«Je suis fier de ne pas être suisse»Crans-Montana : un juriste suisse pris à partie en direct à la télévision italienne
Sven Ziegler
13.1.2026
Un talk-show politique italien a été le théâtre d’un échange d’une rare virulence. Invité sur le plateau, l’ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi s’est retrouvé sous le feu des critiques après avoir refusé de commenter la tragédie de Crans-Montana.
Paolo Bernasconi (à droite) en discussion avec le présentateur TV.
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Sven Ziegler
13.01.2026, 15:51
13.01.2026, 17:34
Sven Ziegler
Lundi soir, l’ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi a essuyé de vives attaques sur le plateau de l’émission italienne Quarta Repubblica. En cause: son refus de livrer une analyse juridique d’un reportage diffusé par le programme consacré à la tragédie de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana.
Bernasconi intervenait en direct depuis son bureau de Lugano lorsque le ton est brusquement monté sur le plateau. Après avoir clairement indiqué qu’il ne livrerait aucune évaluation, il s’est vu pratiquement retirer la parole.
Par la suite, le journaliste italien et ancien sénateur Tommaso Cerno s’en est violemment pris au juriste suisse. «Je suis fier de ne pas être suisse», a-t-il lancé en direct à l’antenne. Paolo Bernasconi n’a ensuite plus repris la parole, selon le portail Tio.ch.
Au lendemain de l’émission, l’homme de 74 ans se montre toutefois serein. «Je vais bien, j’ai dormi tranquillement», confie Paolo Bernasconi. À ses yeux, la raison de cette mise à l’écart ne fait guère de doute: «Ils savaient que j’aurais perturbé leur émission. C’était du divertissement, pas de l’information.»
La situation était «déconcertante»
Ne regrette-t-il pas sa participation à l’émission? «Non, absolument pas», répond-il. Il dit avoir espéré un exercice de journalisme rigoureux. Mais, selon lui, l’animateur Nicola Porro n’est pas parvenu à contenir les échanges: «Il s’agissait soudain de camps de supporters, et non plus de faits.»
Selon lui, la rédaction de l’émission avait mené des recherches sur la tragédie de Crans-Montana, à l’instar de nombreux autres médias. Il a toutefois délibérément choisi de ne pas prendre position. «Ils voulaient que je porte un jugement. Or, ce sont les tribunaux qui jugent, pas les anciens procureurs», explique Paolo Bernasconi. À ses yeux, il était essentiel de maintenir une séparation nette entre la justice et les médias.
Il qualifie la situation de déconcertante. Bien qu’il soit resté connecté jusqu’à la fin de l’émission, il n’a guère eu l’occasion de s’exprimer. L’intervention de Tommaso Cerno l’a particulièrement agacé: «Il voulait faire le show et s’en est pris à la Suisse sans raison», déclare Bernasconi.
Il ne conteste pas le rôle des médias dans l’exercice de la pression. «Oui, mais le ton et les arguments doivent rester corrects. Quand on crie, la discussion perd tout sens», souligne-t-il. Quant aux attaques venant d’Italie, il les relativise: «Cerno ne représente pas l’Italie, pas plus que Crans-Montana ne représente toute la Suisse.»