Crise ukrainienne

Des Russes aux Occidentaux, qui fait quoi ?

hl

4.2.2022 - 07:53

Poutine insondable, Biden offensif, Macron et Scholz en médiateurs... Russes et Occidentaux restent engagés pour l'heure sur le chemin de la diplomatie même si Moscou ne baisse pas la garde aux portes de l'Ukraine.

Des soldats de l'armée américaine de la 18e division aéroportée montent à bord d'un avion C-17 lors de leur déploiement en Europe, le jeudi 3 février 2022 depuis Fort Bragg, en Caroline du Nord. Le président Joe Biden commande 2 000 soldats américains en Pologne et en Allemagne au milieu des pourparlers bloqués avec la Russie. sur le renforcement militaire du Kremlin aux frontières de l'Ukraine.
Des soldats de l'armée américaine de la 18e division aéroportée montent à bord d'un avion C-17 lors de leur déploiement en Europe, le jeudi 3 février 2022 depuis Fort Bragg, en Caroline du Nord. Le président Joe Biden envoie  3000 soldats américains en Pologne et en Allemagne au milieu des pourparlers bloqués avec la Russie sur le renforcement militaire du Kremlin aux frontières de l'Ukraine.
KEYSTONE

hl

4.2.2022 - 07:53

Voici un tour d'horizon des objectifs et moyens des principaux acteurs dans la crise ukrainienne :

Vladimir Poutine, la revanche

En massant quelque 100'000 hommes et en multipliant les manoeuvres aux frontières de l'Ukraine, Vladimir Poutine entend arracher aux Occidentaux des garanties de sécurité pour la Russie et par ricochet préserver l'influence russe dans l'ex-espace soviétique.

«Ce que veut Poutine, c'est arrêter l'élargissement de l'Otan, c'est que la Russie retrouve voix au chapitre sur la sécurité européenne», estime Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe à Moscou.

Le maître du Kremlin est-il prêt, pour cela, à aller jusqu'à une intervention militaire en Ukraine, dont le souhait d'entrer dans l'Otan constitue une ligne rouge absolue pour Moscou ?



«La Russie veut soumettre l'Ukraine une fois pour toutes (...) la transformer en zone-tampon, avec une souveraineté limitée, afin de se protéger contre l'élargissement de l'Otan et ce qu'elle perçoit comme des ingérences étrangères», considère Mathieu Boulègue, expert au centre de réflexion britannique Chatham House.

Le conflit n'est pas forcément «inévitable», juge toutefois désormais Washington, après s'être montré très alarmiste fin janvier. Vladimir Poutine a certes reçu une fin de non-recevoir des États-Unis et de leurs alliés sur ses deux exigences-clés, la fin de la politique d'élargissement de l'Otan et le retrait d'Europe de l'est des capacités militaires de l'Alliance.



Cependant, pour Moscou, le seul fait d'avoir amené les Américains à la table des négociations constitue une victoire. «La réaction de l'Occident montre que le but du Kremlin a été atteint. Poutine savait bien que son ultimatum (sur ses exigences) était irréaliste. Il voulait juste mettre fin à la situation qui prévalait», analyse Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in global affairs.

Joe Biden, la riposte

Le président américain, qui concentrait toute son attention sur la Chine, se retrouve brutalement projeté au coeur d'une confrontation sans précédent avec Moscou depuis la fin de la Guerre froide.

Mettant à son tour la pression, il promet un «désastre» à la Russie si elle envahit l'Ukraine et martèle que les États-Unis sont «prêts quoi qu'il arrive». Outre la menace de sanctions «massives», il a annoncé l'envoi de 3000 soldats américains en Europe de l'est tout en se gardant de faire de même en Ukraine.

Cette posture lui permet de «compenser sa faiblesse sur l'échiquier politique interne et ça rassure les pays les plus atlantistes en Europe», notamment de l'Est, estime Cyril Bret, enseignant à Sciences Po Paris et expert à l'Institut européen Jacques Delors.

«Il y a le sentiment très vif à Washington que la puissance américaine, la capacité (de Joe Biden ) à gérer une crise sont testées», renchérit Jonathan Eyal au Royal United Services Institute (RUSI) de Londres.

Tout en appelant à la désescalade, les États-Unis et l'Otan ont mis des contre-propositions sur la table des négociations en matière de contrôle des armements, qui pourraient aussi intéresser les Russes.

Paris et Berlin, les bons offices

Emmanuel Macron, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, multiplie les contacts pour relancer la mise en oeuvre des accords de paix de Minsk dans l'est de l'Ukraine, où un conflit entre Kiev et les séparatistes prorusses a fait plus de 13'000 morts depuis 2014.

Il a échangé deux fois en trois jours avec Vladimir Poutine, lui reparlé jeudi ainsi qu'à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, et n'exclut pas de se rendre à Moscou et à Kiev.

«La Russie ne souhaite pas parler à Bruxelles. En Allemagne, la nouvelle coalition n'a pas encore bien pris ses marques. Donc Macron est la voix de l'Europe dans le dialogue avec Poutine», résume Tatiana Kastouéva-Jean, experte à l'Institut français de relations internationales (Ifri).

«Si les accords de Minsk sont par terre, on n'a plus rien dans l'est de l'Ukraine. Même la Russie en sera atteinte. C'est probablement la raison pour laquelle elle continue à parler à Macron», esquisse-t-elle.

Le nouveau chancelier allemand, Olfa Scholz, a jeté le trouble en refusant de livrer des armes à l'Ukraine et en entretenant un certain temps le suspense sur le sort du gazoduc Nord Stream 2 en cas d'attaque de l'Ukraine. Mais, depuis, il serre les rangs avec les alliés et doit se rendre à Moscou le 15.

«C'est bien sûr un problème parce que toutes ces mesures sont censées avoir un effet dissuasif (..) mais l'Allemagne a été centrale dans le consensus sur les sanctions et elle reste le plus gros pays donateur de l'Ukraine», fait observer Sarah Pagung, experte au German Council on Foreign Relations (DGAP).

Volodymyr Zelensky, dos au mur

Il est plus que jamais à la croisée des chemins, entre impopularité croissante, volonté d'attirer des investisseurs étrangers et incertitude à sa frontière orientale, doublée de celle sur une adhésion de l'Ukraine à l'Otan, qui semble de plus en plus hypothétique. Il a aussi joué la désescalade en appelant au calme toutes les parties.

L'Ukraine se prépare à «tous les scénarios possibles» dit son ministre des Affaires étrangères

L'Ukraine se prépare à «tous les scénarios possibles» dit son ministre des Affaires étrangères

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dymytro Kuleba, a déclaré mercredi que l'Ukraine se préparait à «tous les scénarios possibles» dans l'impasse avec la Russie, et que malgré les déclarations russes sur un retrait limité de la frontière, il «ne peut pas confirmer» une «réelle diminution» du nombre de troupes massées à la frontière entre l'Ukraine et la Russie.

03.02.2022

Il veut «préserver l'État et de réduire les risques d'une guerre avec la Russie», résume le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko.

Il sait aussi que «toute concession significative à la Russie (dans l'est de l'Ukraine) conduira à une crise interne» avec les nationalistes ukrainiens, dit-il.

Les séparatistes dans l'ombre de Moscou

Denis Pouchiline, élu en 2018 lors d'un scrutin dénoncé par Kiev, dirige la république autoproclamée de Donetsk, qui compte deux millions d'habitants. Leonid Passetchnik est à la tête de l'autre république autoproclamée, celle de Lugansk, et ses 1,5 million d'habitants.

En vertu des accords de Minsk, Kiev doit accorder un statut spécial aux deux entités, vivement contesté toutefois par les Ukrainiens.

Les séparatistes, parrainés par la Russie, accusent Kiev d'alimenter les tensions pour obtenir un soutien militaire des Américains et réclament des armes offensives à la Russie. Mais pour l'instant, la zone reste calme.

«L'Ukraine attire ainsi l'attention de ses partenaires occidentaux, obtient un certain poids politique et une aide financière», a déclaré la «ministre des Affaires étrangères» de la République de Donetsk, Natalia Nikonorova, à l'AFP.

hl