«Retour à la case départ»En Italie, une loi sur le viol s'enlise et inquiète les militants
ATS
19.5.2026 - 07:57
Un projet de loi considéré comme une victoire pour les femmes victimes de viols ou de violences sexuelles est bloqué au Sénat italien, où une définition plus restrictive du consentement a été torpillée par l'extrême droite, s'inquiètent les promoteurs du texte.
Le refus d'adopter le texte dans sa version originale au Sénat en Italie a déclenché des manifestations dans tout ce pays.
IMAGO/Stefano Montesi
Keystone-SDA
19.05.2026, 07:57
19.05.2026, 08:22
ATS
La députée de centre gauche Laura Boldrini a expliqué à l'AFP qu'elle avait proposé le projet de loi initial pour mettre fin à des «jugements monstrueux», dans lesquels les juges considéraient le consentement de la femme comme implicite «parce qu'elle avait accepté qu'on la ramène chez elle en voiture ou qu'elle n'avait pas verrouillé la porte de la salle de bains».
Le projet de loi avait pourtant connu un début prometteur. Dans une rare collaboration transpartisane entre la Première ministre d'extrême droite Giorgia Meloni - la première femme à la tête du gouvernement italien - et la cheffe de l'opposition Elly Schlein, la chambre basse du Parlement avait voté à l'unanimité en faveur de ce texte en novembre.
«Ce fut un moment historique», se souvient Mme Boldrini, l'une des personnalités politiques les plus en vue d'Italie, qui lutte en faveur des droits des femmes, malgré les menaces de mort et de viol dont elle fait l'objet.
En vertu de la loi actuelle sur les violences sexuelles, les victimes doivent prouver la contrainte physique, les menaces ou l'abus d'autorité.
Les militants ont qualifié le vote du projet de loi par les députés de victoire pour les femmes victimes en Italie de violences sexuelles, soit 23% de la population féminine, selon l'Institut national des statistiques.
Mais le texte s'est ensuite enlisé au Sénat, lorsque Matteo Salvini, le chef du parti de la Ligue et membre de la coalition de Mme Meloni, a déclaré que la loi pourrait être utilisée à des fins de vengeance et exigé qu'elle soit reformulée.
La sénatrice de la Ligue Giulia Bongiorno a souligné auprès de l'AFP que le texte avait été bloqué parce qu'une partie de l'électorat de droite considérait que la seule façon de prouver le consentement avec cette loi serait de «faire signer un accord», «ce qui a provoqué un énorme tollé» sur les réseaux sociaux.
«Retour à la case départ»
Des lois ayant un contenu comparable à celui du projet de loi italien existent déjà dans plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne et l'Espagne. Le refus d'adopter le texte dans sa version originale au Sénat en Italie a déclenché des manifestations dans tout ce pays.
Mme Bongiorno, qui est également avocate, a proposé une série de reformulations mais des experts estiment qu'elles ne tiennent pas compte de la «réaction de sidération», souvent observée au moment d'une agression sexuelle, qui empêche les victimes de dire non ou de se défendre.
Depuis le vote de la loi actuelle sur le viol en 1996, les arrêts de la Cour suprême ont progressivement aligné l'Italie sur la Convention d'Istanbul, qui repose sur la notion de consentement et ratifiée par Rome en 2013.
Toute modification qui ne placerait pas le consentement au centre de la problématique dans ce domaine annulerait ces avancées et «ramènerait l'Italie à la case départ», note Laura Boldrini.
Marta Cigna, avocate au sein de Differenza Donna, une association qui gère des foyers d'accueil pour femmes, estime que l'Italie a besoin d'une loi «seul un oui est un oui», car, «culturellement, on considère que les femmes sont toujours disponibles» pour les hommes.
Elle conteste l'argument de Matteo Salvini selon lequel la loi engorgerait les tribunaux, rappelant que la plupart des victimes renoncent à porter plainte, tant le processus judiciaire est éprouvant.
«Facilite le viol»
Tout projet de loi qui ne place pas au centre le consentement «donne aux prévenus les outils pour rejeter la faute sur (les femmes), pour les revictimiser» et «facilite le viol», selon Marta Cigna. «Il envoie aussi un mauvais message aux jeunes générations», ajoute-t-elle.
Un rapport d'ActionAid paru en novembre sur les violences et les inégalités de genre en Italie a conclu que «des modèles patriarcaux qui légitiment la violence persistent parmi les jeunes générations».
Le gouvernement italien a mis son veto à une série de propositions que l'opposition présente comme de nature à améliorer la vie des femmes, allant du congé parental égalitaire au salaire minimum.
Il a aussi restreint l'éducation à la sexualité et aux relations affectives dans les écoles, que les experts considèrent pourtant comme un outil clé pour lutter contre les violences de genre.
Pour Mme Boldrini, le gouvernement mène une politique visant à ne pas «combattre les discriminations et les violences faites aux femmes». «Et la loi sur le consentement en est la preuve la plus accablante», conclut-elle.