«Assez de Fico!» Des milliers de Slovaques dans la rue contre la corruption

Basile Mermoud

16.12.2025

Quelque 5.000 personnes ont manifesté à Bratislava mardi soir contre la suppression du bureau de protection des lanceurs d'alerte et la modification du code pénal qui selon elles portent atteinte à l'État de droit.

Pour la première fois, le parti Alliance hongroise, qui n'est pas représenté au parlement, a rejoint les manifestations.
Pour la première fois, le parti Alliance hongroise, qui n'est pas représenté au parlement, a rejoint les manifestations.
AFP

Agence France-Presse

«Assez de Fico!», a scandé la foule pour le deuxième jour consécutif, tandis que des banderoles accusant le gouvernement de couvrir «la mafia qui prospère» émaillaient le défilé.

Le parlement slovaque a voté le 9 décembre la suppression du bureau de protection des lanceurs d'alerte et son remplacement par un nouvel organisme placée sous l'autorité du gouvernement.

Cette réforme est critiquée par les ONG qui y voient une tentative de museler les critiques contre la corruption. Le 11 décembre, le Parlement slovaque avait adopté de nouveaux amendements controversés au code pénal, érigeant en infraction la coopération avec une «puissance étrangère» en vue d'entraver une campagne électorale.

Il avait aussi érigé en infraction pénale toute «remise en question (...) du règlement pacifique des relations après la Seconde Guerre mondiale», une référence aux décrets pris par le président Edvard Benes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dont celui qui a privé les habitants d'origine hongroise de leurs biens.

Pour la première fois, le parti Alliance hongroise, qui n'est pas représenté au parlement, a rejoint les manifestations, qui se sont aussi déroulées dans une dizaine d'autres villes du pays dont Banska Bystrica et Kosice.

«C'est une attaque brutale contre la minorité hongroise», a dénoncé mardi soir le chef du parti d'opposition Slovaquie progressiste (PS) Michal Simecka, rappelant que son parti avait proposé début décembre d'arrêter d'utiliser le décret Benes estimant que le Fonds foncier slovaque s'en servait encore pour confisquer des terres.

Le chef de l'Alliance hongroise Laszlo Gubik a également critiqué les pratiques de ce fonds, affirmant que «des élus confisquent des terres valant des centaines de millions à ceux dont la propriété n’a pas été saisie après la Seconde Guerre mondiale (...) avant de les transmettre à leurs amis».

Depuis son retour au pouvoir en 2023, le Premier ministre nationaliste Robert Fico a multiplié les mesures restreignant les libertés individuelles dans le pays membre de l'Union européenne, qui a chuté dans l'indice de perception de la corruption établi par l'ONG spécialisée Transparency International.