont vu le jour et se sont implantés dans le nord-ouest.

Certains chercheurs ont récemment établi un lien entre un groupe armé connu sous le nom de Lakurawa - le principal groupe jihadiste situé dans l'EÉtat de Sokoto - et le groupe Etat islamique au Sahel (ISSP), qui est principalement actif au Niger et au Mali voisins.

D'autres analystes ont contesté ces liens, et les recherches sur Lakurawa sont compliquées car ce terme a été utilisé pour désigner divers combattants armés dans le nord-ouest du pays.

On craint également de plus en plus qu'un autre puissant groupe jihadiste du Sahel, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ne s'implante au Nigeria à la suite d'une attaque revendiquée par ses combattants à la frontière entre le Nigeria et le Bénin en octobre.

Qu'en est-il du timing?

Le président Trump s'en est pris de manière inattendue au Nigeria en octobre et novembre, accusant son gouvernement d'autoriser un «génocide» des chrétiens, une formulation longtemps utilisée par la droite religieuse américaine et européenne pour décrire les innombrables conflits qui déchirent le pays.

Le gouvernement nigérian et des analystes indépendants rejettent ces accusations, soulignant que les multiples conflits, parfois concomitants, qui secouent le Nigeria font des victimes parmi les civils musulmans et chrétiens.

Après des semaines de collecte de renseignements, notamment grâce à des vols de reconnaissance américains suivis par des analystes en open source, la décision de mener des frappes à Sokoto le jour de Noël n'est peut-être pas une coïncidence.

«Le fait que ce soit Noël, alors que nous essayons de célébrer la naissance de Jésus-Christ», suggère que Donald Trump «a son propre agenda et qu'il se concentre sur les Chrétiens», estime Mme Ekhomu.

L'analyste en sécurité Brant Philip a suggéré sur X que le moment choisi était «un début symbolique des opérations officielles des Etats-Unis au Nigeria», ajoutant: «Les résultats opérationnels des frappes ne sont pas significatifs, mais on s'attend à beaucoup plus dans un avenir proche.»