À Douvres, «C'est le chaos absolu!»

ATS

31.12.2020 - 08:07

Dans le port anglais, finir de se préparer à la sortie du Royaume-uni du marché unique européen tourne à la mission impossible.

epa08902443 Freight trucks and other vehicles make their way through the Port of Dover in Dover, Britain, 24 December 2020. Dover Port has reopened its border after France closed its border with Britain for 48 hours over concerns about the new coronavirus variant. Lorry drivers must now obtain negative coronavirus tests before they will be allowed to cross by sea and the Port of Dover remains closed to outbound traffic on the morning of 23 December 2020. EPA/ANDY RAIN
La période de transition de onze mois qui permettait au Royaume-Uni de s'aligner sur les règles commerciales de l'Union européenne après le Brexit prend fin ce jeudi à 23h00 locales
KEYSTONE

Karen Strand est courtière en douane, probablement l'une des professions les moins enviées du moment au Royaume-Uni. «En un mot, c'est le chaos absolu», décrit-elle, à la veille de l'achèvement de la période de transition, depuis sa petite agence d'import-export. Celle-ci se retrouve en première ligne pour faire face aux conséquences du Brexit, même avec un accord conclu entre Londres et Bruxelles, qui exonère le pays de droits de douane et de quotas.

L'agence, KSI Port Link Ltd, située aux abords du principal port commercial transmanche, a vécu des années paisibles au rythme des ferries pour Calais à charger et décharger. Des petites et moyennes entreprises du coin lui livraient pommes, composants électroniques ou rouleaux de tissu à faire partir vers le continent.

Aussi compliqué qu'avec l'Australie

Son travail était principalement logistique avec le garage des camions, l'emballage et, certes, quelques formalités, qui n'étaient que des formalités. Du jour au lendemain, il devient aussi compliqué pour elle de travailler avec la voisine Europe, à 20 kilomètres de l'autre côté de la mer Manche, qu'avec l'Australie.

La période de transition de onze mois qui permettait au Royaume-Uni de s'aligner sur les règles commerciales de l'Union européenne après le Brexit le 31 janvier prend fin jeudi à 23h00 locales (minuit en Suisse).

Pour l'importation, «nos clients doivent télécharger un nouveau document pour la Grande Bretagne». Mais pour l'exportation, «on doit désormais traiter avec 27 pays différents maintenant», se désespère Karen Strand.

Ce qui change le plus pour l'agence et ses clients est la «caution de transit», désormais obligatoire. Il s'agit d'une somme d'argent virtuelle exigée «dès qu'un produit britannique foule le continent européen» par le pays de transit, comme garantie en cas d'éventuels impayés ou irrégularités douanières.

Gestion en catastrophe

Rien qu'à ce sujet, depuis l'ouverture matinale, déjà 25 appels et une trentaine de mails, selon la courtière. Débordée, Mme Strand a fini par créer une réponse automatique à ses emails, s'excusant de ne pas pouvoir satisfaire toutes les demandes immédiatement.

«Notre métier de courtier, d'habitude, c'est d'aider. Cela brise le coeur», dit l'employée de 52 ans. «Nous travaillons à plein temps, mais ce n'est pas assez. Nous devons refuser des contrats et dire non aux nouveaux clients», déplore-t-elle.

Son métier, ce n'est plus l'import-export, mais la gestion concrète et en catastrophe du Brexit, estime-t-elle. À son retour du pont de Noël, Karen Strand a repoussé les murs de son petit bureau en ville, où travaillent 10 employés à plein temps, et a recruté une équipe de 10 intérimaires qu'elle forme à la hâte sur les questions de formulaires douaniers. Et elle tâtonne.

«Nous n'avons aucune information sûre. Le gouvernement est tellement lent à communiquer», dit-elle. Londres a intensifié ces derniers jours, malgré la pandémie et les préoccupations sanitaires, sa campagne pour inciter entreprises et particuliers à accélérer les préparatifs.

Des mois pour comprendre l'accord

«Get ready! Time is pressing» (Préparez-vous! Le temps presse!): dans un anxiogène clip vidéo et radio sur fond d'un «tic tac» inquiétant, les autorités renvoient vers un site consacré aux formalités du Brexit, mais, de l'avis de Mme Strand, rien de très utile aux professionnels du commerce international, qui sont confrontés à des questions très précises de leurs clients, selon les types de marchandises.

De l'accord commercial conclu in extremis à la veille de Noël et qui est venu ponctuer l'interminable feuilleton du divorce entre Londres et l'UE, reste un document de près de 1000 pages, d'un tel niveau de technicité que Mme Strand estime qu'il faudra «des semaines, voire des mois, pour comprendre, comment le traduire concrètement».

Dans cette région du Kent, certaines entreprises ont préféré jeter l'éponge. Hornby, le fabricant de trains électriques miniatures de luxe, a annoncé dès avant Noël sur Twitter, qu'il suspendait toutes ses livraisons à l'étranger jusqu'au 4 janvier «en raison des incertitudes entourant le Brexit».

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