«Bon pour le Venezuela» pour certains, «honteux» pour d'autres. L'attribution du prix Nobel de la paix à la cheffe de l'opposition Maria Corina Machado suscite des opinions diverses au Venezuela, sur fond de mystère entourant les conditions de son départ pour Oslo.
Si elle est saluée par beaucoup pour ses efforts en faveur d'une démocratisation au Venezuela, Mme Machado est aussi critiquée par d'autres pour la proximité de ses idées avec Donald Trump, auquel elle a dédié son Nobel.
La lauréate du prix Nobel de la paix, l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado, n'étant pas parvenue à rejoindre Oslo à temps, son prix a été remis à sa fille, qui a lu le discours de remerciement de sa mère.
Nobel de la paix remis, par procuration, à l'opposante vénézuélienne Machado - Gallery
Si elle est saluée par beaucoup pour ses efforts en faveur d'une démocratisation au Venezuela, Mme Machado est aussi critiquée par d'autres pour la proximité de ses idées avec Donald Trump, auquel elle a dédié son Nobel.
La lauréate du prix Nobel de la paix, l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado, n'étant pas parvenue à rejoindre Oslo à temps, son prix a été remis à sa fille, qui a lu le discours de remerciement de sa mère.
C'est sa fille, Ana Corina Sosa Machado, qui a reçu en son nom le prix à la cérémonie en Norvège, alors que l'opposante a annoncé son arrivée prochaine et donnera une conférence de presse jeudi.
Dans un audio envoyé aux organisateurs du prix Nobel, Mme Machado a déclaré que de nombreuses personnes «ont risqué leur vie» pour qu'elle «puisse arriver à Oslo».
«Dès que j'arriverai, je pourrai embrasser toute ma famille et mes enfants que je n'ai pas vus depuis deux ans, ainsi que tant de Vénézuéliens et de Norvégiens que je connais et qui partagent notre lutte et notre combat», a-t-elle dit.
«C'est elle que veut le pays»
«C'est très bien qu'elle ait reçu ce prix, parce qu'elle est Vénézuélienne», estime Alirio Villegas, retraité de 78 ans, qui, comme beaucoup de Vénézuéliens, se demande où elle se trouve et comment elle est parvenue à sortir du pays.
«Son retour va être difficile. Ce pays est difficile et nous ne savons pas quoi faire, mais elle doit revenir, elle ne va pas s'exiler, c'est elle qui nous dirige. Si elle s'en va, qu'allons-nous faire? C'est elle que veut le pays», ajoute-t-il.
Dans une ambiance festive devant la mairie d'Oslo, où s'est tenue la cérémonie, des Vénézuéliens drapés dans leur drapeau voulaient toucher, embrasser, enlacer «les Machado» en s'approchant de la fille et des soeurs de la lauréate. Beaucoup cherchent à prolonger leur séjour à Oslo afin de pouvoir «fêter avec elle», explique Eduardo Figueroa, un informaticien de 37 ans venu de Madrid.
A Caracas, Jazmin Briceño, enseignante de 45 ans, pense que «le prix est bon pour le Venezuela, cela me paraît un bon pas en avant pour continuer». Elle espère que Mme Machado reviendra pour poursuivre son combat politique: «Elle doit revenir parce qu'elle est vénézuélienne et qu'elle a le droit de revenir, on ne peut pas le lui interdire. Nous l'attendons ici».
Magali Meda, ancienne cheffe de campagne de Machado, a exclu mardi à Oslo que celle qui vit dans la clandestinité depuis août 2024 puisse rester en exil: «Comment pourrions-nous penser que Maria Corina ne va pas revenir», a-t-elle balayé. Le procureur général Tarek William Saab a récemment précisé à l'AFP que si Maria Corina Machado quittait le pays, elle serait considérée «en fuite» par la justice, en raison des «de nombreuses enquêtes à caractère pénal» à son encontre.
«Voleurs»
«Comme les voleurs, elle va rester cachée, elle va vivre dans la peur de la force de chacun des Vénézuéliens pour défendre notre patrie. Pas besoin qu'elle revienne, qu'elle reste là-bas, dehors», déclare quant à elle au centre de Caracas Abigail Castillo, 24 ans, assistante administrative.
«C'est une véritable honte qu'on ait remis ce prix à cette dame qui n'a fait que vouloir le blocus pour notre pays. Elle ne mérite pas ce prix», dit-elle encore.
A Oslo, le Conseil norvégien pour la paix, une coalition de 17 organisations civiles, a pris ses distances pour protester contre la décision d'accorder la distinction à Mme Machado. Lui sont reprochées ses idées proches de celles du président Donald Trump, et de ne pas avoir condamné le déploiement militaire des Etats-Unis dans les Caraïbes, ni les frappes aériennes sur des narco-trafiquants présumés qui ont fait au moins 87 morts depuis septembre. Le gouvernement vénézuélien a lui minimisé l'importance cette distinction et critiqué les organisateurs du Nobel.
«Nous, nous avons la meilleure des récompenses, ce peuple. La meilleure des récompenses, ce peuple l'a: c'est la tranquillité dans laquelle nous vivons et le fait que nous construisions notre propre destin, à la force du poignet», a affirmé Diosdado Cabello, ministre de l'Intérieur.
A Caracas, d'autres disent se désintéresser du prix et de la politique: «On ne mange pas parce que Maria Corina a gagné un prix, il faut sortir dans la rue pour gagner sa vie», assène Josmar Rodriguez, 32 ans, menuisier. Une marche pro-pouvoir est organisée au Venezuela mercredi, jour de la remise du Nobel.