Droits humains

France: l'ONU veut le retrait de l'article 24 de la loi sécuritaire

sn, ats

9.12.2020 - 12:25

La Haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet s'en prend à nouveau aux dirigeants qui minimisent l'impact de la pandémie (archives).
ATS

L'ONU souhaite le retrait de l'article 24 de la loi de sécurité globale en France. Mercredi à Genève, la Haute commissaire aux droits de l'homme s'est «dite «vraiment inquiète». Elle estime par contre que la situation aux Etats-Unis sera bien meilleure avec Joe Biden.

Contrairement à plusieurs experts indépendants onusiens, dont le Zurichois Nils Melzer, Mme Bachelet n'a pas appelé à la suppression entière de la loi de sécurité globale en France. «C'est vraiment l'article 24 qui nous inquiète», notamment les effets sur les minorités, a-t-elle affirmé à la presse à Genève.

Les députés français doivent se pencher à nouveau sur l'article controversé qui, selon certains, limiterait la possibilité de filmer des violences policières. Mais plusieurs autres composantes de cette proposition ont préoccupé plusieurs acteurs comme les experts indépendants de l'ONU qui ne s'expriment pas, contrairement à Mme Bachelet, au nom de l'organisation.

La Chilienne demande plus largement à la France, comme à d'autres pays, d'examiner les pratiques des forces de sécurité. Elle est inquiète depuis longtemps des discriminations raciales.

Sur cette question, elle salue toutefois les promesses lancées par le président élu américain Joe Biden. Plus largement, de l'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive à la lutte contre le changement climatique en passant par l'accueil des réfugiés ou l'interdiction de la torture, la situation «sera bien meilleure» pour les droits de l'homme, affirme-t-elle.

Préoccupations pour l'Ethiopie

Celle qui connaît bien M. Biden, alors que lui était vice-président et elle présidente du Chili, n'a pas parlé au prochain président. «Il est occupé» actuellement, dit-elle. Mais elle estime «prometteur» son engagement à ne pas sortir son pays de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et souhaite que les Etats-Unis, qui se sont retirés du Conseil des droits de l'homme, aient «un rôle plus actif» dans cette instance.

Parmi les autres situations, la Haute commissaire est très inquiète des violences en Ethiopie. Selon des indications corroborées, les affrontements entre les forces nationales et celles du nord du pays soutenues par des milices se poursuivent.

Le Haut-Commissariat a reçu des allégations de violations importantes des droits de l'homme, sans pouvoir les vérifier pour le moment dans la zone. Mme Bachelet est aussi inquiète de violences dans d'autres régions du pays.

Après les élections législatives de dimanche au Venezuela, boycottées par une trentaine de partis d'opposition, elle a relevé que le scrutin avait été plutôt «pacifique». «Aucun problème important de sécurité» n'a été observé. L'opposition a désormais «intérêt» à s'organiser pour les élections régionales et locales de fin 2021, a ajouté la Haute commissaire.

Sur la Chine, Mme Bachelet a à nouveau souhaité pouvoir se rendre «dès que possible» dans ce pays face aux accusations de graves violations des droits de l'homme contre les Ouïghours au Xinjiang. Mais seulement en cas «d'accès significatif». La Haute commissaire souhaite qu'une équipe technique puisse se rendre d'ici juin dans ce pays pour préparer le dispositif.

Birmanie ou Brésil visés

Après des condamnations récentes d'opposants à Hong Kong, Mme Bachelet demande aux autorités judiciaires de se conformer aux obligations internationales de la région administrative chinoise. Elle souhaite des «procès équitables».

Plus largement, la Chilienne a estimé que la pandémie «a mis de manière désolante l'accent» sur les échecs pour honorer les droits de l'homme. «Pas seulement parce que nous ne pouvions pas, mais parce que nous l'avons négligé ou même choisi».

«De nombreux gouvernements ont échoué à répondre rapidement ou de manière suffisamment cruciale pour stopper la propagation» du coronavirus, a dit la Chilienne. «D'autres ont refusé de le prendre au sérieux» ou, comme la Birmanie, l'ont utilisé pour réduire les libertés fondamentales.

La Haute commissaire aux droits de l'homme s'en prend à nouveau à la «politisation» de la pandémie par certains. Elle dénonce ceux qui «minimisent encore» l'impact de cette crise, refusent de porter un masque ou participent à des rassemblements de masse. «C'est entièrement répréhensible», a-t-elle dit en mentionnant notamment le Brésil.

Le vaccin ne résoudra pas les conséquences économiques de la pandémie, insiste-t-elle, en appelant les dirigeants à éviter des désastres «supplémentaires». Pour la faim, la pauvreté, les inégalités et potentiellement le changement climatique, «il y a un vaccin», celui des droits de l'homme, dit la Haute commissaire.

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