Rififi autour de Taïwan«Couper cette sale tête», «scénario du pire»: le torchon brûle entre Tokyo et Pékin
ATS
14.11.2025 - 10:36
Evocation d'une invasion militaire, menace de décapitation, convocation d'ambassadeur... Les relations entre Tokyo et Pékin s'enveniment depuis une semaine, après des commentaires de la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi sur Taïwan, île dont la Chine revendique la souveraineté.
Si une situation d'urgence à Taïwan implique «le déploiement de navires de guerre et le recours à la force, cela pourrait constituer une menace pour la survie du Japon», a affirmé la Première ministre le 7 novembre devant le Parlement nippon.
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14.11.2025, 10:36
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Qu'a dit Sanae Takaichi?
Si une situation d'urgence à Taïwan implique «le déploiement de navires de guerre et le recours à la force, cela pourrait constituer une menace pour la survie du Japon», a affirmé la Première ministre le 7 novembre devant le Parlement nippon.
«La situation concernant Taïwan est devenue si grave que nous devons envisager le scénario du pire», a ajouté Sanae Takaichi.
Avant de prendre ses fonctions le 21 octobre, Mme Takaichi, proche collaboratrice de l'ex-Premier ministre Shinzo Abe, était considérée comme une ultraconservatrice, un «faucon» à l'égard de Pékin qui se rendait régulièrement dans un sanctuaire dédié aux morts de guerre japonais.
Allant plus loin que tous ses prédécesseurs en exercice, ses propos ont été largement interprétés comme laissant entendre qu'une attaque contre Taïwan pourrait justifier un soutien militaire de Tokyo à l'île au titre de la «légitime défense collective» prévue par une législation japonaise adoptée en 2015.
Selon ses propres règles, Tokyo ne peut intervenir militairement que dans certaines conditions, notamment en cas de menace existentielle. Taïwan se trouve à juste 100 km de l'île japonaise la plus proche.
Ces propos de Sanae Takaichi «adressaient un message très clair à Pékin: le Japon ne reste plus les bras croisés en observateur», commente Wang Hung-jen, analyste politique à l'Université nationale Cheng Kung de Taïwan.
«La probabilité d'une intervention japonaise pour dissuader la Chine et empêcher toute action militaire chinoise dans le détroit de Taïwan a considérablement augmenté», a-t-il indiqué à l'AFP.
Comment a réagi la Chine?
Pékin insiste sur le fait que Taïwan, île gouvernée de facto de façon autonome depuis 1949, fait partie intégrante de son territoire et n'exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle.
Dans un message sur X, supprimé depuis, le consul général de Chine à Osaka, Xue Jian, a menacé samedi de «couper cette sale tête sans la moindre hésitation» en citant un article de presse relatant l'intervention de Mme Takaichi.
Tokyo a annoncé avoir «protesté fermement» et le parti de Sanae Takaichi a adopté une résolution demandant que le diplomate soit déclarée persona non grata.
Mercredi, Yuyuan Tantian, compte de réseau social affilié à la télévision d'Etat chinoise CCTV, a affirmé que la dirigeante japonaise «devrait probablement payer le prix» de ses propos.
Et le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé jeudi Tokyo à «retirer ces propos injustifiés», l'avertissant que, dans le cas contraire, «les conséquences (...) incomberaient au Japon».
Vendredi, Pékin a annoncé avoir convoqué l'ambassadeur japonais en Chine pour réclamer des «démarches sérieuses» concernant ces «propos erronés».
«Si quiconque ose s'ingérer dans la cause de la réunification de la Chine, sous quelque forme que ce soit, (Pékin) ripostera avec force», a commenté la diplomatie chinoise.
En réponse, le Japon a affirmé que sa position sur Taïwan restait «inchangée» et appelé à «la paix et à la stabilité» dans le détroit de Taïwan.
«Les propos et comportements de +loups guerriers+ des diplomates chinois sont révélateurs et mettent une fois de plus en lumière leur mentalité agressive et hégémonique», a commenté le porte-parole du ministère taïwanais des Affaires étrangères, Hsiao Kuang-wei, interrogé sur le message de Xue Jian.
Pourquoi est-ce important?
Tokyo a normalisé ses relations diplomatiques avec Pékin en 1972. La Chine est aujourd'hui le principal partenaire commercial du Japon, mais leurs liens restent marqués par leurs différends historiques.
Tokyo entretient également des relations cordiales avec Taïwan, une île marquée par des décennies de colonisation japonaise avant 1945 mais qui insiste aujourd'hui sur le partage avec le Japon de valeurs démocratiques.
Les précédents Premiers ministres japonais en exercice ont évité de faire des commentaires directs sur la défense de Taïwan, préférant maintenir une certaine «ambiguïté stratégique» – à l'instar de Washington qui maintient l'ambiguïté sur un éventuel déploiement de ses forces armées pour défendre l'île face à la Chine.
Les propos de Mme Takaichi pourraient refléter sa «volonté personnelle» de signaler une position plus ferme, estime Yee Kuang Heng, professeur à l'Université de Tokyo.
Cependant, indique-t-il à l'AFP, bien qu'"une communication plus claire puisse renforcer la dissuasion (...) il convient de trouver un juste équilibre, car il faut aussi veiller à maintenir l'incertitude chez l'autre partie».