«Piège mortel»François Bayrou à l’heure des choix impossibles
Gregoire Galley
15.7.2025
Le Premier ministre François Bayrou doit dévoiler mardi les grandes orientations du budget 2026 de la France, un casse-tête financier et politique puisqu'il doit trouver 40 milliards d'économies, en plus d'augmenter le budget des armées.
Macron veut augmenter le budget des armées ce qui accentue le casse-tête financier de Bayrou.
ats
Agence France-Presse
15.07.2025, 08:13
Gregoire Galley
Résoudre l'équation paraît relever de l'exploit mathématique, tant les marges de manœuvre financières sont réduites.
Objectif: ramener le déficit à 4,6% du PIB l'an prochain, contre 5,8% en 2024. Le tout dans un contexte international inflammable et incertain, entre tensions commerciales - Donald Trump a annoncé samedi que les produits l'Union européenne seraient taxés de 30% - et militaires, ce qui a conduit le président Emmanuel Macron à demander dimanche un effort additionnel de 3,5 milliards d'euros pour la défense.
Une enveloppe supplémentaire que le Premier ministre a dû intégrer, promettant auprès de l'AFP de ne «laisser aucune dépense flottante»: «Je ne laisse pas la poussière sous le tapis, surtout des poussières qui se comptent en milliards.»
Politiquement, le socle de soutiens de ce chef de gouvernement sans majorité à l'Assemblée nationale paraît plus friable que jamais. Tous les partis, à commencer par le Rassemblement national (extrême droite) qui menace régulièrement de censurer le gouvernement, dressent leurs lignes rouges. Nul n'oublie que le gouvernement de Michel Barnier avait été renversé à l'automne dernier sur le budget.
Autant dire que M. Bayrou, qui s'exprimera à partir de 16H00 (14H00 GMT), marche sur un fil. Cela revient à «prendre l'Himalaya par la face nord en hiver, et on est en short», métaphorise un membre du gouvernement.
Le Premier ministre, qui concentre son énergie à l'élaboration de ces projets de loi de finances, décline sur tous les registres le «piège mortel» qui guette le pays, face au mur de la dette qui a atteint 114% du PIB en mars. Un combat dont il a fait son ADN politique.
«Ne pas proposer une réponse de la Nation, ça serait une lâcheté vouée aux plus graves accidents», dit-il à l'AFP. Une dramatisation des enjeux destinée à améliorer l'acceptabilité d'une note qui s'annonce salée, avec 40 milliards d'euros d'effort budgétaire demandés.
Mardi, il proposera donc «un plan cohérent, suffisamment précis, même s'il restera à finaliser avec le Parlement, pour que tout le monde mesure la part que chacun doit prendre à cet effort», appuie-t-il. Avec «deux volets»: l'un tourné vers «un retour à un équilibre supportable des finances publiques». Et l'autre de «soutien à la production».
L'exécutif a tenté de déminer le terrain en recevant en amont les groupes politiques au ministère des Finances, un travail qui sera réédité en septembre.
La foire aux idées a été particulièrement florissante. Ledit ministère des Finances a rendu à M. Bayrou «une copie à 45 milliards», pour «se donner du choix entre des options», selon un conseiller de l'exécutif.
François Bayrou a présenté vendredi ses intentions à Emmanuel Macron. Il a promis «des efforts ici ou là» en matière de fiscalité, mais pas de hausse d'impôts généralisée. Par exemple, la contribution pour les hauts revenus instaurée l'an dernier devrait être remodelée et reconduite, selon une source ministérielle.
L'Etat français dans son ensemble devra se serrer la ceinture, engendrant d'importantes baisses de crédits dans les ministères, ainsi que les collectivités locales.
Parmi les pistes tenant la corde, la reconduction à l'identique de certaines dépenses entre 2025 et 2026, sans tenir compte de l'inflation. Une «année blanche» dont le rendement varie selon le périmètre retenu. Ce gel pourrait par exemple s'étendre au barème de l'impôt sur le revenu. Et, suivant de larges appels à mettre à contribution les retraités, les pensions pourraient aussi être désindexées de l'inflation.
Des coups de rabot sont aussi évoqués dans différents secteurs: les niches fiscales, les aides publiques aux entreprises ou encore dans les agences et opérateurs de l'Etat, dont certains sont voués à la suppression.
Suscitant déjà la controverse, un nouveau durcissement des règles de l'assurance chômage se profile, alors qu'Emmanuel Macron a affirmé dimanche qu'il comptait financer l'effort militaire par «plus de production et plus d'activité». De quoi raviver les spéculations autour d'un relèvement du temps de travail ou la suppression de jours fériés. D'autres gisements d'économies ont été identifiés sur la facture des transports médicalisés, des affections longue durée ou des arrêts maladie.
La gauche rêve elle d'obtenir une taxe inspirée par l'économiste français Gabriel Zucman sur les «ultra-riches», en prélevant 2% par an de leur patrimoine, pour un rendement annuel de 20 milliards d'euros. Une ligne rouge pour le camp d'Emmanuel Macron.
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