Le spectre d'un système à deux vitesses

ATS

29.12.2020 - 08:39

Emploi, santé, études: à partir du 1er janvier, des milliers de personnes vulnérables risquent d'être exclues du système, qui changera la donne pour les nouveaux venus.

epa08902109 A general view of Parliament and the Winston Churchill statue in London, Britain, 24 December 2020. Talks between Britain and the EU on a post-Brexit trade agreement continued through the night, nearing a possible deal which is expected to be announced on the day, media reported. EPA/FACUNDO ARRIZABALAGA
Dès le 1er janvier, les Européens sans statut de résident seront traités comme des ressortissants de pays tiers et des visas leur seront nécessaires pour travailler, étudier, louer un logement ou se faire soigner.
KEYSTONE

La fin de la période de transition post-Brexit marquera la fin de la liberté de circulation entre le Royaume-Uni et les membres de l'Union européenne, qui donnait accès aux marchés du travail et systèmes de santé ou éducatifs respectifs à leurs citoyens.

Arrivé de Roumanie avant l'échéance, Romeo Manciu, 39 ans, a obtenu le «pre-settled status», un statut provisoire de résident accordé aux citoyens de l'UE qui vivent dans le pays depuis moins de cinq ans. Depuis, il a fait venir sa fille, sa femme et son père, qui ont tous obtenu le même statut.

«C'est très simple, il suffit de prouver que vous êtes au Royaume-Uni, par exemple avec un relevé bancaire», explique-t-il. «J'ai ajouté mon père à mon compte bancaire et je lui ai obtenu une carte de crédit et une assurance pour sa voiture. Comme cela, il peut prouver qu'il vit ici».

Des millions de demandes

Romeo Manciu a trouvé un emploi à l'aéroport d'Heathrow à Londres en 2018. Malgré les conséquences désastreuses de la pandémie sur le trafic aérien, il a échappé aux licenciements. «Je suis l'un des seuls à avoir une formation en sécurité aérienne et avec cette qualification, je n'ai pas peur de perdre mon travail», affirme-t-il, s'estimant mieux loti au Royaume-Uni qu'en Roumanie.

Parmi les Européens demandant le statut de résident au Royaume-Uni, les Polonais (773'840), et les Roumains (670'600) arrivent en tête. Ils sont suivis des Italiens (401'800), des Portugais (306'350) et des Espagnols (246'600). Les Français sont 154'460 à avoir effectué une demande.

A fin septembre, 3,9 millions de demandes avaient été traitées, 56% des demandeurs obtenant le statut de résident permanent – après avoir démontré qu'ils résidaient depuis plus de cinq ans dans le pays -, 42% le statut de résident provisoire et 2% des demandes avaient été refusées, retirées ou jugées invalides.

Plus d'un tiers des près de 17'000 demandes refusées concernent des Roumains. «Beaucoup travaillent au noir» et sous-louent leur logement. Ils manquent donc de preuves de leur résidence au Royaume-Uni, souligne M. Manciu, qui aide ses compatriotes maîtrisant mal l'anglais à effectuer leurs démarches.

«Différence spectaculaire»

Ils ne sont pas les seuls laissés-pour-compte du système, prévient The3Million, qui défend les intérêts des citoyens européens au Royaume-Uni. L'association craint que des milliers d'Européens, personnes âgées ou malades, travailleurs précaires ou sans accès à Internet ne passent à travers les mailles du filet en n'effectuant pas leur demande avant la date limite du 30 juin 2021.

«Une amie de ma mère, âgée de 82 ans et atteinte de la maladie d'Alzheimer, est allemande, mais vit ici depuis si longtemps que tout le monde suppose qu'elle est britannique», explique Maike Bohn, cofondatrice de The3Million.

«J'essaie de joindre sa fille», poursuit-elle, car «elle doit demander le statut de résident» sinon elle perdra l'accès gratuit au service public de santé.

À partir du 1er janvier, les Européens sans statut de résident seront traités comme des ressortissants de pays tiers et auront besoin de visas pour travailler, étudier, louer un logement ou se faire soigner. «La différence sera spectaculaire», prévient Maike Bohn.

Un emploi qualifié

Des règles strictes en matière d'immigration entreront en vigueur, favorisant les travailleurs hautement qualifiés. Arrêter l'arrivée de migrants venus des pays les plus pauvres de l'UE a constitué l'un des principaux arguments du camp pro-Brexit lors du référendum de 2016.

«Pour obtenir un visa, vous devez d'abord avoir un emploi et celui-ci doit être qualifié, avec un certain niveau d'éducation et une rémunération conforme au prix du marché», explique Barbara Drozdowicz du East European Resource Centre de Londres.

Le gouvernement a promis des assouplissements pour des secteurs clés tels que la santé, l'agriculture ou les arts du spectacle, mais ils s'appliquent pour «des circonstances très restrictives», explique Luke Piper, un avocat spécialisé en droit de l'immigration.

Le système par lequel les infirmières espagnoles, très nombreuses au Royaume-Uni, pourraient valider leur expérience britannique pour trouver plus tard de meilleurs emplois dans le système de santé publique espagnol disparaîtra.

Sans cette incitation, «j'ai beaucoup de collègues qui sont partis et il y en a d'autres qui ne viennent plus, mais qui vont maintenant en Irlande», constate l'infirmier catalan Joan Pons Laplana.

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