Séquence virale «Cirage de pompes» - Jordan Bardella, 30 ans, l'âge des doutes

ATS

17.12.2025 - 11:17

Surexposé par son statut de favori des sondages, le président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella est désormais attaqué sur sa jeunesse et son inexpérience du pouvoir. «Mépris social», riposte l'intéressé, soutenu en bloc par ses troupes malgré de premiers signes de fragilité.

Keystone-SDA

La machine tourne à plein régime. Chaque week-end, des séances de dédicaces aux six coins de l'Hexagone. Bonjour, autographe, selfie: 30 secondes, au suivant.

La semaine, entre réunions au siège parisien du RN et sessions européennes à Bruxelles ou Strasbourg, le meilleur espoir masculin de l'extrême droite française enchaîne les passages télé. Au rythme de deux émissions hebdomadaires en moyenne depuis la sortie de son dernier livre fin octobre.

«Cirage de pompes»

A la longue, la machine s'enraie. Comme samedi soir sur le plateau de «Quelle Epoque!» sur France 2, quand il cale et se répète sur Nicolas Sarkozy, puis Donald Trump: «Où est-ce qu'il trouve toute cette énergie?». Erreur d'inattention, sanction immédiate: «Au secours le cirage de pompes», lâche, assassine, l'ex-ministre Roselyne Bachelot, assise à ses côtés.

Pas à son avantage dans cette courte séquence – devenue virale – Jordan Bardella touche une limite de sa communication perpétuelle. Deux jours plus tôt déjà, face à un panel de Français sur BFMTV, il avait peiné à convaincre l'assistance sur son programme économique et sa position sur l'Ukraine. Comme un avant-goût de ce qui l'attend s'il doit remplacer au pied levé une Marine Le Pen empêchée de concourir à la présidentielle de 2027.

Un doute s'instille: et s'il n'était pas prêt? Ses adversaires s'engouffrent dans la brèche, lui dressent un procès en amateurisme. Xavier Bertrand le premier, qui juge «creux» et «pas capable de diriger le pays» celui qui, «du haut de ses 30 ans» n'a «pas travaillé ses dossiers» et «ne connaît rien à la vie».

Inquiétude à gauche

«On ne s'improvise pas» à l'Elysée «sans avoir géré ni des grandes collectivités ni des entreprises», tacle à son tour le président du parti Les Républicains (LR, droite), Bruno Retailleau.

Bien plus inquiet, un socialiste de premier rang constate que «Bardella apparaît comme une feuille blanche pour toute une série d'acteurs à droite». Mais «la réalité, c'est que tout glisse sur lui», se désole-t-il, prédisant à la gauche «le combat le plus difficile de (son) existence».

Pour l'heure, le champion de l'opinion pour 2027 se contente de parer les attaques. Fort d'une avance considérable, il dénonce «une forme de mépris social» venant de «certaines élites médiatiques et politiques» contre la réussite d'un gamin de banlieue, sans autre diplôme que le bac.

A ceux qui le voient trop haut, trop tôt, il réplique qu'il préfère ça «plutôt qu'on vienne (lui) dire dans quelques années que c'est trop tard». L'air grave, il confesse son «sentiment de faire à 30 ans ce qu'on fait normalement à 50 ans dans la vie» et d'être «écrasé par le poids des responsabilités».

«Tenir la pression»

Derrière lui, le RN serre les rangs. «Evidemment qu'il a de l'expérience», affirme son porte-parole Aleksandar Nikolic, convaincu que les deux campagnes européennes victorieuses du patron du parti à la flamme «montrent qu'il est capable de tenir la pression à un niveau très élevé».

«Il se prépare sérieusement, jusqu'ici il n'a pas fait d'erreur», abonde un député, qui reconnaît toutefois que «l'âge est évidemment quelque chose qu'il faudra qu'on travaille».

A sa décharge, «pour l'instant c'est un président de parti, donc il est beaucoup dans l'équilibre» vis-à-vis de Marine Le Pen et de leurs lieutenants respectifs. Mais «à partir du moment où il sera candidat, il pourra être plus tranché», ajoute-t-il.

Un autre cadre trépigne presque de le voir exprimer son plein potentiel. «Ce qui fait un bon politique, c'est d'être connecté aux gens. Jordan sait de quoi il faut parler et quand il faut en parler».

Quitte à rendre coup pour coup à ses détracteurs: «Il faut être plus en offensif qu'en défensif. On n'a pas de leçons à recevoir de ces gens. Il faut marteler leur bilan, il faut les défoncer», affirme ce responsable.