Une «population exsangue» En Afghanistan, privée d’aide étrangère, le séisme frappe «au pire moment»

Basile Mermoud

2.9.2025

Déjà frappé par des séismes, l'Afghanistan doit de nouveau se relever d'un tremblement de terre dévastateur, mais cette fois-ci avec un budget réduit comme une peau de chagrin, les aides étrangères ayant fondu depuis le début de l'année.

Le séisme de magnitude 6 qui a fait au moins 800 morts et 2.700 blessés aux alentours de minuit dimanche intervient «au pire moment».
Le séisme de magnitude 6 qui a fait au moins 800 morts et 2.700 blessés aux alentours de minuit dimanche intervient «au pire moment».
IMAGO/Anadolu Agency

Agence France-Presse

Moins d'aide «veut dire moins d'ambulances, moins de médecins, moins d'infirmières, moins de sages-femmes» à envoyer dans les villages ravagés de l'est montagneux agricole et pauvre, affirme Arthur Comon, adjoint au directeur des opérations de l'ONG Première urgence internationale (PUI).

Depuis le début de l'année, le secteur humanitaire ne cesse d'appeler à l'aide en Afghanistan, confronté à une pauvreté galopante, une sécheresse accrue et le retour par millions de migrants chassés des pays voisins.

Le séisme de magnitude 6 qui a fait au moins 800 morts et 2.700 blessés aux alentours de minuit dimanche intervient «au pire moment», déplore Rahmat Nabi Shirzad, chargé de la communication de l'ONG britannique Islamic Relief en Afghanistan.

«A cause des coupes (budgétaires), l'aide apportée aux habitants de la province de Kounar est insuffisante», surtout en termes de structures de santé, note-t-il auprès de l'AFP, en référence à la région la plus dévastée.

«Si on compare la situation aux séismes de Paktika (en 2022) et de Hérat (en 2023), alors il y avait davantage de soutien (...), il y avait beaucoup d'ONG mobilisées. Là, ce n'est pas du tout le même niveau», note Rahmat Nabi Shirzad.

«Population exsangue»

Principal donateur de l'Afghanistan, les Etats-Unis, qui ont déboursé 3,71 milliards de dollars depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, ont sabré cette aide en janvier, plongeant l'ensemble du secteur humanitaire dans une grave crise budgétaire.

Outre Washington, les Nations unies ont aussi réduit drastiquement leur aide en juin face «aux pires coupes financières» des pays donateurs --généralement frileux à l'idée d'aider l'Afghanistan des talibans.

«Les Américains avaient mis le pays sous perfusion et ont retiré la perfusion avant que le pays ne soit soigné», commente une source humanitaire française. «Le séisme vient ravager une population qui était déjà exsangue».

La moitié des 48 millions d'Afghans ont besoin d'aide humanitaire, un sur cinq a faim et 3,5 millions d'enfants sont gravement malnutris, rappelait récemment l'ONU. M. Comon, de PUI, estime «peu probable» d'obtenir des financements pour l'après-séisme, peut-être seulement «de petites rallonges pour parer au plus pressé».

L'ONG française, qui a déjà dû fermer 60 centres de santé et licencier 480 employés cette année du fait de l'arrêt de l'aide américaine, a déployé des cliniques mobiles dans les provinces frappées par le séisme mais craint pour le long terme.

«Désintérêt» pour l'Afghanistan

«Ca fait longtemps que le grand public s'est désintéressé de l'Afghanistan», regrette-t-il, disant espérer une aide de l'Union européenne, mais peu des Américains, «complètement sortis du tableau».

Les agences onusiennes ont lancé des campagnes d'appel au don et un montant initial de cinq millions de dollars a été débloqué du fonds mondial d'intervention d'urgence de l'ONU.

Mais déjà avant le séisme, l'ONU estimait n'avoir à disposition que 606 millions de dollars pour ses opérations à travers le pays, sur les 2,79 milliards nécessaires.

«Espérons que la communauté des donateurs n'hésitera pas à soutenir les opérations de secours», lançait dès lundi Filippo Grandi, le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés.

«Il est grand temps que la communauté internationale reconnaisse les besoins immenses du pays et accroisse son soutien aux Afghans», a commenté l'ONG International Rescue Committee (IRC). «Nous avons très peur de la pression supplémentaire que ce désastre ajoute à l'action humanitaire en Afghanistan».